Cinéma italien

Les merveilles.

N°872– Février 2015

Les merveilles.

Un film d'Alice Rorhwacher – Grand prix au Festival de Cannes 2014.

Nous sommes en été, en Italie et plus exactement en Ombrie ou en Toscane, dans une famille d'apiculteurs. Les parents, la quarantaine, semblent être venus à la terre par idéal ou par l'utopique volonté de vivre loin des villes. On les imagine anciens étudiants ou salariés en rupture de ban et qui ont préféré le retour à la nature. Les abeilles sont le symbole de cette démarche écologiste. Ils sont un peu en marge de la société, un peu anar aussi, habitent loin du village dans une maison délabrée, vivotent du miel... Lui est allemand, un peu gueulard mais sympathique et pas violent, il adore ses quatre filles et va jusqu'à leur offrir un anachronique chameau...Elle est italienne, et un peu déçue de cette vie. Chez eux on parle le français, l'allemand, l’italien. S'y ajoute, pour les vacances, Coco, une jeune femme au moins aussi paumées qu'eux et chacun aide comme il peut le couple dans son activité agricole.

L'été, c'est agréable, on dort dehors, on s'occupe des ruches, on se baigne dans le lac tout proche. C'est une vie simple, au grand air où l'argent n'a pas le rôle principal. Pourtant la pollution et les pesticides menacent la survie des abeilles et l'exploitation qui n'est plus aux normes européennes devra fermer bientôt. L'aînée, Gelsomina, est la seule de la famille à avoir la tête sur les épaules. On songe évidemment à la même Gelsomina dans « La Strada » de Fellini, aussi attachantes l'une que l'autre. Adolescente, elle s'éveille à la vie et devrait être insouciante mais elle est présentée comme “le chef de famille” à l'éducatrice. C'est en effet elle qui s'occupe de tout à la maison et dans l’exploitation, elle sur qui se repose son père, surtout quand on vient leur amener un jeune délinquant que la justice souhaite réinsérer. Elle voit dans ce placement un apport d'argent qui aiderait la famille à vivre un peu mieux. Elle s’inquiète aussi de l'avenir en se demandant si sa mère sera là quand elle aura 60 ans !

La Toscane est aussi la patrie des Étrusques, ce peuple à la civilisation avancée, conquis par les Romains. Une équipe de télévision vient dans la région pour le tournage d'une émission,”Le pays des merveilles”, à propos de ce peuple. Les fermiers des alentours sont invités à y participer . Gelsomina, appâtée par la récompense (une croisière et beaucoup d'argent) et contre la volonté de son père, inscrit sa famille. Entre l'adolescente et la présentatrice-vedette (Monica Belluci) déguisée en prêtresse ou en fée aux cheveux couleur d'écume, naît une véritable complicité. Elle souligne le second visage de la personnalité de Gelsomina sensible à la féerie des choses notamment quand elle boit le rayon de soleil dans la grange.

En l'absence des parents, partis sans doute vendre leur miel au marché local, un responsable de l'émission visite l'exploitation. Ils sont choisis pour y participer mais malgré Gelsomina et son spectacle d'abeilles, c’est un voisin qui remporte le prix. C'est aussi avec sa complicité que le garçon délinquant, profitant du tournage de l'émission, choisit de disparaître. Dès lors les ennuis avec l'Administration commencent et les parents doivent liquider l'exploitation et partir. C'est une page de leur vie qui se tourne et on imagine la suite, morne, désargentée, désillusionnée . C'est le retour à une vie plus conventionnelle, un idéal qui s'effondre.

C'est le deuxième long métrage d'Alice Rohrwacher. C'est un film à la fois poétique et humble, réaliste, brut et même spartiate. Sur le plan technique c'est une forme d'écriture cinématographique particulière, tournée vers la nature, loin du monde informatisé et uniformisé que nous connaissaons actuellement, à l'inverse de la violence et du sexe qui caractérise souvent le cinéma d'aujourd'hui.

©Hervé GAUTIER – Février 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com

UNE JOURNEE PARTICULIERE – Un film d'Etorre Scola

N°697 Novembre 2013.

UNE JOURNEE PARTICULIERE – Un film d'Etorre Scola.[1977]

OCS géants – Lundi 18 novembre 2013 - 20H40.

Rarement le cinéma dont l'apanage est le déplacement, des grands espaces, le mouvement, aura respecté à ce point les règles du théâtre classique, unités de lieu, de temps et d'action.

Nous sommes le 8 Mai 1938 et c'est la rencontre entre Mussolini et Hitler à Rome. La guerre n'est pas encore là mais on la sent monter, presque toute l'Italie est fasciste et embrigadée derrière son leader. En ce jour tous les Romains se pressent à cette cérémonie qui va mettre en exergue la puissance du pays et acter cette union qui anéantira plus tard ces deux puissances avec en prime les exclusions, les lois raciales et les délires guerriers. Voila pour l'extérieur.

Le spectateur est comme invité dans l’appartement d'Antonietta (Sophia Loren), une jeune romaine dont le mari est un petit fonctionnaire fasciste. Elle est mère de six enfants, vieillie prématurément par les maternités successives et le travail domestique et semble heureuse malgré tout. Elle n'ira pas à la manifestation patriotique comme son mari et ses enfants, tous revêtus de leur uniforme, tout comme d'ailleurs tous les habitants de l'immeuble. Elle restera habillée d'un sarrau et vaquera à ses occupations ménagères pendant ce temps. Elle aurait bien voulu pourtant accompagner sa famille puisqu'elle a pour le Duce une vénération particulière, elle qui, en un seul regard furtif de Mussolini, au milieu de la foule, a un jour ressenti toute la séduction de ce dernier. Tous désertent en effet l'immeuble à l'appel des haut-parleurs qui diffuseront pendant tout le film des chants patriotiques, de la musique militaire et des annonces célébrant l'amitié germano-italienne. Pas tous les habitants de l'immeuble cependant puisque la concierge reste pour remplir son rôle de gardienne. L'immeuble s'y prête d'ailleurs puisqu'il est tellement exigu qu'elle peut surveiller chaque locataire depuis sa fenêtre. On imagine qu'elle s'acquitte de son rôle avec zèle et même un certain plaisir puisqu'elle sait tout de tous. (Quand Gabrielle est entré chez Antonietta, elle le sait) On a donc l'impression que cette journée sera ordinaire, sans relief pour personne en dehors du déploiement militaire dont on n'entend que des échos.

Puis la caméra nous révèle l'existence d'une autre personne, un homme seul, Gabriele (Marcello Mastroianni) écrivant à son bureau, dont on ne sait pas forcément au départ qu'il habite le même immeuble. Ce n'est que la fuite momentanée du mainate d'Antonietta que ce détail nous est révélé, cette dernière allant frapper à sa porte pour atteindre l'oiseau posé sur le rebord d'une fenêtre. L'oiseau remis dans sa cage, la relation entre cet homme et cette femme dont à priori rien ne prédisposait à se rencontrer peut commencer. Les deux personnages tomberont petit à petit leur masque, elle lui révélant qu'elle supporte un mari volage qui va la quitter bientôt pour une autre femme plus instruite qu'elle et assumant des maternités répétées et voulues par cet homme dans le seul but de plaire au régime, lui commençant par se faire passer pour un animateur de la radio pour finalement lui avouer un travail minable de plumitif et son licenciement pour homosexualité. Ils finiront, à l’initiative d' Antonietta, par avoir une relation intime que Gabiele n'aura pas le courage de lui refuser. Si elle rend Antonietta heureuse temporairement, elle laisse Gabriele songeur et finalement malheureux mais faire l'amour avec lui a été une fête quand ce n'est plus qu'un devoir avec son mari.

Ce film m'a ému, non pas tant parce que les deux acteurs principaux sont mis en scène à contre-emploi, Sophia Loren incarnant une femme vieillie, introvertie et timide et Mastrioanni un homosexuel désespéré, pas non plus parce que le film met en évidence deux solitudes qui ne se seront rencontrées que l'espace d'une journée et ne se croiseront jamais plus, pas davantage parce que l'homosexualité est réprimée par le fascisme d'une manière odieuse et inadmissible puisqu'elle ne représente pas une menace pour le régime mais pour bien autre chose. Ce n'est même pas la mélancolie qui ressort de ces images en noir et blanc, le décor triste d'un appartement sans luxe ou d'une terrasse où sèche du linge usagé. Ce n'est pas non plus le malheur que traîne chacun des deux acteurs jusque sur leur visage et leur intense tristesse quand Gabriele est emmené en exil et qu'Antonietta qui sait ce que le régime lui réserve le voit partir. On peut à ce moment-là penser que les choses vont reprendre leur cours normal, qu' Antonietta va continuer à obéir aux ordres de son mari, « le jour comme la nuit », que l'appartement de Gabriele sera occupé par un autre fonctionnaire du régime... Ce qui me frappe c'est qu'à ce moment-là précisément, ces deux êtres si dissemblables, elle qui est si inféodée au fascisme qu'elle accepte son rôle de femme soumise à son mari, uniquement destinée à mettre des enfants au monde, lui qui, un peu malgré lui, fait allégeance au Duce qui glorifie l'homme viril et exclut les marginaux, ont l'intuition de la mort, l'acceptent comme une délivrance, Antonietta parce qu'elle est persuadée qu'elle ne rencontrera plus jamais l'amour, Gabriele parce qu'il part pour un voyage qui sera sans doute sans retour.

Hervé GAUTIER - Novembre 2013 - http://hervegautier.e-monsite.com

LA STRADA – Un film de Federico Fellini.

N°689– Octobre 2013.

LA STRADA – Un film de Federico Fellini.

(Mardi 28 octobre 2013 – 20H50 – Arte)

Je n'ai vraiment aucun mérite à vanter ce film devenu célèbre dès sa sortie en 1954 et qui l'est encore aujourd'hui, même dans sa version noir et blanc, mais quand tout s'effondre dans notre pauvre pays, quand, au sommet de l’État on sent plus qu'un flottement et que l'économie, l'emploi, la paix sociale et donc la démocratie sont durablement ébranlés, il est plus que réconfortant d'oublier un moment ces tristes réalités avec un roman ou un film de qualité.

Ce film donc met en scène dans une Italie d'après-guerre un minable petit cirque forain qui circule au hasard des villes et des campagnes en présentant devant de rares spectateurs un unique numéro de force. Il est composé au départ d'un homme costaud, ivrogne et rustre, Zampano (Anthony Quinn), qui, pour quelques sous achète à sa mère trop pauvre, une jeune fille un peu attardée, Gelsomina (Giuiletta Masina, épouse de Fellini) qu'il intègre à son « spectacle ». Elle est naïve et innocente et son regard seul porte toute la détresse du monde. Elle incarne la sensibilité, l'humanité [scène de l'enfant malade mais aussi la faculté qu'elle a de s'émerveille d'un simple caillou] mais tout cela fait d'elle une proie facile. Elle aime cette vie d'artiste et cherche à lui plaire avec obstination mais lui la traite comme une bonne sans lui accorder la moindre attention. Elle n'est ni belle ni vraiment drôle dans le numéro de clown, mais s'attache à cette vie qui la fait voyager et peut-être sortir peu ou prou de la misère. Elle tentera de partir, envisagera de répondre aux sollicitations de la jeune religieuse ou du cirque ambulant mais finalement choisira l'errance et le voyage avec ce compagnon d'infortune. Lassé d'elle, il finira par l'abandonner au bord d'une route et quelques années plus tard ce ne seront que les quelques notes langoureuses qu'elle réussissait à sortir d'une pauvre trompette qui lui rappelleront qu'elle a existé mais qu'elle est morte.

Un autre personnage est également attachant, celui du funambule, « le fou », joué par Richard Basehart qui importune constamment Zampano. Dans cet univers tragique il incarne la bonne humeur, le sourire, l'avenir, un rayon de soleil dans ce tableau déprimant et peut-être l'amour qu'il éprouve pour la jeune fille qu'il est le seul à vraiment comprendre. Sa mort sous les les coups de Zampano, annoncée par le bris de sa montre, anticipe celle de Gelsomina qui elle est seulement évoquée à travers les mots d'une femme qui étend son linge ; elles soulignent la solitude de Zampano. Si on le souhaite, on peut voir dans la dernière image du film où Zampano qui se sait coupable du meurtre du « fou » regarde désespérément le ciel après l'annonce de la mort de Gelsomina, une sorte de contrition ce qui donnerait à ce film une dimension chrétienne tout comme le funambule, personnage aérien, est figuré avec des ailes d'ange. Zampano lui pourrait incarner tout ce que l'humanité porte en elle de mauvais face à l’innocence, à la candeur des deux autres personnages ! Pourquoi pas ?

Jusque là, Anthony Quinn n'avait eu que des rôles secondaires. En lui offrant d'interpréter le personnage principal, certes antipathique et violent de ce chef-d’œuvre, Fellini a fait de lui un acteur majeur qu'on retrouvera souvent au cinéma notamment dans « Zorba le Grec » mais aussi dans « Viva Zapata ! » ou dans « La vie passionnée de Vincent Van Gogh ». Le personnage qu'il campe est révoltant mais tranche sur les deux autres qui ne peuvent pas ne pas bouleverser le spectateur par leur authenticité et par leur mort. En tout cas aucun d'eux ne laisse indifférent.

Fellini a puisé dans sa vie les thèmes de ses films. Il y a dans certains d'entre eux (Amarcord, Fellini Roma, Huit et demi...) des connotations nettement autobiographiques. « La Strada » incarne sans doute son enfance en Émilie-Romagne où de petits cirques parcouraient cette province. C'était une des rares distractions de cette époque. Avec la symbolique de la route (La strada) qu'on retrouve notamment chez Kérouac (La Feuille Volante n° 579) c'est la liberté que Fellini choisit de privilégier. Liberté dans sa vie peut-être mais surtout dans sa créativité cinématographique qui était foisonnante puisque l'une de va pas sans l'autre et que son génie débordant se conjuguait mal avec avec les entraves.

A ce scénario néoréaliste sur le vide de l'existence s'attache évidemment une musique inédite. Elle est signée Nino Rota et reste présente dans nos mémoires. Cette mélodie simple, populaire et réellement intemporelle ne peut qu'émouvoir celui qui l'entend. Ce compositeur est demeuré fidèle à Fellini, composant notamment pour la « Dolce Vita », « Huit et demi » ou « Amarcord », s'adaptant à chaque fois à l'univers très particulier de Fellini[1920-1993] fait de foisonnement des thèmes, de fantasmes, de rêve mêlé à la réalité mais aussi de personnages souvent difformes ou contrefaits, aux visages parfois tourmentés, des femmes aux corps plantureux, le tout contribuant à une écriture cinématographique étonnamment originale.

Pour cela, Fellini, authentique fabriquant de rêve, imaginatif plein de sensibilité tient définitivement une place à part dans l'histoire du 7° art.

© Hervé GAUTIER - Octobre 2013 - http://hervegautier.e-monsite.com

LA VIE EST BELLE – Un film de et avec Roberto Benigni

 

N°591– Août 2012.

LA VIE EST BELLE – Un film de et avec Roberto Benigni- 1997.

[Cine + famiz – Mercredi 1° août 20h40.]

Nous sommes en 1938 en Italie. Ce film met en scène Guido (Roberto Benigni), un serveur juif-italien excentrique, plein de joie de vivre, un peu dragueur et gaffeur qui souhaite ouvrir une librairie et passe son temps à deviner des rébus que lui propose un client de l'hôtel où il travaille. Il est d'autant plus extravagant qu'il tombe amoureux de Dora (Nicoletta Braschi), une jeune institutrice et cherche toutes les occasions de se faire remarquer. C'est plutôt mal engagé pour lui puisqu'elle est fiancée à un notable fasciste, mais Guido finit par l'épouser et à avoir avec elle un petit garçon, Giosué (Giorgio Cantarini). Malheureusement le régime de Mussolini persécute les juifs et, quelques années plus tard toute la famille est envoyée dans un camp d'extermination. Resté avec son fils, Guido va lui faire croire que tout ce qu'il voit n'est qu'un jeu où il faut accumuler des points pour gagner le premier prix qui est un vrai char d'assaut.

Il est convenu de dire que ce film est une fable, une sorte de conte pour enfant. Benigni lui-même l'a prétendu. Il n'y a en effet rien de vraiment réaliste dans ce décor. Dans Arrezo où il habite, Guido semble étranger à la traque des juifs et ce film n'a rien de rigoureusement historique. Le camp est tout à fait fictif et Giosué a beau se cacher, on a du mal à croire à la réalité de ce que l'on voit. Malgré le travail forcé des prisonniers, le camp semble quelque peu surréaliste et tout ce qu'on sait de l'univers concentrationnaire ne se retrouve pas ici.[« Et si tout cela n'était qu'un rêve »]. Au début la magie opère dans les yeux de l'enfant qui croit l'histoire que son père lui raconte même si, à un certain moment il est le témoin d'une révélation sur le véritable but des nazis qui est l'élimination des juifs. Pourtant, Giosué semble avoir tout compris mais continue de faire semblant, même si cette histoire de char d'assaut qu'il avait fini par oublier, se transforme, à son grand étonnement, en réalité par la libération du camp par les troupes américaines. Guido lui-même se prend au jeu, surtout quand il s'improvise traducteur de l'allemand qu'il ne parle pas et quand il découvre le monceau d'ossements, il est complètement ébahi et semble prendre enfin conscience de l'évidence. Même la mort de Guido ne parvient pas à être triste parce qu'on songe, malgré nous peut-être à celle d'un clown de cirque à laquelle on ne croit pas et non à celle d'un déporté juif.

Benigni donne ici toute sa mesure. Il réussit à nous faire sourire sur le thème de la mort, sur celui de l’extermination des êtres humains par d'autres hommes, sur celui de la Shoah. L'auteur semble nous dire que l'humour sauve de tout, même des pires choses, que c'est une bonne manière de résister à la noirceur, à l'oppression. Non seulement ce n'est pas faux puisque l'humour juif existe mais il a bien dû aider ce peuple dans son long combat pour l'existence.

J'y ai vu une fabuleuse histoire d'amour, celle de Guido et de Dora : Il fait tout pour la conquérir et elle qui n'est pas juive exige de suivre son mari et son fils dans le train de déportés. Malgré la séparation du camp, Guido lui fait constamment des signes qu'elle comprend et il mourra en tentant de la retrouver. C'est un peu comme si lui aussi cherchait à se jouer une comédie et à se convaincre que tout ce camp n'est qu'un décor et qu'il va la rejoindre. C'est aussi une histoire d'amour d'un père pour son fils à qui il cherche à cacher la vérité. Même si ce film est tragique par le thème traité, par l’éclatement de cette famille qui ne demandait qu'à être heureuse et par la mort qui rôde, il ne faut pas oublier que ces faits, même s'ils sont imaginaires, même s'ils sont présentés avec humour et surréalité, peuvent parfaitement se reproduire de nos jours et le nazisme peut prendre des formes inattendues mais bien réelles.

De nombreux prix qui ont couronné ce film (César du meilleur film étranger – Oscar du meilleur film étranger – Oscar du meilleur acteur pour Roberto Benigni – Oscar de la meilleure musique de film)... Pour ma part, une fois l'écran devenu noir j'ai eu la certitude d'avoir assisté à une histoire poétique et pleine d'émotion.

©Hervé GAUTIER – Août 2012.http://hervegautier.e-monsite.com

LIBERO – Film italien de et avec Kim Rossi Stuart.

 

 

N°502 – Février 2011.

LIBERO – Film italien de et avec Kim Rossi Stuart.

Arte – 3 février 2011 - 20H40.

 

Il est des films qu'on découvre par hasard lors d'une soirée télé où rien n'est prévu. On zappe et on s'arrête sans savoir pourquoi sur un long métrage, à cause du titre ou des quelques mots de la critique qui l'accompagne... et on se laisse happer par l'histoire. Pour moi, cela a été le cas de « Libero », avec, peut-être cet accent d'Italie qui pourtant ne doit rien au foot-ball.

 

J'ai bien aimé ce film qui avait toute les chances d'échapper à mon attention [Kin Rossi Stuart m'était complètement inconnu, et je ne suis pas un cinéphile averti]. L'histoire pourrait être banale, en cette fin de XX° siècle en Italie : une famille mono parentale, avec à sa tête Renato, un caméraman un peu paumé mais qui parvient tant bien que mal à maintenir un équilibre précaire dans cette famille secouée par les départs répétés de son épouse. C'est pourtant un père aimant, à la fois colérique et touchant, qui fait ce qu'il peut pour assurer à chacun plus que le nécessaire et que ses enfants adorent. Il cache autant que possible les errances amoureuses de Stefania qui pourtant débarque un soir, désireuse de réintégrer le domicile conjugal. Pour cela elle supplie tout le monde, fait à tous des promesses de fidélité qu'elle ne tiendra pas. Renato, peu convaincu finit par plier cependant, Viloa, la fille un peu naïve y croie mais Tommi, un préadolescent écorché-vif à qui l'inconduite de sa mère n'a pas échappé ne se fait guère d'illusions.

Tout reprend donc comme avant, en apparence seulement, mais Stefania, immature jusque dans l'éducation de sa progéniture en fait beaucoup trop pour être crédible. Elle manie l'hypocrisie autant que l'amnésie mais finit par céder aux sirènes de l'adultère.

 

Le spectateur voit ce film à travers les yeux de Tommi [Alessandro Morace, à la fois émouvant et incarnant parfaitement cet enfant que les événements font grandir trop vite]. Certes, sa sœur fait ce qu'elle peut pour tenir auprès de lui le rôle de la mère absente, mais on le sent comme étranger à ses efforts. C'est lui qui regarde le monde des grands, de loin, parfois à la jumelle, mais toujours solitaire. On le voit marcher dangereusement au bord du toit, escalader les murs... et regarder le vide avec une certaine attirance. C'est surtout sur lui que pèse cette situation délétère et qui l'empêche de vivre son enfance comme les autres. En classe, il est maladivement timide devant les filles et se rapproche de l'élève rendu muet par un drame familial, un peu comme celui qu'il connaît chez lui. Cet épisode accentue encore davantage sa solitude. Avec son camarade de l'immeuble où il habite, il ne peut, malgré une invitation, partager avec lui des vacances à la neige, comme si ce genre de joies familiales lui étaient définitivement interdites. On imagine ce que sera sa vie d'adulte ensuite ! C'est lui qui rappelle à sa mère que lors d'une de ses maladies infantiles elle était encore une fois absente ! C'est lui qui fait remarquer à son père que Stefania ne perdra jamais ses mauvaises habitudes. C'est lui aussi que pressent le prochain départ de sa mère quand il la voit discuter avec un homme lors du vernissage de l'exposition. Il réagit comme il le peut, au passage en chagrinant son père qui pourtant était attentif à ses performances sportives, en délaissant la piscine pour le foot-ball. C'est aussi sur lui, sans doute parce qu'il est le plus faible, que s'abat l'ire paternelle.

 

On imagine le calvaire de cet homme qui maintient un semblant de vie familiale mais à qui le quotidien se charge de rappeler en permanence qu'il a choisi la mauvais personne pour partager sa vie. Tant qu'il n'acceptera pas un éventuel divorce (et probablement ne il fera-t-il pas ne serait-ce que pour ne pas traumatiser durablement ses enfants), il connaîtra cet opprobre. Ce film passe sur cette chaine au moment où on parle des ravages occasionnés par la séparation des parents sur la vie de leurs enfants.

 

Ce film est émouvant et bien en phase avec la société actuelle. La psychologie des personnages est dessinée toute en finesse et d'une manière juste et épurée, ce qui tranche peut-être avec l'idée qu'on se fait du cinéma italien traditionnel, exubérant et démonstratif. Je veux retenir la dernière image du film, celle où Renato accède enfin à l'envie qu'a Tommi de jouer au foot-ball, lui conférant sa vraie place au sein de cette famille déchirée, lui rendant son sourire : « Anche libero va bene » !

 

 

 

 

 

 ©Hervé GAUTIER – Février 2011.http://hervegautier.e-monsite.com

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 





 

 

 





 

PARFUM DE FEMME - film de Dino RISI (1974).

 

N°350– Juillet 2009.

PARFUM DE FEMME – film de Dino RISI (1974).

Mercredi 8 juillet 2009 – Cinéma Classic.

 

L'histoire de ce film, devenu un classique, est connue. Fausto, un ancien capitaine de cavalerie devenu aveugle et manchot à la suite de la malencontreuse manipulation d'une grenade, n'a jamais cessé d'être un grand amateur de femmes. Il refuse son infirmité, la cache sous une agressivité constante et ne devine plus la présence des femmes qu'à la fragrance de leur parfum. Il doit se rendre à Naples et Giovanni [rebaptisé par lui et un peu par dérision Chichio], un jeune militaire du contingent, est chargé de l'accompagner et de le guider jusqu'à sa destination. Le jeune homme est certes impressionné par son supérieur, non seulement par l'argent qui dépense et gaspille mais par la comédie qu'il joue pour masquer aux autres et peut-être à lui-même ce handicap qui pourrit sa vie. C'est vrai qu'il est en constante opposition aux autres, à sa vieille tante chez qui il vit et trouve dans ce jeune soldat un bouc émissaire idéal sur qui il va reporter toute cette violence contenue faite d'insultes et parfois de coups... qui, au départ il file doux mais finit rapidement par se rebeller, à sa façon. Il découvre dans ses affaires une photo de femme et un pistolet, deux choses qui, pour un aveugle, sont parfaitement inutiles.

 

C'est qu'il a un rendez-vous mystérieux à Naples pour abattre un homme, ainsi qu'il le révèle au jeune homme incrédule. On le retrouve dans cette ville, chez Vincenzo, un lieutenant, aveugle lui aussi, et il y retrouve Sara, une jeune fille qui a toujours été amoureuse de lui. On sent bien qu'il la désire puisqu'il ne peut résister à une femme, mais la repousse cependant. Il y a dans leurs relations une sorte de résumé en filigranes de sa vie devenue insupportable, puisqu'il se considère lui-même, et malgré l'image qu'il veut donner de lui, comme un homme fini, une véritable épave! Il est à la fois drôle et cruel!

 

Il festoie avec Vincenzo dont on suppose qu'il est l'ami, mais c'est en fait lui qu'il est venu tuer pour une raison obscure, mais le manque.

 

J'avoue que j'aime beaucoup le cinéma italien de cette époque, ce personnage en particulier, à la fois homme et monstre, qui le sait, qui est sans demi-mesure, qui refuse l'aide et l'amour authentique que lui offre Sara, lui préfère, mais en apparence seulement, la jouissance qu'il peut trouver en compagnie des autres femmes [« Le sexe, les cuisses, de belles fesses : voilà la seule religion, la seule idée politique, la vraie patrie de l'homme »], qui joue ce rôle suicidaire presque jusqu'à la fin, mais finira par accepter le bras de cette femme qui ne voit que lui et sans doute par s'appuyer définitivement sur elle parce qu'il comprend sans doute tout l'aspect délirant du personnage qu'il s'est lui-même crée, parce qu'il ne peut jouer jusqu'au bout ce jeu de la solitude qui va le précipiter dans la mort. C'est que Fausto est devenu solitaire, marginal du fait de son état. Il sait que cela est définitif et débouchera forcément sur le néant, mais il tente, une dernière fois fois peut-être, de se jeter dans l'alcool et le plaisir, mais cela semble être sans issue. Il croît à peine un prêtre de ses amis qui lui affirme que le salut de son âme passe par cette infirmité quotidienne.

 

Il me semble que le parcours qu'il réalise en train de Turin où il habite à Naples en passant par Gênes et Rome [deux villes que tout oppose], en compagnie de Gioanni, est allégorique et préfigure celui qui va lui faire admettre que Sara et l'amour authentique qu'elle lui porte, sont sa seule planche de salut en ce monde et qu'il n'y en a pas d'autre. A la fin, il s'en remet à elle, et à elle seule, pour cheminer dans une nature hostile dans laquelle il ne pourra se débrouiller seul. C'est un peu comme s'il acceptait enfin ce qu'il avait toujours refusé jusqu'à présent, la pitié!

 

Il y a dans ce film une émotion réelle, une violence, une douceur et un réalisme qui ne peuvent me laisser indifférent, le tout servi par un jeu d'acteurs exceptionnels, Victorio Gassman, évidemment, mais aussi Allsendro Momo [Giovanni] et Agostina Belli[Sara].

 

 

 

 

 

©

Hervé GAUTIER – Juillet 2009.http://hervegautier.e-monsite.com

Hervé GAUTIER – Juillet 2009.

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