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LES FLEURS D'HIVER
- Par ervian
- Le 11/03/2015
- Dans Angélique Villeneuve
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N°880– Mars 2015
LES FLEURS D'HIVER – Angélique Villeneuve- Phébus.
Nous sommes en octobre 1918 et, quand ce conflit a fait tant de morts, rentrer chez soi vivant est un événement exceptionnel. Toussaint y retrouve sa femme Jeanne et sa fille Léonie. Quatre années pendant les quelles elles n'ont connu que les privations, le dur travail d'une ouvrière, le froid, la maladie. Lui, blessé après quelques mois de conflit était au Val de Grâce, il se montrait rassurant sur sa santé mais bizarrement demandait à Jeanne qu'elle ne vienne pas le voir. Elle avait respecté ce souhait, imaginant le pire. Il rentre maintenant chez lui à l’improviste mais porte en permanence un large bandeau sur le visage, c'est « une gueule cassée ». Il restera silencieux, se cachera de sa propre épouse pour ne pas lui révéler sa mutilation.
C'est un roman qui s'inscrit dans la somme de ceux qui ont été publiés en l'honneur des cérémonies commémoratives de la Grande Guerre. Pourtant, il ne parle pas de la guerre de tranchées, de cette boucherie générale et inutile mais, au contraire de l'amour de Jeanne pour Toussaint. C'est en effet un authentique roman sur le couple, sur la famille. Non seulement Jeanne n'a pas oublié son mari pendant tout ce conflit, lui est restée fidèle, ne l'a pas trompé comme beaucoup d'autres l'ont fait, profitant de leur nouvelle vie et de l'absence de leur mari, mais surtout elle continue de l’aimer en silence malgré sa blessure et cette image muette et dégradée qu'il donne de lui. La joie que cette famille connaissait avant la guerre fait maintenant place à une autre ambiance faite de gêne, de non-dits, d'un pesant silence… et Léonie doit aussi accepter cette nouvelle situation malgré son jeune âge. Toussaint, de son côté, tente de garder pour lui sa nouvelle image saccagée. Jeanne devra l'accepter, l’accompagner dans son retour difficile à la vie comme lui-même devra reprendre pied dans un monde plus vraiment fait pour lui. Et elle le fera parce qu'elle aime cet homme, tout simplement et puisera dans cet amour la force de ne pas le regarder comme un étranger. Elle mesure aussi toute la complexité de sa situation quand sa plus proche voisine et amie a perdu son fils unique à la guerre.
C'est un livre délicat, pudique sur l'acceptation de l'autre que les événements ont transformé malgré lui. C'est vrai qu'on n'a peu abordé le thème douloureux de ceux qui ont été marqués définitivement dans leur chair par ce conflit. Ils étaient vivants mais portaient jusqu'à la fin la marque visible de tous de leurs souffrances. Ils ont dû, malgré eux, affronter le regard des autres entre fausse compassion et voyeurisme. C'est aussi un formidable roman d'amour, peut-être un peu trop idéalisé mais en tout cas porteur d'espoir.
L'auteur évoque également la vie quotidienne de « l'arrière », entre cérémonies de commémoration pour les « morts au champ d'honneur » et privations de tous ordres, surtout pour les plus humbles, le spectacle douloureux des mutilés rencontrés au hasard du quotidien.
©Hervé GAUTIER – Mars 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com
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L'URGENCE ET LA PATIENCE
- Par ervian
- Le 11/03/2015
- Dans Jean-Philippe TOUSSAINT
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N°879– Mars 2015
L'URGENCE ET LA PATIENCE – Jean-Philippe Toussaint - Éditions de Minuit.
Après pas mal de romans publiés et sans doute d'autres seulement écrits, l'auteur éprouve le besoin de faire le point sur son matériau de prédilection, les mots, et la façon de les utiliser, l'écriture. Il dissèque à travers son œuvre personnelle ce phénomène à la fois manuel et intellectuel, entre dans le détail, analyse le processus de création littéraire au regard de ces deux caractéristiques qui peuvent être contradictoires, voire inconciliables ou complémentaires : l'urgence et la patience.
Au milieu, il place l'inspiration comme une grâce extérieure, d'aucuns la qualifieraient de divine, mais l'urgence est là qui la commande et il faut respecter son rythme, ses exigences, sa fragilité aussi. II souligne, avec pertinence, l’importance du travail et aussi de la lecture des autres auteurs (pas n'importe lesquels cependant) mais aussi les lieux qui selon lui sont propices à l'écriture. Pour lui ce sont les hôtels qui ne sont pas forcement des édifices de pierre mais qui peuvent parfaitement être des constructions purement mentales (il parle de « fonctionnalité fictionnelle »). Bref, l’écrivain dans tout cela, dans tout ce chambardement intime, paraît être bien frêle face à la page blanche et à ce bouillonnement d’où sortiront des mots et des chapitres. Si on veut faire la démarche de publier ce qu'on écrit (et c'est bien naturel) il faut aussi faire preuve de patience, mais pas la même, face aux éditeurs. Il ne faut oublier non plus que l'écriture en se laisse pas dominer facilement, la patience est aussi nécessaire dans les périodes incontournables d 'abattement et de dépression.
A titre personnel j'ai toujours été fasciné par le phénomène de création artistique (et spécialement littéraire). D'où cela vient-il ? Pourquoi cela s'applique-t-il à quelqu'un qui en s'y attend pas, qui n'a rien fait pour cela alors que d'autres ont fait des études et des efforts pour écrire et n'y parviennent pas ou mal. J'avoue que je souscris assez à cette conjugaison entre la patience et l'urgence mais j'ai toujours été interpellé par ce moment extraordinaire et fugace qu'est l'inspiration qui se manifeste au hasard, le jour ou la nuit et surtout quand on s'y attend le moins( à la réflexion je n'ai jamais cru que cela avait une dimension divine). Il faut cependant impérativement s'y soumettre faute de perdre définitivement ce qu'elle nous offre. En outre j'ai toujours été frappé par cette sorte d'extériorité qu'on éprouve quand on se soumet à ce processus créatif, qu'on y fait allégeance au point d'abandonner ce qu'on fait pour répondre à cet appel qui peut durer des heures ou quelques secondes. Je l'ai toujours, peut-être à tort, rapproché de ce mot de Rimbaud « Je est un autre ». J'ai souvent ressenti à titre personnel cette impression assez étrange d'être en dehors de tout cela, de tenir le stylo certes, de mettre mon nom en tant qu'auteur, mais de n'avoir avec ce moment excitation et d'exception que nous nommons la création qu'une lointaine parenté.
J'avais déjà lu Jean-Philippe Toussaint comme un écrivain (La Feuille Volante nº 405 « La vérité sur Marie »). Sa démarche d'essayiste est intéressante et enrichit ma réflexion personnelle sur l'écriture.
©Hervé GAUTIER – Mars 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com
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PHOTOS VOLEES
- Par ervian
- Le 10/03/2015
- Dans Dominique Fabre
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N°878– Mars 2015
PHOTOS VOLEES – Dominique Fabre – Éditions de l'Olivier.
Jean, la soixantaine vient d'être licencié de la société d'assurances dans laquelle il travaillait depuis quelques années. Divorcé sans enfant, il est seul au monde et doit réorganiser sa vie à cause de ce licenciement. La recherche d'un hypothétique travail, les négociations pour son départ, l'éventualité d'une instance au prud’hommes, les recherches éprouvantes et un peu désespérées à Pôle emploi, la préparation d'une fin de vie fragile et solitaire l'occupent un moment. Il fouille dans ses affaires et retrouve de vieux clichés du temps où il était photographe professionnel. Du coup son passé lui revient à la figure, toute sa vie avec sa jeunesse, ses amis, ses parents, ses amours, les vivants, les morts… A travers ces clichés en noir et blanc, il revoit sa vie, la revisite, y jette un regard nouveau comme si c'était pour la première fois. A cause de ces moments passés, Jean se retrouve toujours face à lui-même, il a perdu tout espoir de s'unir à une autre femme et va devoir seul affronter les problèmes d'argent du fait de cotisations anciennes non payées et surtout de solitude, de certitude de ne plus servir à rien ni à personne, de n'être plus rien. Petit à petit, il revient à la photographie et aux lieux urbains qui ont marqué sa vie, dans les rues, dans les bars là où on y rencontre des inconnus qu'on en reverra plus ou des amis perdus de vue mais qu'on revoit par hasard. C'est peut-être grâce à la photo qu'il parvient à remonter la pente, à revivre à peu près normalement.
L'auteur aborde le problème des seniors licenciés brutalement parce qu'ils coûtent trop cher et en sont pas assez performants dans une société qui maintenant les rejette sans beaucoup de ménagement. Jean connaît ainsi un problème d'effacement, celui qu'on lui impose à cause de son âge mais aussi celui qu'il s'impose à lui-même, désireux qu'il est d'être transparent parce qu'il n'est plus rien. Il aborde aussi la solitude qui, peu ou prou nous menace tous quand arrive la vieillesse parce que le temps passe sur nous et en nous et chaque photo est un jalon même si elle souligne la fuite du temps. Il le fait sur un mode mineur mais avec une certaine pudeur mais surtout avec la mélancolie qui pointe sous ses propos.
A la fin du livre, Jean connaît une histoire d'amour dont le lecteur en sait pas si elle débouchera sur quelque chose de sérieux et contribuera ainsi à sa renaissance. Cet épilogue en forme de point d'interrogation me plaît bien et va dans le sens du climat général du roman.
Le style est simple, dépouillé, un peu ennuyeux cependant. J'ai achevé ma lecture sans trop savoir ce qui m'y poussait. J'ai ressenti une tristesse profonde, comme celle de Jean, le narrateur qui se débat comme il peut dans cette nouvelle vie. Je me suis un peu retrouvé dans cette situation, soit qu'elle se soit vérifiée quelque peu dans le passé, soit que mon imagination féconde me projette dans l'avenir.
©Hervé GAUTIER – Mars 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com
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CONCERTO POUR LA MAIN MORTE
- Par ervian
- Le 06/03/2015
- Dans Olivier Bleys
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N°877– Mars 2015
CONCERTO POUR LA MAIN MORTE – Olivier Bleys – Albin Michel.
Mourava est un petit village perdu dans le fin fond de la Sibérie centrale, le long du fleuve Ienisseï, entouré d'anciens goulags recouverts maintenant de végétation, un village « pauvre et malfamé » abandonné de tous, une sorte de décharge à ciel ouvert au sol perpétuellement gelé. Bref, un endroit qui n'attire pas vraiment les hommes, juste une soixantaine d'âmes en peine le peuple, avec pour seule consolation la vodka. Faute de mieux, elle est une panacée et sa consommation trouve sa justification dans n'importe quel événement du quotidien, mais cela ne concerne pas Vladimir Golovkine, l'éboueur, qui n'a qu'un rêve, quitter ce trou perdu pour la ville voisine et on le comprend. Pour ce faire il guette le bateau qui s’arrête, rarement d'ailleurs, au village. Faute d’argent, il se contente de le regarder passer et un beau jour en descend un musicien français, Colin Cherbaux, qui débarque avec son piano. Cela peut paraître bizarre mais il est venu ici soigner un mal étrange ; à chaque fois qu'il entame le concerto n°2 de Rachmaninov, sa main droite se crispe.
J'avoue que je ne connaissais pas cet auteur avant d'ouvrir ce livre et c'est encore une fois le hasard qui a conduit mon choix, guidé il est vrai par une critique favorable. J'ai eu pourtant un peu de mal à entrer dans cette histoire, celle de deux hommes complètement différents qui se rencontrent dans ce petit village du bout du monde. Chacun d'eux poursuit son rêve : Colin, le pianiste, vient ici (on se demande bien pourquoi ici), accompagné de son instrument pour recouvrer l'usage de sa main droite et reprendre son activité professionnelle. Vladimir lui, sait qu'il n'a pas sa place à Mourava et ne pense qu'à une chose, s'en évader. C'est un peu l'image de chacun d'entre nous, celle de la condition humaine, quand nous poursuivons un but qui se révèle parfois être une chimère. Ces deux hommes tendent vers un but en évitant de tomber dans l'instinct grégaire symbolisé entre autre par la vodka dont chacun ici fait un usage plus qu'irraisonnable. Même si cela fait un peu cliché dans ce contexte, c'est au moins significatif comme l'est aussi sans doute la galerie de portraits et le décor sibérien que nous offre l'auteur. Colin fait une rencontre improbable mais qui va transformer sa vie et Vladimir continue à nourrir ses propres illusions qui ne manqueront pas à se muer en désastre, mais il n'hésite pas à tenter ce qu'il croit être sa dernière chance. La numérotation particulière des chapitres incarne ce cheminement individuel.
Nous sommes dans un roman, dans une fiction, c'est à dire dans une histoire inventée où tout est différent du monde réel et laisse une place à l'absurde. La rencontre de Colin et d'Oleg est surréaliste et la technique employée par ce dernier est vraiment inattendue, mystérieuse même. Nous entrons donc de plain-pied dans une fable mais là n'est pas la difficulté. Je ne sais pas pourquoi, mais, le livre refermé j'ai un sentiment mitigé, à cause peut-être de l'épilogue, cet incontournable « happy end » qui conclue si bien un récit onirique mais qui correspond si mal à la réalité. Je dois le dire, je m'attendais à autre chose et j'ai même été un peu déçu même si j'ai poursuivi ma lecture jusqu’à la fin avec une certaine curiosité. Cela vient peut-être de moi, de mon état d'esprit aujourd'hui, de l'ambiance générale morose qu'une fable même géniale ne peut, à mes yeux, exorciser.
Je suis peut-être passé à côté d'un chef-d’œuvre, je reconnais volontiers qu'il est poétique, bien écrit, bien documenté notamment au niveau de la musicologie et agréable à lire mais une légère déception fait partie de mon impression.
©Hervé GAUTIER – Mars 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com
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MARIUS
- Par ervian
- Le 04/03/2015
- Dans Marcel PAGNOL
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N°876– Mars 2015
MARIUS – Marcel PAGNOL - Éditions Pastorelly.
L'année 2015 est celle de l'anniversaire de la 120° année de la naissance de Marcel Pagnol. L'occasion pour moi de relire la trilogie marseillaise d'un auteur qui, lorsqu’il publia cette pièce en 1929, ne se doutait sans doute pas qu'il aurait une telle notoriété mondiale.
C'est vrai que le Marseille qu'il nous présente n'existe plus. Ce qui nous est évoqué ici est fait de clichés un peu faciles sur la ville et sur ses habitants, leur peu d'attirance pour le travail et autres idées reçues. En évoquant le microcosme de ce quartier on revoit le film, on entend l’exubérance, l'accent traditionnel (on associe définitivement ses personnages à Raimu et à Charpin), le pastis et les bars à marins, les magasins d'accastillage qui sentent le goudron et les voiles, le pont transbordeur, le « fériboite », les bateaux en partance, les petites boutiques couleur locale, les ragots, l'ostracisme gentil envers ceux qui ne sont pas de cette ville, les gens du nord. On n'échappe pas non plus aux incontournables histoires de cocuages, plus drôles quand cela arrive aux autres qu'à soi-même, non plus d'ailleurs que cette inévitable propension que nous avons tous à idéaliser les gens quand ils sont morts et à oublier les turpitudes dont ils s’étaient rendus coupables de leur vivant. Entre Marius et Fanny, il y a l'amour, certes mais pour lui c'est aussi l'appel du large et de l'aventure qui va prévaloir parce qu'il est jeune et que nous sommes dans un port, parce qu'elle l'y pousse aussi un peu, peut-être pour l'éprouver. Pour elle l'argent et tout ce qu'il procure n'est pas non plus à négliger...Il y a aussi ce désir d'un vieux et riche barbon pour une jeune fille jolie mais pauvre et cette paternité qu'il acceptera plus tard alors même qu'il sait n'y être pour rien, cette volonté de sauvegarder les apparences, la sauvegarde de ses intérêts, la volonté d'avoir une descendance pour l'héritage... En plus on ne peut oublier l'incontournable partie de cartes, la confection surréaliste et arithmétiquement contestable du « picon-citron-curaçao », les quiproquos, les répliques savoureuses, la camaraderie entre entre voisins qui tourne facilement au vinaigre sur un mot jeté au hasard mais qu'on raccommode autour d'un verre. Pourtant, au-delà de l'humour et de la carte postale que nous avons tous aimé dans cette pièce, il y a quand même autre chose qui tient davantage du drame et même de la tragédie que de la comédie. C'est que, en faisant tout cela il peint simplement la condition humaine, celle qui existe et qui existera toujours.
La fin n'est pas vraiment drôle si on veut bien en convenir et tranche sur l'ensemble volontiers léger et caricatural. Elle est révélatrice de l'espèce humaine avec tout ce qu'elle a de déplaisant, de détestable... C'est toujours un peu comme cela chez Pagnol, cette espèce de vision des choses volontiers amusante puis ce sont des vérités glissées presque entre les lignes.
A l'époque, Marseille c’était un peu la porte de la Méditerranée, l'aventure maritime, les voyages, l'ouverture sur le monde. Je me demande ce qu'il écrirait aujourd'hui s'il revenait, quand cette ville est davantage synonyme de trafics en tous genres, de mafia, de meurtres quotidiens, d'absence d'autorité de l’État ...L'insécurité est telle que les habitants des quartiers n'osent même plus sortir de chez eux de peur de prendre une balle perdue en faisant leurs courses, craignent pour leurs enfants... pas vraiment un art de vivre ! Il y a certes le vieux port, la Canebière, la beauté et l'histoire de cette cité cosmopolite, le soleil, le farniente, le mistral mais quand même, les choses ont bien changé !
©Hervé GAUTIER – Mars 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com
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JARDIN D'HIVER
- Par ervian
- Le 02/03/2015
- Dans Thierry Dancourt
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N°875– Mars 2015
JARDIN D'HIVER – Thierry Dancourt – La Table ronde
Avec qui Pascal Labarthe, le narrateur, avait-il rendez-vous à Royan, au cœur de l'hiver dans cette ville qu'il ne connaît pas, peuplée à cette période de l'année uniquement par des retraités ? En outre, il y vient par le car et loge dans un hôtel un peu anachronique qui ne comporte qu'une seule chambre. Ce n’est pas comme en été où se pressent tant d'estivants dans cette citée qui ne date que de la fin de la 2° guerre mondiale, où il n'y a pas la moindre vieille pierre. Ici c'est la mer et seulement elle qu'on vient visiter, dont on vient profiter, avec le soleil et le farniente, évidemment.. On dirait qu’il débarque ici avec toute sa richesse, une valise et une machine à écrire...Et c'est presque dans une ville fantôme qu'il arrive.
Dans cet établissement L’hôtel Océanic, dont le nom ne brille guère par son originalité, il rencontre le client attitré de cette unique chambre, Serge Castel, un voyageur de commerce sur le déclin. A la suite de rapides présentations entre eux, on apprend que Labarthe est écrivain-documentaire, précise-t-il, par opposition à écrivain-artistique qui a surtout écrit quelques rébarbatifs fascicules destinés à la population préadolescente. Il vient à Royan pour un rendez-vous, un simple rendez-vous... Le tableau se complète avec ce patron d'hôtel qui ne parvient pas à fermer un établissement qu'il a pourtant un peu de mal à gérer malgré son unique chambre, ce voyageur de commerce, « sans voyage ni commerce » avec son éternelle Player's éteinte au coin des lèvres et cet autre homme amateur de sandwichs au pâté, de journaux périmés et de séjours prolongés dans la bibliothèque municipale ! Ils semblent tous être sortis de nulle part et être carrément hors du temps. Dancourt en rajoute un peu avec cette photo en noir et blanc aux bords dentelés qu’accompagnent quelques mots, comme un souvenir. A l'aide de nombreux analepses, l’auteur balade son lecteur dans le temps, de l'occupation allemande à nos jours, dans cet hiver royannais.
Ce qu'il vient chercher après tout ce temps, il nous le dévoilera au fur et à mesure des chapitres aux couleurs un peu grises, décrivant avec minutie cette vacuité de l'hiver dans la station balnéaire, ces volets fermés, ces villas vides, ces jardins à demi en friche, ces pins maritimes...Elle correspond à l'état de son âme. Mais que vient-on chercher dans une telle ville à la morte saison sinon ses souvenirs, son passé ?
L'amour est un sentiment particulier. Il nous lie à une autre personne pour un temps ou pour longtemps et la mémoire ne garde pas forcément la trace de ceux qui n'ont fait que passer dans notre vie. J'ai le sentiment que Pascal n'est pas un de ces séducteurs, un de ces hommes pour qui les femmes ne sont que des proies, qui sont capables de n'importe quoi pour obtenir leurs faveurs et qui, une fois la victoire acquise, les oublient et les fuient. Non, lui, c'est un sentimental. Certes, la passade parisienne qui l'a lié quelques années auparavant à cette jeune femme anglaise, Helen, était un amour de contrebande puisqu’elle était mariée. Elle avait fini par disparaître de sa vie aussi facilement qu'elle y était entrée... Quant à Pascal, il ne parvient pas à la gommer de sa mémoire, au point de refaire le chemin à l'envers, pour en retrouver sinon la trace à tout le moins la silhouette dans une villa de Royan qu'elle a jadis habitée, avec pour seule boussole un cliché d'un autre âge. Elle devient dans sa tête l'image de la femme idéale entre les berges de la Seine et le littoral charentais. Quant à Abigail Lulamae, au nom imprononçable, elle fait figure d'amour de substitution.
J'ai lu ce livre pris au hasard sur les rayonnages d'un bibliothèque, comme souvent. Ce n’est pas mal écrit, l'écriture est fluide, les mots distillent une petite musique nostalgique. Le livre refermé, il me reste une impression bizarre, pas vraiment mauvaise. Je suis peut-être passé à côté de quelque chose mais je ne suis pas vraiment entré dans ce roman, j'ai pourtant poursuivi ma lecture, peut-être par curiosité, peut-être parce qu'il se déroulait à Royan, une ville qui ne m'est pas étrangère et qui pour moi aussi est porteuse de souvenirs.
©Hervé GAUTIER – Mars 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com
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ASPARAGUS
- Par ervian
- Le 01/03/2015
- Dans Fred Léal
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N°874– Février 2015
ASPARAGUS – Fred Léal - POL.(2013)
Ah, le service militaire ! Maintenant qu'il n’existe plus on peut toujours le regretter parce qu'à l'époque où il était obligatoire on faisait ce qu'on pouvait pour l'éviter en obtenant une dispense parce qu'on connaissait quelqu'un de bien placé ou en usant d’expédients plus ou moins efficaces, censés exempter son bénéficiaire d'un séjour sous les drapeaux. On en parlait souvent négativement et même parfois avec humour, évoquant des adjudants courtelinesques, des parcours du combattant épuisants, des manœuvres parfaitement inutiles. C'était du temps perdu, parfois en y trouvait des amitiés solides et le sens de la solidarité, l'occasion, avec le temps qui passe d'évoquer sa jeunesse... mais il ne laissait pas indifférent. C'était encore, dans l'esprit de nos grands-parents une période initiatique incontournable sans laquelle on n'était pas un homme tant qu'on avait pas fait « son régiment ». C'était en tout cas une source de souvenirs qui marquaient la vie.
Son passage dans l'armée en tant qu'aspirant-médecin appelé à Cayenne dans le glorieux corps de la Légion étrangère a inspiré à Fred Léal « Selva! », son premier roman (2002). Un peu plus de 10 ans il récidive sur le même thème, mettant en scène Rod Loyal, un aspirant-médecin qui rencontre sous ces contrées tropicales un jeune vétérinaire, Jean-Charles Hérisson, dit Charlie. Ce dépaysement fera du bien à Rod puisqu'il vient d'être largué par sa petite amie. Avec Charlie, ils vont passer cette période réglementaire sous la forme d'une vie de garnison amicale et complice, cependant ponctuée de bassesses ordinaires et hiérarchiques comme cette institution de la République en avait le secret quand il s'agissait de faire peser sur les appelés tout le poids de leur vie transitoire sous l'uniforme. Avec, évidemment l'ennui, une forme de solitude malgré le mode de vie plus libre plus fantasmatique mais, avec en plus le sentiment d'être inutile. Les distractions sont rares, à part le cinéma et les incontournables beuveries. Quant aux missions, dangereuses parfois, elles ont au moins l'avantage de familiariser l'auteur avec la faune locale, mygales, serpents et autres fauves qui ne se caractérisent pas par un gros potentiel de sympathie.
L'auteur ne manque pas d'évoquer la vie militaire, certes originale parce qu’équatoriale et légionnaire, l'esprit de corps et le secret qui entoure la moindre enquête, mais il est aussi un fin observateur du spectacle qui l'entoure, y va de sa critique, dénonçant les trafics en tout genre, la misère, plus grande ici qu'e'n métropole mais aussi la pollution, le désert sanitaire local, la santé précaire qu'on soigne à la gnôle et peut-être aussi l’indifférence générale. Il en profite pour mêler son expérience de jeune médecin à son propos mais fait quand même un constat accablant et inquiétant de la situation. Le sérieux du témoignage ne saurait être occulté par la fantaisie qui guette le lecteur à chaque coin de phrase, un peu comme un sourire farceur face à une situation contre laquelle, seul, on ne peut rien.
Sous sa plume, le lecteur croise aussi les écrivains Maurice Roche, Hélène Bessette que, je l'avoue bien humblement, je ne connaissais pas. Et Asparagus la-dedans ? Un de ces êtres qu'on croise par hasard, délicieux mélange de poésie et d'amour de la vie, bref quelqu'un qui impressionne ! Allez, devinez, ce n'est pourtant pas difficile ! Pourtant, ce livre est un hommage posthume.
Sur le plan de l'écriture, de l'architecture du roman, c'est un peu difficile à suivre pour un lecteur qui, comme moi aborde pour la première fois cet auteur. Je n'étais pas vraiment préparé à cette forme éclatée, mais peu importe, elle constitue son originalité et ce n'est pas moi qui m'en plaindrait. J'avoue que j'ai été surpris par ce livre, peut-être parce qu'il sort des sentiers battus de la littérature, en constitue une récréation bienvenue. Se moquer de l'armée comme de l'espèce humaine est certes facile mais fait toujours recette. Le jeu sur les mots, les acrobaties verbales ne m'ont pas laissé indifférent surtout quand quand ils sont teintés d'un humour de bon aloi. C'est un peu une folie mais, à chaque fois que je lis un texte écrit sur ce thème, je me remémore cette phrase dont j'ai oublié l'auteur « Soyez fou mon fils, dans l'a vie on ne l'est jamais assez »
©Hervé GAUTIER – Février 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com
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LA MAISON ATLANTIQUE
- Par ervian
- Le 27/02/2015
- Dans Philippe Besson
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N°873– Février 2015
LA MAISON ATLANTIQUE – Philippe Besson – Juillard.
Au départ, une maison au bord de la mer en été où un père, brillant avocat d'affaires, retrouve pour quelques jours son fils, après quelques années de séparation et pas mal d'épreuves ; C'est donc une résidence secondaire, pleine de souvenirs. Tout aurait dû être pour le mieux, une période de vacances avec son farniente, son soleil mais, évidemment ce huis-clos familial un peu forcé augure mal de la suite. Dès le départ on sent bien une atmosphère tendue entre le fils qui est aussi le narrateur et son père, Guillaume, et cette « unité de lieu » donne aux faits évoqués la dimension d'une tragédie où les souvenirs, forcément mauvais, ne vont pas tarder à ressurgir. On convoque le passé, parfois par la seule force de sa mémoire, parfois en l'habillant de mots, mais c'est le silence qui dès lors prévaut avec ses regrets, ses remords, ses aventures d’adolescent, ses fantômes, celui de la mère notamment. Le présent aussi s'invite avec ses vieilles rancœurs. Avec lui reviennent les vieux démons du père, divorcé depuis quelques années et qui ne peut croiser une jeune et jolie femme sans vouloir la séduire. Cécile, la femme du couple qui s'installe en voisin, sera pour lui une proie, parce qu'il décèle chez elle une fragilité dont il va jouer, et profiter. Elle montre aussi une sorte d'envie mal refoulée, une appétence pour la liberté, une volonté peut-être de profiter de la confiance aveugle d'un mari trop amoureux, trop naïf, trop candide. Et puis c'est l'été, la saison des amours éphémères, des aventures sans lendemain... Ce n'est certes pas original comme situation mais ce n'est pour autant pas un banal vaudeville à la Feydeau et tous les éléments du drame sont en place avec cette mécanique implacable où la chance semble être du côté des fautifs, ce qui augmente le malaise. Ce genre de situation est d'une banalité sans nom, n'honore guère les participants qui, pour quelques moments de fugace plaisir et un très hypothétique amour vont remettre en cause leur vie mais bien souvent aussi celle des autres ; son issue, on l'imagine, ne va pas briller par sa nouveauté. ( « Les histoires d'amour se terminent mal en général » , air connu). Celle-là, dont l'auteur nous offre avec un vrai sens du suspens, les moindres détails et les états d'âmes du narrateur, n'échappera pas à la règle.
Ainsi, cette période de vacances qui était censée rapprocher le père de son fils va contribuer à les éloigner l’un de l'autre, définitivement. En effet, les années de renoncement, d’indifférence, de trahison vont revenir d'un coup et charger cette atmosphère de haine. Durant toute la durée de ce roman, on sent le fils, le narrateur, un peu paumé dans le monde de son père qui, à l'évidence n'est pas fait pour lui. Il le sait, il en est le spectateur, n'en sera jamais l'acteur mais déplore aussi les victimes de son prédateur de père, son attitude à la fois désinvolte et égoïste.
Il y a une dimension de culpabilisation constamment rappelée par le narrateur dans ce texte par rapport à ses silences devant de donjuanisme paternel et les souffrances vécues par sa mère et qui l'emporteront. Personnellement, je me suis toujours inscris en faux au regard de cette vision judéo-chrétienne des choses qui empoisonne la vie des gens. Il y a peut-être autre chose. Le narrateur se rapprocherait bien de Cécile qui ne lui est pas indifférente et dont l'âge lui paraît beaucoup plus compatible avec le sien, mais il est supplanté par son père plus entreprenant, plus attirant peut-être ? C'était un peu comme si le différent entre le père et le fils, latent jusqu'à présent, prenait ici une dimension différente, plus passionnelle, plus rituelle, le fils sortant enfin d'une adolescence prolongée et le père faisant perdurer un peu artificiellement une vie de séducteur sur le déclin. Dans cette relation de dupe, le mari, Raphaël, « cocu magnifique » tant moqué par le théâtre de boulevard, me paraît être carrément mis de côté et joue le rôle d'un mari honnête qui ne voit rien des turpitudes (habituelles?) de sa jeune épouse. On ne sait même pas faire vraiment la différence dans son attitude entre la volonté de ne rien voir, d'être accommodant, voire lâche et celle de témoigner à Cécile une confiance aveugle. On dirait volontiers qu'il se la fait « voler » mais mais c'est ramener cette dernière à un simple objet passif qu'on peut s'approprier alors que d'évidence elle joue un rôle actif dans cette relation adultère.
Ce n’est pas dans mes habitudes, mais je voudrais dire un petit mot sur la couverture de ce livre. Certes elle fait aussi partie du roman mais elle n'a, le plus souvent, que des fonctions attractives et des fins bassement commerciales. Ici, j'y vois peut-être autre chose. Elle représente un tableau du peintre américain Edward Hopper dont cette chronique a déjà parlé. Y figurent une maison au bord de la mer et un voilier ce qui va bien avec le titre. Compte tenu de l'attachement du peintre pour la Nouvelle-Angleterre et le cap Cod, on peut penser que ce paysage s'y rapporte. Le roman lui se situe en France, dans une ville balnéaire sans autres précisions. Ce qui me paraît important, c’est le rapprochement entre le peintre et le romancier. Avec « L’arrière-saison »(La Feuille Volante n°604) et aussi dans un certain nombre d'articles, Philippe Besson a clairement établi cette « parenté » artistique. C’est peut-être à cause de cela que je les associe maintenant tous les deux et que lorsque j'ouvre un de ses romans, ce sont les images et l’ambiance distillées par les toiles de Hopper qui me viennent à la mémoire.
Une autre chose est intéressante et qui vient des différentes interviews où l'auteur précise que cette histoire n'a rien d'autobiographique mais qui au contraire est un œuvre de fiction parfaitement inventée. Le père dont il est question n'est pas celui de l'auteur comme l'atteste la dédicace non équivoque. Besson se pose donc ici en un véritable raconteur d'histoires. C'est en effet tout un art de tisser sur le néant de la feuille blanche un décor, une trame quasi-policière et une vrai étude psychologique des personnages tout en tenant en haleine son lecteur jusqu'à la fin. Il nous régale avec son habituel style à la fois fluide, simple, facile et agréable à lire qui distille une petite musique pleine de nostalgie et de sensibilité.
©Hervé GAUTIER – Février 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com
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16, RUE D'AVELGHEM
- Par ervian
- Le 25/02/2015
- Dans Xavier Houssin
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N°575– Mai 2012.
16, RUE D'AVELGHEM – Xavier Houssin – Éditions Buchet Chastel.
Ce roman est, si on en juge par les dédicataires, Angèle et Joseph, un peu un devoir de mémoire, mais pas au sens d'une obligation mais un peu comme ce qu'on faisait à l'école, une composition, une rédaction, pour ne pas perdre le souvenir de ceux qui nous ont quittés parce que les morts ne le sont jamais autant que lorsque les vivants ne pensent plus à eux.
Le narrateur nous les présente, ces gens sans histoire qui habitent Roubaix l'adresse indiquée sur la couverture du livre. Lui, Joseph Lapierre, ancien combattant le la Grande guerre, ancien chauffeur de maître est un ouvrier modèle qui aime son travail, respecte le patron, va à la messe, ne fait pas grève et ne fréquente pas les cafés, un homme humble, père de famille nombreuse qui n'a pas réussi comme on dit maintenant. C'est lui qui a choisi cette nouvelle maison, c'était son idée, parce que dans la précédente on était un peu à l'étroit. C'est vrai qu'avec huit enfants il faut de l'espace ! C'était un peu une folie, une grande maison inoccupée depuis si longtemps, avec tous ces travaux et le loyer qui doublait. Comme le propriétaire était le directeur de la filature, il s'était endimanché pour la visiter. Angèle, sa femme n'était pas d'accord, mais elle s'est résignée, comme toujours. Après tout c'est lui le Pater Familias, celui qui commande et dont on ne discute pas les décisions. Et puis il y a le jardin, le potager et bientôt le poulailler pour améliorer l’ordinaire, et même, pour lui, une salle qui sera son jardin secret, son univers où il bricolera, où il se retirera.
Dans cette maison, les enfants grandissent et l'Histoire semble extérieure à elle, le Front Populaire, la deuxième guerre mondiale, les restrictions, la libération, tout cela semble étranger à cette famille qui vit sa vie avec ses petits bonheurs et ses grands malheurs, les deuils, les maladies, les révoltes intérieures, les enfants qui s’affranchissent de la tutelle parentale et partent faire leur vie ailleurs, dans les ordres ou dans la société, qui ont à leur tour des enfants, la retraite qui vient et la maison qui se vide, les souvenirs, les regrets, les remords. ..On s'occupe comme on peut avec les fêtes de quartier, l'accordéon et les moules frites en se persuadant, sans trop y croire, que la vie est belle et qu'elle va durer longtemps.
Puis c'est la solitude à deux, le jardin où les fleurs succèdent aux légumes, la salle à manger au rez de chaussée qui sert de chambre à coucher parce qu'on ne peut plus monter à l'étage, puis la mort qui s'installe, petit à petit, la Camarde qui emporte Joseph et quelques années après Angèle et la maison qu'on détruit pour faire un parking, une page qui se tourne, des vies qui s'évanouissent...
Ce roman c'est une musique pleine de sensibilité, de tendresse, de poésie, de mélancolie aussi. Une évocation simple de la vie dans ce petit coin de France que ces gens n'ont jamais quitté ou si peu, une chronique douce-amère, un bon moment de lecture en tout cas.
©Hervé GAUTIER – Mai 2012.http://hervegautier.e-monsite.com
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LA BALLADE DE WILLOW
- Par ervian
- Le 23/02/2015
- Dans Jamie Ford
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N°871– Février 2015
LA BALLADE DE WILLOW – Jamie Ford – Presses de la Cité.(2013)
Traduit de l’américain par par Isabelle Chapman.
Avec deux « l », ce qui donne, dès le titre la dimension poétique de l'ouvrage. La traduction du titre original « Songs of Willow Frost » est bien rendue.
Nous sommes en 1934 à Seattle, aux États-unis. William Eng est pensionnaire depuis cinq années dans la très stricte institution du Sacré-Chœur où sa mère, Lui Song l'a abandonné au plus fort de la crise économique. Il avait alors 7 ans. Il n'est d'ailleurs pas le seul et pas mal de ses camarades d'infortune ont connu le même sort. Pour eux, seule une adoption peut leur permettre d'échapper à cet enfermement ou le très hypothétique retour de leur parents. Devant le peu de nouvelles, le garçon avait fini par se faire à l'idée que sa mère était morte. Les distractions sont rares dans l’établissement et un jour, par hasard, au cinéma, il reconnaît le visage de sa mère dans la bande annonce, ce qui bouleverse le gamin. Elle se fait appeler maintenant Willow Frost et a entamé une carrière de danseuse après avoir été chanteuse de rues puis de danseuse dans un speakeasy, activités brusquement interrompues par un internement dans un asile psychiatrique. Il décide donc de s'échapper pour la rejoindre.
L'auteur nous balade dans Chinatown et dans Seattle dont il nous détaille l’histoire et la géographie évoque les traditions chinoises et la crise de 1929 qui ressuscita les instincts mortifères de certains et qui obligea les familles pauvres à se séparer de leurs enfants devenus une charge. Il ne nous épargne rien du parcours difficile de Lui Song devenue Willow Frost, de l’impossibilité de vivre une vraie histoire d'amour avec Colin, un chinois, future vedette de cinéma, qui est éperdument amoureux d'elle mais qui sera lui aussi victime des traditions et des obligations familiales. Nous assistons à son combat de « fille-mère » ce qui à l'époque était fort mal vu dans une Amérique puritaine et dans la société chinoise, surtout quand cela touchait les gens du spectacle. Il nous parle de l'amitié qui existe entre William et Charlotte, la petite aveugle de l’orphelinat qui finira par refuser son départ avec son père. En réalité il nous fait partager le destin de Willow et de son fils, tous deux marqués définitivement par la malchance qui amène la mère à se sacrifier pour garder son fils mais qui est quand même forcée de l'abandonner. Il dénonce les mauvais traitements infligés aux enfants dans cet orphelinat par des religieuses désireuses sans doute de leur faire payer les erreurs de leurs parents et surtout désireuses de se débarrasser de leur pensionnaires quand un opportunité se présente. Du point de vue documentaire, ce roman est intéressant, précis dans ses descriptions et ses évocations, en revanche, je n'ai guère retrouvé la dimension poétique promise par le titre. J'ai même mis quelques temps à entrer dans l'histoire et ce n'est que vers la fin que les images décrites m'ont paru plus touchantes, plus émouvantes, que ce roman est véritablement devenu bouleversant. L'auteur mérite cependant d'être regardé comme un véritable conteur.
Une question est soulevée par ce roman, c'est celle de la culpabilité que peuvent ressentir les enfants ainsi abandonnés par leurs parents. Cette vision judéo-chrétienne, cultivée pendant des siècles par la religion catholique, dans le seul but de déstabiliser les hommes et de compliquer leur vie qui l'est déjà assez, m'a toujours paru hors de la réalité et pour tout dire inutile. Cette affirmation qui n'ajoute rien à l'existence des humains qui ne font ici-bas qu'un bref passage, mérite d'être combattue.
Un autre thème est celui de la malchance qui accable certains et en épargne d'autres. Cela me rappelle ce mot de Blaise Cendras « La chance on ne l'apprend pas, on l'a ». Ce roman me paraît l'illustrer parfaitement. On y donne bien entendu l'explication qu'on veut !
Un autre point soulevé par ce roman est le pardon, d'ailleurs à peine esquissé. Pour être accordé il doit être sollicité et Willow ne fournit à William qu'une explication sur sa conduite, pas une véritable demande d'absolution. Certes son fils lui pardonne mais elle ne le sait pas. Seule la suite nous le laisse deviner. Le roman se termine sur cet « happy end » qui tombe bien mais ne correspond malheureusement pas toujours à la réalité de la vraie vie, mais nous sommes dans une fiction, n'est-ce pas ?
.©Hervé GAUTIER – Février 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com
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Les merveilles.
- Par ervian
- Le 23/02/2015
- Dans Cinéma italien
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N°872– Février 2015
Les merveilles.
Un film d'Alice Rorhwacher – Grand prix au Festival de Cannes 2014.
Nous sommes en été, en Italie et plus exactement en Ombrie ou en Toscane, dans une famille d'apiculteurs. Les parents, la quarantaine, semblent être venus à la terre par idéal ou par l'utopique volonté de vivre loin des villes. On les imagine anciens étudiants ou salariés en rupture de ban et qui ont préféré le retour à la nature. Les abeilles sont le symbole de cette démarche écologiste. Ils sont un peu en marge de la société, un peu anar aussi, habitent loin du village dans une maison délabrée, vivotent du miel... Lui est allemand, un peu gueulard mais sympathique et pas violent, il adore ses quatre filles et va jusqu'à leur offrir un anachronique chameau...Elle est italienne, et un peu déçue de cette vie. Chez eux on parle le français, l'allemand, l’italien. S'y ajoute, pour les vacances, Coco, une jeune femme au moins aussi paumées qu'eux et chacun aide comme il peut le couple dans son activité agricole.
L'été, c'est agréable, on dort dehors, on s'occupe des ruches, on se baigne dans le lac tout proche. C'est une vie simple, au grand air où l'argent n'a pas le rôle principal. Pourtant la pollution et les pesticides menacent la survie des abeilles et l'exploitation qui n'est plus aux normes européennes devra fermer bientôt. L'aînée, Gelsomina, est la seule de la famille à avoir la tête sur les épaules. On songe évidemment à la même Gelsomina dans « La Strada » de Fellini, aussi attachantes l'une que l'autre. Adolescente, elle s'éveille à la vie et devrait être insouciante mais elle est présentée comme “le chef de famille” à l'éducatrice. C'est en effet elle qui s'occupe de tout à la maison et dans l’exploitation, elle sur qui se repose son père, surtout quand on vient leur amener un jeune délinquant que la justice souhaite réinsérer. Elle voit dans ce placement un apport d'argent qui aiderait la famille à vivre un peu mieux. Elle s’inquiète aussi de l'avenir en se demandant si sa mère sera là quand elle aura 60 ans !
La Toscane est aussi la patrie des Étrusques, ce peuple à la civilisation avancée, conquis par les Romains. Une équipe de télévision vient dans la région pour le tournage d'une émission,”Le pays des merveilles”, à propos de ce peuple. Les fermiers des alentours sont invités à y participer . Gelsomina, appâtée par la récompense (une croisière et beaucoup d'argent) et contre la volonté de son père, inscrit sa famille. Entre l'adolescente et la présentatrice-vedette (Monica Belluci) déguisée en prêtresse ou en fée aux cheveux couleur d'écume, naît une véritable complicité. Elle souligne le second visage de la personnalité de Gelsomina sensible à la féerie des choses notamment quand elle boit le rayon de soleil dans la grange.
En l'absence des parents, partis sans doute vendre leur miel au marché local, un responsable de l'émission visite l'exploitation. Ils sont choisis pour y participer mais malgré Gelsomina et son spectacle d'abeilles, c’est un voisin qui remporte le prix. C'est aussi avec sa complicité que le garçon délinquant, profitant du tournage de l'émission, choisit de disparaître. Dès lors les ennuis avec l'Administration commencent et les parents doivent liquider l'exploitation et partir. C'est une page de leur vie qui se tourne et on imagine la suite, morne, désargentée, désillusionnée . C'est le retour à une vie plus conventionnelle, un idéal qui s'effondre.
C'est le deuxième long métrage d'Alice Rohrwacher. C'est un film à la fois poétique et humble, réaliste, brut et même spartiate. Sur le plan technique c'est une forme d'écriture cinématographique particulière, tournée vers la nature, loin du monde informatisé et uniformisé que nous connaissaons actuellement, à l'inverse de la violence et du sexe qui caractérise souvent le cinéma d'aujourd'hui.
©Hervé GAUTIER – Février 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com
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LE CHEMIN AUX OISEAUX
- Par ervian
- Le 21/02/2015
- Dans Nadine Brun – Cosme Baudoin
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N°870– Février 2015
LE CHEMIN AUX OISEAUX – Nadine Brun – Cosme Baudoin –B.D.- Seuil.
C'est une fable qui met en scène, à la campagne, une petite fille qui assiste, sans peut-être le savoir au début à la séparation de ses parents. Elle ne voit plus son père que le week-end et son départ est associé au vol des oiseaux. D’ailleurs, quand il ne revient pas le dimanche, les oiseaux désertent le paysage. A travers l'histoire que lui raconte sa mère demeurée seule, elle revit cette désertion des adultes et compense par la découverte d'un prince charmant aux yeux bleus qui lui aussi cherche sa bergère dont il fera une princesse. C'est tout un univers de petites filles qui est ici reconstitué. Elle en est l'acteur et cherche de toutes ses forces à se cacher la vérité qu'elle a sans doute comprise. A travers cet épisode, elle apprend l'absence et la solitude, soulignés par cette maison posée au milieu de nulle part, loin du village et de l’école. Son univers se fragilise, bref elle grandit peut-être un peu plus vite que sa copine Maud qui ne semble pas vivre le même drame. D'ailleurs elle ne comprend pas vraiment au début cette histoire de prince.
La petite fille gardera pour elle cette épreuve et probablement, bien des années plus tard en sera encore bouleversée au point que sa vie à elle ne sera peut-être plus la même. Les adultes lui ont volé un peu de cette enfance à laquelle elle avait droit et il lui faudra bien vivre avec ce fardeau.
Le récit ne porte aucun jugement. Après tout, quand presque deux mariages sur trois se terminent par un divorce, il n'y a pas lieu de se cacher la réalité et la déguiser est une erreur. La petite fille qui a compris ce qui arrive à le droit de se bâtir un monde parallèle et de refuser la réalité. Le thème, pourtant très difficile pour un enfant, est traité avec nuances et poésie. Les visages sont doux mais le drame qui se tisse est souligné par le graphisme volontairement noire et à grands traits.
Le livre refermé, j'ai très envie de laisser aller mon imagination, de donner une suite à ce texte au nom de cette loi non écrite mais qui pourtant trouve souvent sa réalisation. C'est celle de la reproduction du modèle. Cette petite fille restera avec sa mère parce que c'est comme cela, continuera à croire au prince charmant et aux oiseaux, c'est à dire à un homme qui la rendra heureuse parce qu'elle estime qu'après l'épreuve du divorce de ses parents et peut-être de compagnie d'hommes que sa mère avait choisis pour concubins éphémères, elle ne devait absolument pas reproduire ce modèle dans sa vie. Elle va grandir, devenir une femme, choisir ce mari et quand elle l'aura trouvé elle décidera que c'est là une « belle rencontre ». Elle se mariera donc, aura des enfants ... Les choses humaines ne sont jamais simples et surtout jamais définitives, personne n'est à l’abri d’une mauvaise surprise qui remet tout en question. Le modèle qu'elle voulait précisément éviter s’imposera brutalement à elle. Comme sa mère elle divorcera et l'exemple se perpétuera comme s'était normal que cela se fît et ses enfants se réfugieront dans le merveilleux mais peut-être plus sûrement dans la délinquance et dans la drogue ou peut-être pire, transformant la vie qui est unique en un lamentable gâchis alors même qu'elle aurait voulu de toutes ses forces l'éviter.
©Hervé GAUTIER – Février 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com
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LA BOULE NOIRE
- Par ervian
- Le 20/02/2015
- Dans Georges SIMENON
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N°869– Février 2015
LA BOULE NOIRE – Georges Simenon – Le livre de Poche.
Nous sommes dans une petite ville des États-Unis dans les années 50. Walter Higgins y mène une vie paisible de père de famille nombreuse et de directeur de supermarché. Il s’implique même à titre bénévole dans divers activités au profit de la collectivité. Bref, c'est quelqu'un dont on peut dire qu’il a réussi socialement et qu'il est heureux dans cette vie autant qu'on peut l'être et que c'est un type bien. A un détail près cependant, il s'est mis dans la tête d'être membre de Country Club, une association locale de notables qui rejette systématiquement sa candidature sans raison apparente et le fait à travers un vote anonyme qui se manifeste par la présence d'une seule boule noire déposée dans l'urne le soir du scrutin. Il n'a pourtant rien de commun avec ce club mais son appartenance consacrerait sa réussite. Ce refus, manifesté pour la deuxième année bouleverse Higgins. C'est peut-être pour lui plus qu'une question de principe puisque même au pays du rêve américain où la réussite personnelle est célébrée comme une vertu, il lui semble que ce qu'on lui reproche ce sont ses origines pauvres, son père absent sa mère alcoolique, destructrice et délinquante. Pour en être arrivé là, il a dû gravir tous les échelons d'une société qui le lui avait pas fait de cadeaux puisqu'il était parti de rien. Si on lui a confié la direction du magasin, c'est qu'il avait fait ses preuves, débutant comme livreur. En lisant cela le lecteur songe immanquablement à un paranoïaque qui rejoue la grande scène du complot. C'est pour lui tellement révoltant qu'il veut tuer les membres de ce club qui lui refusent l'entrée. Pire peut-être, il découvre qu'au sein de ses activités bénévoles où il s'impliquait pourtant beaucoup, son avis importe peu et on le tient pour rien. Il démissionne donc même si cela peut avoir des conséquences sur son chiffre d'affaires et sur sa situation. Pourtant cette histoire d’appartenance à ce club n'a vraiment aucune importance mais il le vit comme quelque chose d'injuste. Le déroulé des événements le fait pour autant revenir à une réalité plus terre à terre, le fait grandir, lui fait prendre conscience des choses et les relativiser.
J'observe quand même que Higgins a bénéficié du soutien sans faille de sa famille et de ses employés, ce qui se révèle à la fois rassurant et salvateur dans une situation qui aurait pu devenir criminelle. Pourtant quand on a le sentiment d'être exclus d'un groupe et en ressent une certaine solitude.
Cette histoire de boule noire a probablement une dimension maçonnique, le terme blackbouler vient de là. Mais au-delà de cette remarque qui ne trouve pas ici sa véritable résonance, ce roman, écrit dans les années 60 prend une dimension très actuelle. Il nous est tous arrivé, dans notre vie familiale ou professionnelle d'être l'objet d'injustices qu'aucune raison ne motivait. Elles nous étaient infligés discrétionnairement soit par quelqu’un qui ne nous aimait pas ou ne nous aimait plus, soit par simple jalousie. En tout cas, la personne qui faisait ainsi acte de malveillance avait une volonté farouche de nous faire du mal, de nous détruire, d'autant plus forte qu’elle ne reposait sur rien d'autre que sur cette faculté de profiter d'une situation de supériorité supposée et parfois temporaire, basée sur la fortune, la position sociale ou hiérarchique. Le pire sans doute était la lâcheté puisque cette situation délétère était couverte par l'anonymat, l'hypocrisie, la mauvaise foi...
Simenon, ce n'est pas seulement les romans policiers où le commissaire Maigret exerce avec talent son pouvoir de persuasion, de déduction et démasque à chaque fois le coupable. J'ai dit dans cette chronique combien j'aimais cette ambiance un peu glauque tissée dans cette série. C'est aussi un écrivain de romans psychologiques et je suis entré, pour des raisons personnelles sans doute, dans ce processus qui m'a parlé d'autant plus que le style est fluide, agréable à lire.
Ce roman a été adapté pour le télévision dans un film de Denis Malleval (2014) diffusé sur France 3 le mercredi 17 février 2015. Le comédien Bernard Campan, qu'on connaissait dans un tout autre registre, donne ici toute sa mesure dans cette dramatique.
©Hervé GAUTIER – Février 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com
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TRAITE SUR LA TOLERANCE
- Par ervian
- Le 16/02/2015
- Dans Voltaire
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N°868– Février 2015
TRAITE SUR LA TOLERANCE – Voltaire - .Gallimard.
Voltaire est sans doute l'écrivain français dont la pensée et la personnalité ont le plus largement rayonné à l'extérieur comme à l’intérieur de son pays même si on ne retient bien souvent de son œuvre que « Candide ». Il a incarné ce qu'on nomme « Le siècle des Lumières » qui a annoncé le grand changement de la Révolution et quand on parle de lui on pense inévitable au Français à qui ses personnages ressemblent. C'est vrai qu'il s'est largement mis à dos pas mal de ses contemporains, les religieux, les jésuites et les jansénistes surtout, les militaires, les juges, les écrivains, les philosophes... C'est que l’homme était volontiers frondeur, doutait systématiquement des choses établies et ne manquait jamais d'exercer son esprit critique en dénonçant l'absurdité du monde. Il était avant tout attaché à la raison, à la liberté et à son corollaire, la tolérance. Dès lors qu'il avait posé cela, l'histoire lui fournissait la matière à polémiquer, à dénoncer toutes les formes d'intolérance et il ne pouvait que combattre la religion et l'injustice. Il ne devait donc pas laisser passer l'occasion donnée par l'affaire Calas, ce protestant toulousain condamné à mort et exécuté parce qu'on le soupçonnait d’avoir tué son fils qui voulait se convertir au catholicisme. En réalité le fils Calas qui s'était déjà converti, s'était pendu parce qu'il ne pouvait devenir avocat à cause de sa confession protestante. Cette interdiction était la conséquence de la politique de Louis XIV aggravée d'ailleurs sous son successeur. L'intolérance avait ainsi non seulement provoqué le suicide du fils mais par le biais de la condamnation prononcée par la justice, l'exécution du père contre toute logique. Ainsi le fanatisme du peuple attisé par l’Église, généra l’intolérance donc l'abus de pouvoir du tribunal au mépris de la vie. C'est Voltaire seul et déjà âgé (il a à l'époque 70 ans, il mourra à 84 ans)qui obtiendra sa réhabilitation après trois ans d'efforts. C'était pour lui combattre le fanatisme des deux religions, catholique comme huguenote, mais aussi l'iniquité de la justice qui le condamna. Ainsi dans la première partie de son ouvrage montre-il combien, dans l'histoire, l'intolérance et le fanatisme religieux se sont révélés néfastes pour la société. Dans la seconde partie, s'adressant aux sectaires de toutes les religions puis aux chrétiens, il plaide en faveur de la tolérance(« Moins de dogmes, moins de disputes; et moins de disputes moins de malheurs : si cela n'est pas vrai, j'ai tort ».) autant qu'il prône une religion naturelle qui, loin des dogmes qui divisent, a pour effet de rassembler les hommes, de les unir. Voltaire mena le dossier comme un avocat de la défense, combattant la vérité officielle mais son action ne s’arrêta cependant pas là et il ouvrit aussi largement aux victimes les portes de sa demeure de Ferney. Ainsi le libertin, le dilettante, le courtisan, le philosophe, le pamphlétaire, laissèrent-ils la place au polémiste qui agissait au nom des droits de l'homme avant la lettre et il milita par une action engagée en faveur de Sirven, du Chevalier de La Barre, de Montbailli, de Lally-Tollendal. Cet ouvrage, ainsi que d'autres qui suivront, réclament également une réforme de la justice, l'indépendance et la formation des juges et non plus l’achat de leur charges, la preuve de la culpabilité et l'abolition de la « question », des peines proportionnées aux crimes et aux délits...
La tolérance qu'il réclame et qui sous-tend évidemment à la liberté d'expression, ne trouve pas à s'appliquer seulement contre les fanatiques religieux qui assassinent tous ceux qui ne pensent pas comme eux mais aussi à l'encontre de tout ce qui s'oppose à la liberté de penser quelque forme qu'elle prenne et de quelque bord qu'elle vienne. Ce livre prend actuellement un relief tout particulier et le pamphlet qu'il mène à son époque contre les catholiques et plus précisément contre les abus de l’inquisition, est aisément transposable aujourd'hui. Voltaire ne fut certes pas le premier ni le seul à combattre l'instinct grégaire et la pensée unique mais il fut un véritable « lanceur d'alerte » qui suscita dans l'opinion une prise de conscience contre l'injustice et l'intolérance. Son influence s'est manifestée dans bien des domaines et il eut, sans le savoir, beaucoup de disciples. C'est aussi l'esprit de l'auteur du « Traité sur la Tolérance » qui renaît aujourd'hui dans cette affirmation qui a fleuri dans les rues et dans les médias français. Malheureusement ces attaques contre la liberté ont tendance à se reproduire dans les démocraties que le fanatisme religieux attaque parce qu'elles sont justement plus tolérantes. Être Charlie c'est aussi un peu être Voltaire.
©Hervé GAUTIER – Février 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com
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SUR LA TRACE DE NIVES
- Par ervian
- Le 13/02/2015
- Dans Erri De Luca
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N°867– Février 2015
SUR LA TRACE DE NIVES – Erri de Luca - Folio.
Traduit de l'italien par Danièle Valin.
Nives, c'est Nives Meroi, alpiniste italienne née en 1961 qui s'est rendue célèbre avec l’ascension de l'Everest en 2007 en étant la première femme à avoir conquis 10 sommets de plus de 8 000 mètres. Accrochés à la montagne, au cours d'un bivouac, un dialogue s'engage entre elle et de Luca. Cela nous donne, au hasard de la conversation où se mêle les souvenirs de l'auteur, une évocation du vent, présenté comme une personne, des sherpas oubliés de l'Himalaya qui usent leur vie de misère à aider les occidentaux, plus riches qu'ils ne le seront jamais à escalader la montagne. Face à la nature sauvage et grandiose des cimes, c'est le sentiment d'humilité qui l'emporte, avec la fatigue, le manque d’oxygène, la mort qui veille, observe l'alpiniste en profitant de ses moindres faux-pas. L'orage prend ici des dimensions dantesques dans le vide des ravins et lui rappelle les bombardements de Belgrade où Erri s'est installé volontairement pendant la guerre de Yougoslavie pour être du côté des assiégés. Les cimes qui rapprochent l'homme de Dieu favorisent la réflexion et ce sont des versets de la Bible dont il est un lecteur et un traducteur attentif qui lui reviennent autant que les inévitables considérations sur « la conquête de l'inutile » qui permet surtout de se retrouver soi-même, de faire le point sur son existence, loin de la recherche du succès. L'ascension et la descente d'une montagne s’apparentent à un travail de Pénélope qui fait et défait son ouvrage. C'est un acte éminemment solitaire, de confrontation avec la difficulté et l'inconnu qui le renvoie à son travail d'écriture pour l’inspiration et la page blanche devant laquelle il est assis.
Les éléments, leur force, sont le miroir de la fragilité de l'être humain face à une vie dont nous ne sommes que les pauvres usufruitiers. La nature peut à tout moment précipiter l'alpiniste dans l'abîme, se venger de le voir ainsi fouler et violer son territoire. Le fait pour l'homme de savoir que son existence est à ce point dérisoire, qu'elle ne tient que du hasard et sûrement du miracle le ramène à une vision plus pragmatique des choses et du rapport aux autres. Dès lors, le respect du prochain, le geste naturel d'entraide et de solidarité, l'attention et l'amour qu’on lui porte prennent une dimension plus humaniste, plus humaine. Les pages sur la complicité, la passion qui unissent Nives et Romero, son époux, sont une véritable énergie pour elle et un rempart contre sa fragilité. Leur attachement commun et quasi amoureux à la montagne est révélatrice de cette démarche à la fois rare et exceptionnelle. Les mots, poétiques et d'une belle résonance minérale, comme sait les faire chanter l'auteur surtout quand il évoque les cimes et des abîmes, donnent ici à ce livre une vraie dimension d'invitation au respect de la nature, création divine qui est notre patrimoine commun, imprescriptible et inaliénable, la préoccupation constante de ne rien laisser derrière soi qui puisse la salir, la polluer.
Ce texte rend hommage à cette femme face à ce milieu très masculin voire machiste de l'alpinisme. J'y vois personnellement une véritable reconnaissance à la fois de la fragilité et de la volonté de marquer son temps, son passage sur terre, sa « trace », simplement en y faisant ce qu'on aime, parce que c’est pour cela qu'on est ici, mais aussi dans le respect de l'autre. J'ai aimé ce livre qui n'est pas un roman mais un long dialogue dont la montagne mais aussi la vie révolutionnaire et engagée de l'auteur, ne sont que le prétexte. Mises à part des anecdotes d'ascension qui me laisse un peu indifférent(je ne suis qu'un homme de la plaine et du littoral), ce fut un bon moment de lecture à cause de la limpidité poétique de son écriture.
L'ai-je déjà dit dans cette chronique, la démarche d'écriture et de création d'Erri de Luca, son parcours personnel altruiste et ouvrier qui sous-tend sa création littéraire exceptionnelle mériterait bien une distinction moins confidentielle que celles obtenues jusqu'ici.
©Hervé GAUTIER – Février 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com
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L'AFFAIRE NICOLAS LE FLOCH
- Par ervian
- Le 12/02/2015
- Dans Jean-François PAROT
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N°866– Février 2015
L'AFFAIRE NICOLAS LE FLOCH- Jean-François Parot – 10-18.
Être bien en cours et commissaire de police au Châtelet, chargé des affaires extraordinaires, ne met pas Nicolas Le Floch, marquis de Ranreuil, à l'abri de tout, au contraire ; Il va d'ailleurs en faire l'amère expérience quand sa maîtresse, la capricieuse mais fort jolie Mme Julie de Lestrieux est retrouvée empoisonnée à son domicile. Cela tombe plutôt mal, il était chez elle le soir du meurtre et naturellement les soupçons se portent sur lui d’autant que les indices l'accablent et que la rumeur enfle, d'autant qu'il serait devenu son héritier par testament ! On veut sans doute compromettre un protégé du roi Louis XV et à travers lui menacer l'équilibre du royaume ? Il ne peut donc mener l'enquête que Sartine, Lieutenant général de police, malgré l'estime qu'il lui porte, confie à son fidèle ami l'inspecteur Bourdeau, tout en conseillant à Nicolas de se faire voir à Versailles et de faire la cour aux dames. C'est sans doute mal connaître le commissaire qui sur le conseil de son ami va au contraire se cacher sous un déguisement... pour mieux enquêter et tant pis s'il doit mettre de côté ses états d’âme et agir dans l'ombre pour faire éclater la vérité. Le mystère s'épaissit autour de cette mort et non seulement Nicolas apprend que sa maîtresse l'a sans doute trompé, qu'elle n'est pas exactement celle qu'il croyait, mais pas mal de personnages étranges gravitent autour de cette affaire et les domestiques, pourtant fidèles n'apportent aucune information fiable, pire peut-être l'un d'eux meurt empoisonné jusque dans la prison où il était incarcéré. C'est que, dans cette enquête comme dans les autres, les morts suspectes se multiplient, compliquant ainsi les investigations. A cause de cette affaire et un peu malgré lui il va pourtant voyager jusqu’en Angleterre pour une intrigue un peu rocambolesque où se mêlent pamphlets, politique, amours, espionnage, et croiser l'ombre énigmatique du chevalier d’Éon, celles de Mme du Barry et de Beaumarchais. Sa vie va être menacée avec complots et chantages, manœuvres machiavéliques, mais toujours ses amis veillent pour sa vie, son honneur et surtout son innocence.
Dans cet épisode, Nicolas, confronté à des changements à la tête de l’État et à la promotion de Sartine son protecteur, est quelque peu dubitatif, les services qu'il a rendus au défunt roi ne suffiront pas assurer son avenir. Pourtant à titre personnel, il a tout lieu d'être satisfait : lui-même enfant naturel mais légitimé par son vrai père le Marquis de Ranreuil, va croiser un jeune homme maintenant adolescent, fruit de ses amours passées avec la Satin, ce fils qui lui tombe du ciel va suffire à lui rendre sa joie de vivre. Ces aventures un peu tumultueuses se passent dans une atmosphère de la fin du règne d'un monarque vieillissant et dans une ambiance délétère où le colère du peuple monte de plus en plus, annonçant une période plus mouvementée. Dans cet épisode, je n'oublierai pas Mouchette, la petite chatte qui ici entre dans la vie de Nicolas et mérite bien de figurer au rang de ses amis.
Comme à chaque fois, j'ai apprécié cette fiction où l'auteur mêle avec bonheur des personnages historiques et fictifs, précise des points de l'Histoire et parfois aussi des faits avérés qui ont fait partie du quotidien de l'époque. J'ai aimé l’intrigue policière avec son suspens, l'étude des personnages qui, malgré la période révolue, sont l'image constante de la condition humaine. Le style, fluide, agréable à lire et qui, grâce à des artifices de vocabulaire et de grammaire parfois un peu surannés, transporte le lecteur dans ce XVIII° siècle qui m'a toujours fasciné. Encore une fois le dépaysement fonctionne en replongeant le lecteur dans cette période. Ce livre, comme les autres du même auteur dont cette chronique s'est déjà fait l'écho, m'a procuré un bon moment de lecture.
©Hervé GAUTIER – Février 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com
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LE DERNIER ETE D'ALAIN FOURNIER-
- Par ervian
- Le 09/02/2015
- Dans Michel Barranger
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N°865– Février 2015
LE DERNIER ETE D'ALAIN FOURNIER- Michel Barranger – Bernard Giovanangeli Editeur.
Henri-Alain Fournier a 27 ans en août 1914. Son premier roman « Le Grand Meaulnes » qui vient de paraître, a manqué de peu le Prix Goncourt, il vit une passion amoureuse avec une belle maîtresse et a devant lui une future carrière d'écrivain à succès, jetant les bases de sa deuxième œuvre, « Colombe Blanchet », qu'il ne pourra malheureusement pas achever. Pourtant il pressent la guerre qui vient, et selon une affirmation qui m'a toujours étonné, veut la faire comme combattant alors qu'on lui offre un poste d'officier d’état-major. Il n'est pourtant ni militariste ni revanchard mais il a aussi l'intuition qu'il n'en reviendra pas ! C'est donc comme sous-lieutenant de réserve, incorporé au 288° Régiment d'infanterie, qu'il quitte le sud de la France pour le front de l'Est, mais il n'a plus que quelques semaines à vivre et cet été sera pour lui, comme pour beaucoup d'autres, le dernier de sa vie. Du point de vue stratégique, il sera la victime de cette éphémère mais meurtrière guerre de mouvement, avec d'incessantes attaques et contre-attaques qui a marqué le début du conflit. Y succéderont quatre ans de guerre de position, symbolisée par les « tranchées ». Déclaré « Mort pour la France », le lieutenant Fournier a été décoré à titre posthume de la Croix de guerre avec Palme et de la Légion d'Honneur. Il est tombé comme son ami Charles Peguy et leur nom figure sur le mur du Panthéon dans la liste des écrivains morts pendant la Grande Guerre.
Je ne sais pas pourquoi j'ai pris ce livre au hasard sur les rayonnages d'une bibliothèque. Peut-être à cause du nom et de la photo d'Alain Fournier, écrivain qui avait bercé mon enfance avec son unique roman, peut-être à cause de la polémique qui avait soutenu son exécution sommaire par les troupes allemandes et son inhumation à la va vite dans une fosse commune, ce qui aurait constitué un crime de guerre. Cette controverse, née de la découverte en 1991 du lieu de la sépulture sommaire des soldats tués, est maintenant heureusement close. Je ne sais pas pourquoi, je m'attendais à un ouvrage littéraire mais en réalité ce livre est un travail respectable d'archiviste qui s'appuie sur des témoignages de soldats, des rapports d'officiers retraçant les derniers moments de l'écrivain berrichon. Il a été, selon l'auteur, fauché le 22 septembre à la tête de la section qu'il commandait, en combattant ; l'espérance de vie des officiers subalternes, marchant devant leurs hommes en opération, était, à l’époque des plus brèves. Dans cet ouvrage on apprend les mouvements de troupes, ce qui peut intéresser un historien spécialiste de l'armée (ce que je ne suis pas), on prend connaissance des différentes relations parfois contradictoires dans les deux camps, des événements de cette journée avec tout ce qu'elles peuvent avoir d'approximation compte tenu de la violence des combats, de l'honneur du régiment, du devoir de réserve, de la volonté de cacher des éventuelles bavures ou manquements au devoir de combattre...
L'auteur du présent ouvrage, Michel Baranger, a été pendant quinze années le secrétaire de l'association des amis de Jacques Rivière et d'Alain-Fournier, Jacques Rivière étant le beau-frère de l'auteur du « Grand Meaulnes ».
Le style qui n'a rien de littéraire et ce livre s'attache simplement à rendre hommage à cet écrivain mort héroïquement. Il remplit parfaitement son rôle.
Ce livre historique est publié l'année du centenaire de la Grande Guerre et s'inscrit effectivement dans ce mouvement de la mémoire.
©Hervé GAUTIER – Février 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com
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LES HEURES SOUTERRAINES
- Par ervian
- Le 08/02/2015
- Dans Delphine de Vigan
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N°864– Février 2015
LES HEURES SOUTERRAINES- Delphine de Vigan – JC Lattès..
Il faut en effet être désespérée pour aller consulter une voyante dont le métier, largement rémunéré, est de porter la bonne parole à ceux qui viennent la rencontrer. C'est ce que fait Mathilde, veuve, qui élève seule ses trois enfants, cadre d'un grand groupe, et, depuis 8 ans collaboratrice efficace de Jacques, le grand patron. Bien sûr, il y a sa famille mais elle se consacre à fond dans son travail, comme il convient à un salarié investi de responsabilités, mais depuis quelques mois elle prend conscience qu'on veut l’éliminer, la détruire à coups de brimades, de réflexions désobligeantes, de coups bas, d'humiliations sans qu'elle ait mérité en rien cette mise à l'écart et ce harcèlement moral. C'est sans doute pour cela qu’elle a voulu connaître son avenir immédiat et quand la cartomancienne s'écarte des habituels propos lénifiants et se fait plus précise, lui annonçant, pour le 20 mai, un bouleversement dans sa vie, forcément elle s'accroche à cette perspective, y croit et fonde sur elle beaucoup d’espoirs !
A l'autre bout de Paris, Thibault, urgentiste depuis 10 ans, vient de terminer un week-end amoureux avec Lila que pourtant il va quitter parce qu'elle ne l'aime pas. Professionnellement, c'est plutôt la routine qui mine sa vie et il a choisi de s'abrutir dans son travail pour exorciser sa solitude, son manque d'amour, pour ne plus penser à cet accident stupide qui, il y a quelques années, l'a privé de deux doigts mettant fin à son rêve de devenir chirurgien.
Pour eux, chaque moment de ce présent triste et déprimant est une occasion de se remémorer leur passé, les bons et les mauvais moments, leurs parcours, leurs espoirs déçus par cette vie qu'ils voyaient autrement. Chacun de leur côté, Mathilde et Thibault vivent leur vie au quotidien, la détresse des gens et cet amour impossible pour lui, l'abandon au travail pour elle avec en prime le regard fuyant de ses collègues, leur absence de soutien parce que le maintien de leur emploi est le prix de leur silence et tout le monde de l'entreprise qu'elle croyait connaître qui se dérobe devant elle. Même si elle ne le veut pas, elle songe à la prévision de cette pythonisse parce que nous sommes effectivement le 20 mai et elle guette chaque événement et ses conséquences sur sa vie.
Ces deux personnages ne se ressemblent en rien, ne se connaissent pas, mais le lecteur se dit que, bien entendu, ils vont se rencontrer, tomber amoureux et on connaît la suite... A moins que ! Ils ont assurément en commun un mal de vivre et une solitude qui les suit comme leur ombre, un désespoir destructeur. C'est une évocation sans concession et tout à fait réaliste du monde du travail et de notre société contemporaine déshumanisée. Au-delà de ce que cette fiction évoque, le monde dans lequel nous vivons est une réalité. Il est fait d'exclusion, de racisme, de communautarisme, de chômage, de solitude, de violence... J'observe que l'actualité récente a mis en exergue un salutaire élan de solidarité et de révolte contre la barbarie, le terrorisme et en faveur de la liberté d'expression. C'est plutôt rassurant mais cela a été récupéré par les incontournables instances politiques au nom du « vivre ensemble » et des « valeurs de la République ». Mais qu'en est-il réellement quand cette société qu'on habille volontiers de vertus humanitaires voire humanistes, met en évidence, quand elle ne la favorise pas, cette volonté individuelle de détruire son semblable au nom de la réussite personnelle, du « toujours plus », ou de je ne sais quelle pulsion délétère sans oublier la nécessaire hypocrisie qui cache tout cela. Qu'on le veuille ou non, notre société est ainsi faite et qu'un auteur talentueux en dénonce les travers sous couvert d'un roman ne me paraît ni anachronique ni inutile.
Comme toujours j'ai apprécié le style fluide et facile à lire de Delphine de Vigan et je sais gré aussi à l'auteure d'avoir évité le trop facile « happy end » qui n'existe que dans les romans et pas dans vraie vie.
©Hervé GAUTIER – Février 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com
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NO ET MOI
- Par ervian
- Le 06/02/2015
- Dans Delphine de Vigan
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N°863– Février 2015
NO ET MOI- Delphine de Vigan – JC Lattès..
Moi, c'est Lou Bertignac, une adolescente de 13 ans, en classe de seconde, surdouée, qui s'ennuie un peu en classe et mène une vie plutôt rangée. Son professeur la charge de faire un exposé et elle choisit d'évoquer la vie d'une SDF qu'elle a rencontrée par hasard et pour qui elle a ressenti une sorte d'empathie. No, c’est Nolwenn, cette jeune femme de 18 ans qui sera le sujet de son intervention. Cela tombe bien, c'est dans l'air du temps même si le sujet, pourtant un vrai problème de société, est un peu dur pour Lou. Qu'importe elle prend la chose à bras le corps. Malgré le gouffre qui les sépare Lou va prendre contact avec elle pour enrichir ses réflexions et son exposé sera un succès. Inévitablement, cette relation va entraîner des confidences réciproques et une volonté de la famille de Lou d'arracher No à sa condition. L'auteur évoque le quotidien de la jeune marginale autant que celui de Lou qui se livre à des expériences personnelles bizarres et fréquente Lucas, une sorte de cancre de 17 ans. Au sein de sa famille il y a un équilibre instable né du deuil d'un enfant et d'une profonde dépression de la mère et chacun fait ce qu'il peut pour exorciser ces épreuves. Ce genre de situation fait toujours naître, chez l'être humain, des réactions inattendues et Lou, malgré son jeune âge se sent comme investie d’une mission. Non seulement elle veut protéger sa mère mais elle étend cette protection à son père, à Lucas et évidemment à No. Grâce à cela peut-être, la mère sort petit à petit de la dépression, se reconstruit en s’intéressant à No qui elle-même fait des efforts pour échapper à la rue.
J'ai ressenti dans ce texte une sorte de malaise, de solitudes vécues indépendamment par chacun. Celle de Lou qui est dans une bulle à cause de sa différence mais est comme fascinée par Lucas qui est amoureux d' elle, celle de la mère à cause de la dépression, celle du père qui fait ce qu'il peut pour surnager dans tout cela, celle de Lucas qui est l'objet au collège d'un ostracisme de son professeur, qui est constamment dans la provocation et qui s'enfonce de plus en plus dans cette situation, celle de No qui vit mal sa condition et son histoire de marginale.
C’est une belle histoire, bouleversante mais réaliste comme celle qu’on peut rencontrer au quotidien même si la fiction lui donne une dimension quelque peu utopique, mais après tout peu importe. Elle fait naître des amitiés sincères qui font découvrir à Lou la vraie dimension du quotidien, la réalité de la dureté de la vie, l’évidence que rien n’est jamais acquis et que tout peut basculer du jour au lendemain pour chacun d'entre nous. Le sujet, malheureusement de plus en plus d'actualité, est traité sans grande complaisance et gomme un peu l'éveil à la sexualité qui est celui de Lou. Cela aussi procède des quelques pas dans le monde extérieur qu'elle commence à faire et on se demande comment elle gérera toutes ses découvertes futures même si on ne se fait pas beaucoup de soucis pour elle. Pourtant, il lui faudra admettre que tout n'est pas aussi simple et idyllique que dans son monde personnel, qu'il ne suffit pas de vouloir une chose pour qu'elle se réalise, qu'autour d'elle le décor a quelque chose d' artificiel, de temporaire, de brutal aussi où le rêve n'a pas sa place.
Le style est simple, sans recherche, spontané, bien dans le ton des personnages évoqués et fort agréable à lire. Le livre refermé, j'ai le sentiment d'avoir lu un livre témoin de son temps et un peu naïf à la fois, j'en ai poursuivi la découverte en me demandant comment cela allait finir et avec l’intuition qu'il pouvait se poursuivre à l'infini.
J'ai découvert Delphine de Vigan un peu par hasard et j'avoue que je continue la lecture de son œuvre avec une certaine curiosité.
©Hervé GAUTIER – Février 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com
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LES JOLIS GARCONS
- Par ervian
- Le 05/02/2015
- Dans Delphine de Vigan
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N°862– Février 2015
LES JOLIS GARCONS- Delphine de Vigan – JC Lattès..
Emma est une jeune femme fantasque, manifestement en manque d'amour, excitée, d'aucuns diraient même nymphomane. La trentaine un peu désabusée, elle narre à la première personne, presque sur le ton de la confidence, son histoire intime avec trois hommes qui ont marqué sa vie. Ils sont aussi différents entre eux qu'ils sont différents d'elle mais aucun ne souhaitent demeurer avec elle. Ils se contentent du rôle d'amant, la laissant à sa solitude, à sa lucidité, à sa souffrance intime, à son désespoir. Tout n'est chez elle qu'illusion, l'illusion de l'amour.
C'est un recueil de trois nouvelles qui retracent ces trois expériences. Quand elle parle de Mark Stevenson qu'elle dépeint comme un avocat célèbre, marié mais finalement peu attentif à sa présence, puisque lorsqu'elle l'évoque c'est plutôt le mot absence qui revient sous sa plume Mais c'est aussi et peut-être surtout le manque d'amour qui affecte leur relation. Cet homme est assez énigmatique dans sa relation avec Emma et avec les femmes en général. La narratrice parle même d'inexistence, de leurre, sans qu'on sache si cela est né de l'attitude de Mark ou de la trop grande attente d'Emma. Le lecteur comprend qu’au moment de cette narration, elle est devant un psychiatre dans le contexte un peu dramatique d'une séance de paroles qui ne sera peut-être pas salvatrice et même peut-être douloureuse. Le suspens est savamment entretenu et l’épilogue surprend un peu quand même, malgré les indices semés au cours de cette évocation. J'avoue avoir été sensible à cet épisode.
La deuxième nouvelle met en scène Ethan Castor, un homme qui aime le corps des femmes, ce pour quoi on ne saurait lui faire de reproche puisque, à mon avis, si Dieu existe, la beauté des femmes est bien ce qu'il a réussi le mieux dans la Création. Il est aussi écrivain et sa relation avec Emma n'a duré que trois jours, une passade de plus avec un autre homme marié ! Ici le ton est plus léger, primesautier même.
Pour le troisième récit, Emma jette son dévolu sur un animateur de télé-réalité, Milan Mikaev, et vit avec lui quatre mois tourbillonnants. Mais si dans les deux premiers textes elle semblait être un peu passive, là elle prend les choses en mains... jusqu'à les refuser. De ces deux derniers récits, j'ai eu l'impression d'être le spectateur de la superficialité du milieu littéraire et audiovisuel parisien, mais il est vrai que je ne suis qu'un provincial peu habitué à cette vie.
Je ne sais pas pourquoi, mais le livre refermé, le titre ne me parle plus, le terme « joli » ne peut à mon sens qu'être réservé aux femmes (c'est là il est vrai l'avis d'un homme) mais alors que j'avais bien aimé « Jours sans faim » et « Rien ne s'oppose à la nuit »[« la feuille volante n°860-585], je serai ici un peu plus nuancé. Je peux retenir de ce livre l'immense vacuité de la vie, l'impossibilité de l'amour avec l'Autre qui n'existe sûrement que dans l'imaginaire ou la force du hasard mais, à part peut-être la première nouvelle de ce recueil, et malgré un style fluide, j'ai vraiment eu l'impression de m'ennuyer à cette lecture.
©Hervé GAUTIER – Février 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com
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BILL ET HILARY CLINTON - le mariage de l'amour et du pouvoir
- Par ervian
- Le 03/02/2015
- Dans Thomas Snégaroff.
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N°861– Février 2015
BILL ET HILARY CLINTON - le mariage de l'amour et du pouvoir – Thomas Snégaroff. Taillandier.
Est-ce le hasard ou le destin qui fait se rencontrer des êtres dont les routes n’avaient aucune chance de se croiser ? Cette rencontre peut engendrer un parcours désastreux ou exceptionnellement brillant ; pour Bill et Hilary, c'est plutôt cette deuxième solution qui a prévalu. Tout, en effet, les opposait : elle était née dans une famille aisée, traditionnelle mais dure du nord de l'Amérique et lui avait connu un foyer déchiré au parcours cahoteux et désargenté dans le sud. Elle était naturellement républicaine et lui était démocrate, tout aussi naturellement enclin à défendre les droits des noirs malgré ses origines sudiste(n'a-t-on pas dit de lui qu'il était le premier président américain noir?). Leurs caractères aussi étaient différents, elle était plutôt austère dans sa jeunesse alors que Bill avaient un charisme affirmé mais aussi une grande propension à la culpabilisation, au mensonge et à la manipulation. C’est cependant l'université et la passion pour la politique qui va les réunir. Dès lors, leur sort est lié et leur parcours commun peut commencer. Il sera émaillé de succès, d'échecs, chacun vivant les faiblesses et les fêlures, les ambitions ou les déceptions de l’autre avec courage et résignation, souvent seuls dans l'adversité mais toujours ensemble, Hilary restant dans l'ombre de la carrière politique de Bill, le soutenant inexorablement. Ensemble ils suivront l'évolution de leur pays jusque dans ses bouleversements, ensemble ils parcourront le même chemin qui mènera Bill à la magistrature suprême puisque l'ambition est le véritable moteur de ce couple !
Avec un tel appui, Bill pouvait effectivement envisager la carrière époustouflante que ses dons naturels lui laissaient entrevoir. Las, nous sommes aux États-Unis où on est très pointilleux sur la morale. Si le divorce est souvent évoqué entre eux, ce qui nuirait à la carrière politique de Bill, les aventures extra-conjugales dont ce dernier ne peut se passer jettent une ombre définitive sur son avenir. L'itinéraire de Bill est jalonné de frasques, de toquades plus ou moins torrides, c'est un véritable séducteur, et c'est une passade, « une relation inappropriée » avec Monica Lewinsky qui le mènera au bord de la destitution, mais toujours Hillary est avec lui, et malgré tout œuvre dans son ombre sans lui ménager son aide et son soutien, en gardant cependant sa personnalité, mais avec pour seul objectif la Maison Blanche. En effet, il y a entre eux une sorte d'équilibre marqué par les adultères répétés de Bill, contrebalancés par l'attitude de son épouse qui les lui reproche parfois véhémentement mais finit par les expliquer et les pardonner officiellement, par amour mais aussi par intérêt, malgré les humiliations publiques qu'elle doit supporter. Elle qui au départ n'a aucune chance dans la politique parie sur lui, soutient sa carrière, ferme les yeux sur ses incartades, et donc reste avec lui puisque plus qu'une complicité qui prend parfois une dimension surréaliste, c'est une véritable symbiose qui gouverne leurs relations. Lors du deuxième mandat de Bill, elle acceptera de rester en retrait, pour ne pas lui nuire ! Aux États-Unis, le rôle de l'épouse d'un homme politique est prépondérant dans sa réussite. Bill et Hilary répondent à ce paradigme où se mêlent l'amour, la conquête du pouvoir et l'attente de son tour à elle tant il est vrai que « l'ambition de l'un est nourrie par la sacrifice de l'autre » .
C'est un livre très documenté, agréablement écrit, riche de détails sur la vie des Clinton qui n'hésite cependant pas à contredire les mémoires écrits par chacun d'eux. Il est admis en effet que, comme tout personnage de premier plan qui relate son parcours, ils mentent un peu et se chargent eux-mêmes de tisser leur propre légende.
J'ai toujours été personnellement fasciné par le destin exceptionnel d'hommes et de femmes qui ont marqué leur temps, qui sont sortis de l'anonymat, qui ont été servis par les événements et ont su en profiter. Bill et Hilary ne font pas exception d'autant que sa carrière à elle n'est probablement pas terminée et qu'elle sera sans doute locataire de la Maison Blanche, pour la deuxième fois, mais avec le premier rôle !
©Hervé GAUTIER – février 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com
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CONVOI POUR OSLO
- Par ervian
- Le 01/02/2015
- Dans Henri Quefellec
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N°78
Septembre 1991
CONVOI POUR OSLO – Henri Queffelec – Editions Stock.
L’Histoire ne retient que les hauts faits, gomme les zones d’ombre, élude les actions humbles, les incertitudes pour ne conserver que le réel, l’établi, l’indubitable et le consacre par la mémoire collective. Il n’y a pas de place pour les états d’âme, les hésitations… Pourtant l’auteur fait observer que les Grecs avaient donné à Clio, muse de l’histoire, une fille qui était celle de la poésie, c’est à dire de l’imagination…
Avril 1940. Hitler décide d’envahir la Norvège. Il le fait à sa manière, sans déclaration de guerre, en pleine nuit, par une flotte de guerre naviguant tous feux éteints. Non seulement cette escadre, forte du plus récent bâtiment de guerre de la kriegsmarine (Le Blücher) viole les eaux territoriales norvégiennes, mais encore elle prend l’initiative des hostilités et coule un garde-côte… Au fond du fjord, Oslo, la capitale et l’espoir d’occuper rapidement le pays et de s’emparer de la personne du roi.
Dépourvu d’armée, ce peuple vivait dans une sorte d’expectative poétique face à l’embrasement de l’Europe. Sa neutralité rassurait et le sérieux le disputait à l’attente.
Avant d’arriver au fond du fjord, l’escadre allemande s’avance vers le petit fort d’Oscarborg sommairement armé de canons hors d’âge que les services de renseignements allemands ont réputés inoffensifs. Là, l’Histoire donne rendez-vous à un homme, Ericksen, colonel d’artillerie qui a connu dans ce pays neutre davantage de servitudes que de grandeurs militaires. Il connaît bien les atermoiements des politiques, plus soucieux de leur carrière que de l’avenir de la Patrie. Il connaît aussi sa faiblesse face à l’extraordinaire puissance de feu ennemie. Il sait aussi où est son devoir, celui de défendre le sol natal.
Dès lors, il sait qu’il vit un moment d’exception, un de ces moments décisifs qui transcendent les hommes de bonne volonté et font qu’ils sont exactement eux-mêmes, qu’ils sont réduits à l’accomplissement de leur seul devoir et qu’ils l’exécutent dans une sorte d’état second. « A certains moment, il faut agir » dit avec une simplicité paradoxale le colonel Ericksen !
En face, le commandant du Blücher, lui aussi fait son devoir de soldat, mais on se méfie de lui, et on le flanque d’un supérieur hiérarchique et surtout d’un général SS. Certes, il obéira aveuglément aux ordres, mais non sans avoir attiré l’attention de « ses gardiens » sur les erreurs stratégiques du Fürher ce qui fait douter de la qualité de son national socialisme. Non seulement la marine allemande ne sort pas grandie de cette manœuvre mais encore le Blücher, au nom de l’invincibilité décrétée par Hitler lui-même est mis en avant avec une artillerie mal réglée et une insuffisance de gilets de sauvetage. « Les Norvégiens ne tireraient pas » avaient affirmé les Services Secrets allemands… C’était compter sans la détermination d’Ericksen qui fit son devoir tout comme le commandant du Blücher. La destruction du cuirassé allemand n’empêcha pas la Norvège d’être occupée par l’Allemagne mais le roi eut le temps de fuir pour organiser la résistance.
A partir d’un fait réel et pratiquement inconnu de nous, Henri Queffelec a écrit un roman exceptionnel où il parle certes de la Norvège, mais surtout de l’homme face à son devoir et jette sur lui un regard de poète et de philosophe. Il évoque aussi l’histoire du III° Reich, sa façon d’agir et de porter la guerre partout en Europe et de la détermination d’un homme qui seul s’oppose à l’invasion de son pays.
Si son exemple avait, à l’époque, été plus suivi, le sort du monde en eût été changé.
© Hervé GAUTIER.
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JOURS SANS FAIM
- Par ervian
- Le 31/01/2015
- Dans Delphine de Vigan
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N°860 – Février 2015
JOURS SANS FAIM – Delphine de Vigan – J'ai lu.
C'est le premier roman de Delphine Le Vigan publié en 2001 sous le pseudonyme de Lou Delvig. Il s'agit d’une œuvre autobiographique retraçant le combat contre l'anorexie et la guérison d'une jeune fille de 19 ans, Laure. Au pas de la mort, elle choisit de se laisser guider par un médecin qu'elle idéalise.
Derrière le jeu de mots, qui veut aussi signifier la longueur de ce combat, ce que je retiens dans ce roman c'est qu'il ne fait pas dans le pathos ni la complaisance comme cela aurait pu être le cas. C'est au contraire un lent itinéraire vers la guérison qui nous est ainsi proposé sans pour autant cacher les souffrances que cette maladie occasionne. C'est aussi un parcours personnel, la recherche raisonnée des causes, le choix de la vie contre le basculement vers la mort quand le mal s'est si bien installé dans le corps qu'il est sur le point de gagner, un ultime sursaut, une fantastique lueur d'espoir... C'est un peu comme la dépression, le mal du siècle, elle est souvent regardée comme une façon d’être à la mode, qu'on a tôt fait de stigmatiser comme la volonté, surtout pour les jeunes filles, de ressembler à un mannequin de magazine. Cela séduit mais aussi détruit, silencieusement... Les médias en parlent beaucoup et la minceur reste encore aujourd'hui un des critères de la beauté féminine. Pourtant, malgré tout ce qu'on peut dire, on ne choisit pas d'être anorexique, c'est l'expression d'un mal-être et les ravages de cette maladie sont autant psychologiques que physiques.
Ce récit s'étale sur trois mois d'hospitalisation où il est non seulement question de ce mal mais aussi des relations difficiles avec sa famille puisque, comme dans la dépression, le milieu social et familial a une grande importance. Ses parents divorcés, père remarié et mère internée jadis pour folie y ont aussi leur part . Dans cette démarche il y a également un jeu un peu malsain de Laure, une sorte de volonté de tricher, peut-être malgré elle, qui fait croire à son entourage qu'elle mange, qu'elle est donc tirée d'affaire, souhaite s'en sortir et sortir de cet univers protégé. Pour cela elle feint, ment, a recours à des expédients ce qui, finalement met en évidence sa fragilité. C'est aussi un combat contre elle-même, mais peut-être aussi, inconsciemment, une volonté de se livrer aux souffrances de ce mal qu'elle n'a pas choisi mais qui l'a choisit, elle ! Une démarche complexe donc. C'est une sorte de journal intime où l'auteur se livre jusque dans les moindres détails de ce parcours personnel, entre elle et le médecin. Il y a aussi une sorte de confrontation, une démarche différente entre Laure et Fatia, une jeune femme qui ne cesse de rechuter, avec Anaïs qui elle aussi peine et finit par jeter l'éponge et quitter l’hôpital. Je remarque cependant que l'écriture est pour Laure un exutoire, une catharsis à la fois bienvenue et bienfaisante. De cela aussi procède sa guérison, même si elle est précaire.
Le sujet est grave mais le style est épuré, fluide, un peu comme si les mots étaient calqués sur l’aspect physique de Laure et suivaient la lente progression vers la vie.
J'avais particulièrement aimé « Rien ne s'oppose à la nuit « (La Feuille Volante n° 585). La lecture de cette première œuvre confirme cette bonne impression et m'engage à poursuivre dans la découverte de ce réel talent.
©Hervé GAUTIER – Janvier 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com
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CODE 1879
- Par ervian
- Le 30/01/2015
- Dans Dan Waddell
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N°555 – Février 2012
CODE 1879 – Dan Waddell - Éditions Rouergue noir.
Traduit de l'anglais par Jean-René Dastugue.
Cela commence plutôt mal en ce matin d'hiver pour l'inspecteur principal Grant Foster et pour son assistante, le lieutenant Heather Jenkins : on vient de trouver, près d'un cimetière londonien, le cadavre d'un homme poignardé et qui, apparemment, a eu les mains amputées avant de mourir. De plus, le meurtrier a pris la précaution de graver sur le corps de sa victime une inscription énigmatique faite de chiffres et de lettres dont notre limier ne tarde pas à s'apercevoir qu'elle fait référence à la généalogie. De plus, sur son portable, le dernier numéro composé est : 1879. Il n'y a pourtant pas de mobile apparent mais les recherches menées à partir de l'indication tailladée sur la peau du mort font entrer en scène Nigel Barnes, un généalogiste professionnel, personnage étonnant et surtout désargenté ! Peu de temps après, d'autres meurtres tout aussi mystérieux et rituels donnent à penser qu'ils sont le fait du même assassin et qu'ils en évoquent cinq autres également mystérieux, perpétrés dans les bas-fonds du Londres victorien de 1879. On songe à un remake de Jack L'éventreur !
A force de dépouiller les archives et les journaux de l'époque, ce qui ne fut pas un mince travail puisque les premières étaient imprécises et les seconds trop marqués par leur époque, les enquêteurs en arrivent à la conclusion que, par delà le temps, non seulement le meurtrier leur lance un défi mais surtout un avertissement : D'autres meurtres sont à venir et la police, pour peu que ses investigations et ses raisonnements soient pertinents, détient la clé de l'énigme ! Un peu comme s'il avait lui-même enclenché un compte à rebours macabre. Pire peut-être puisque peu à peu l'idée selon laquelle « le passé explique le présent » s'impose. Ainsi établit-on que la police de l'époque a, pour masquer son incompétence, largement contribué à faire condamner et exécuter un innocent par la justice victorienne pour les cinq crimes non élucidés. Il se pourrait donc bien qu'un descendant du condamné revienne pour le venger en s'en prenant aux membres actuels de la famille de ceux qui, à l'époque, avaient contribué à cette erreur judiciaire ! D'ailleurs, pour qu'il n'y ait pas de doute à ce sujet, le meurtrier prend bien soin d'évoquer par des similitudes les meurtres de 1879. Une vengeance hors du temps en quelque sorte !
Foster ne pouvait guère s'imaginer, au début de cette enquête, qu'il y serait mêlé de si près.
Je dois bien admettre que l'écriture est quelconque et proche des romans de ce genre, mais peu importe puisque le suspens est bien au rendez-vous de ce polar palpitant. Les personnages ressemblent sans doute à ceux qu'on s'attend à rencontrer dans un roman policier, flic un peu marginal à l'histoire personnelle mouvementée et même accro à l'alcool et au tabac, jeune femme délurée, généalogiste fauché mais érudit ... Cependant l'originalité de cette œuvre tient sans aucun doute à l'introduction de la généalogie alors que, aujourd'hui, on s'attend davantage à rencontrer des méthodes de police scientifique. Elles existent certes au cours de cette enquête, comme existe la drogue (le GHB pour être précis) mais la généalogie y tient une place à part.
Entre les atermoiements, les difficultés et même les erreurs des policiers londoniens contemporains, le lecteur entre facilement dans ce jeu où on lui propose des allers et retours entre le XIX° siècle et aujourd'hui autant qu'une plongée dans cette Angleterre victorienne des bas-fonds. Je songe aussi au travail sans doute long et difficile que l'auteur a dû accomplir non seulement pour réunir de la documentation mais aussi pour distiller ainsi le suspens et retenir, jusqu'à la fin, l'attention de son lecteur.
J'ai bien aimé cette œuvre, la première traduite en français, d'un auteur que je ne connaissais pas mais dont je lirai assurément les suivantes.
© Hervé GAUTIER - Février 2012.
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LA FETE DE l' INSIGNIFIANCE
- Par ervian
- Le 29/01/2015
- Dans Milan Kundera
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N°859 – Janvier 2 015
LA FETE DE l' INSIGNIFIANCE – Milan Kundera – Gallimard.
Insignifiance : caractère de ce qui ne présente aucun intérêt, ce qui est quelconque, qui passe inaperçu, ce qui est futile et vain. Ce titre avait donc tout pour attirer mon attention puisque je me suis toujours considéré ainsi et puis je me suis dit que si Milan Kundera prenait la peine d'en parler c'était que cela, paradoxalement, avait quand même de l'importance !
On peut, il est vrai tout trouver futile dans cette vie, l'exemple qu'il donne de Staline et de ses perdrix en est la preuve, mais il me semble quand même que, même si ce ne sont que des mots, discourir sur la beauté des femmes n'est pas insignifiant. Réfléchir sur la brièveté de la vie, sur la mort, sur la maladie, sont des thèmes qui reviennent souvent dans les conversations, nécessairement ordinaires et rire de tout, de nos déboires de pauvres humains, ne pas prendre au sérieux un monde que, malgré toute notre bonne volonté nous ne pourrons pas changer, est une chose plutôt salutaire.
J'avoue avoir assez mal suivi ces cinq compères qu'on voit déambuler dans ce roman, leur refus de la vie, la haine entre le gens y compris dans le couple, la vanité des relations entre les êtres, la séduction, la prise de conscience que toute cette agitation qu'est la vie n'est rien, oui, mais et après ! Ce roman est certes une auscultation de l’espèce humaine à travers pas mal de digressions qui vont d'une anecdote un peu « humoristique » sur Staline à une pérégrination dans les jardins du Luxembourg en passant par un cocktail un peu surréaliste. Que les êtres soient des énigmes pour eux-mêmes et pour les autres, que la beauté des femmes soit une chose fascinante, qu'il soit vain de s'excuser constamment à cause du ridicule principe judéo-chrétien de culpabilité, que la vie soit une chose fragile qui peut à tout instant nous échapper, que cette espèce humaine soit définitivement entachée par la honte, la trahison, le mensonge, l'ennui, la mélancolie, cela oui, je veux bien mais l'obsession du nombril, même reconsidéré comme le summum du charme féminin, là, je décroche un peu. Était-ce une leçon de vie, une invitation à la regarder sous l'angle de la bonne humeur parce que tout ici pas est transitoire, absurde, sans grand intérêt et que nous ne sommes qu'usufruitiers de notre existence, pourquoi pas ?
Le livre refermé, j'ai eu l'impression qu'il pouvait parfaitement se poursuivre à l'infini parce qu'il n'y a pas vraiment de trame romanesque. J'ai eu aussi le sentiment d'avoir voyagé dans un pays bizarre, un peu connu de moi et cependant où je n'étais pas le bienvenu. J'ai eu l'impression d'y avoir été une demandeur d'asile mais avec une sorte de retenue qui m'a fait m'interroger me demandant si j'y étais vraiment à ma place.
j'avoue que j'avais aimé « l 'insoutenable légèreté de l'être ». Milan Kundera n'est évidemment pas pour moi un auteur mineur et je suis peut-être passé à côté d'un chef-d’œuvre, sans doute parce que je suis moi-même un insignifiant, probablement parce que je n'ai rien compris et que l'insignifiance n'est pourtant pas chez moi une fête.
©Hervé GAUTIER – Janvier 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com
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LETTRE A MON JUGE
- Par ervian
- Le 28/01/2015
- Dans Georges SIMENON
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N°857 – Janvier 2 015
LETTRE A MON JUGE– Georges Simenon – Éditions Rencontre.
L'envie m'est venue de lire ce texte à la suite de l'écoute un peu hasardeuse, à la radio, de l'intervention du comédien Robert Benoît à qui Georges Simenon avait, quelques mois avant sa mort, donné gratuitement la possibilité d'adapter ce roman à la scène sous forme de monologue. Cette adaptation a été donnée en 2008 au théâtre du Lucernaire. Il s’agit d'un roman épistolaire écrit en 1947 quand il rencontre celle qui deviendra sa seconde épouse et dont il tombe fou amoureux.
Depuis la prison où il est incarcéré pour le meurtre de sa maîtresse, Martine, le docteur Charles Alavoine, ex-médecin à La Roche sur Yon, installé ensuite dans le région parisienne, écrit à son juge d'instruction. Bizarrement cette longue missive est le pendant d'une instruction et d'un procès pendant lesquels il s'est assez mal défendu. Nous sommes dans les années 50 et il éprouve le besoin d'expliquer son geste qui effectivement est sans raison apparente. Son enfance a été gouvernée par une mère abusive qui, une fois qu'il est devenu médecin, continue de vivre dans la famille qu'il forme avec sa première femme et ses deux filles. Devenu veuf, il épouse Armande, une jeune veuve qui va bientôt se révéler aussi autoritaire que sa mère. Par hasard, 10 ans après, Charles rencontre Martine qui devient sa maîtresse et son assistante. Fou amoureux d'elle, il se montre jaloux, la bat puis l'étrangle. Il choisira la mort dans sa prison.
Tout d'abord le narrateur s'adresse au juge en lui disant « Mon juge » comme on aurait dit « mon ami ». Cette forme de « familiarité » annonce sans doute le dénouement puisqu'il choisit de confier au magistrat ce qu'il n'a pas dit auparavant alors que tout est décidé pour lui. C'est aussi une manière de refuser l'opprobre d'une exécution. Ce roman n'est pas un polar. Il n'est pas besoin d'un commissaire Maigret pour dénouer les fils d'une énigme compliquée. Charles a avoué avoir tué sa maîtresse et qui plus est s'est mal défendu, un peu comme s'il recherchait sa mort. C'est certes un drame passionnel qu'à l'époque les tribunaux acquittaient lorsque le mari trompé tuait son épouse adultère. Ici, tel n'est pas le cas et Charles tue Martine par jalousie à cause des hommes qu'elle a connus avant lui. Son geste est d'autant plus inexplicable qu'il vit avec elle une vie apparemment sans histoire. Tout cela semble se passer dans sa tête mais il réclame à son juge de n'être pas considéré comme un fou, même s'il voyait dans cette Martine une femme double dont la personnalité et la vie antérieure l'obsédaient au point qu'il ne puisse pas les supporter. Ainsi, en tuant sa maîtresse, il tuait celle qui avait vécu avant lui. Autant dire que cette femme, trop maquillée, trop aguicheuse peut-être dans sa vie d'avant lui l'agaçait. Même si la question qui peut être posée est « peut-on tuer par amour ? », même si pour un homme, être le premier dans la vie intime d'une femme est un fantasme, cela excuse-t-il le meurtre de cette dernière ? l'avocat a dû avoir du mal à défendre ce client, même s'il insiste sur le fait que la mort l'a serré vraiment de très près, celle de son père d'abord, suicidé, celle de sa première femme ensuite et ce n'est sans doute pas sans raison qu'il choisit la sienne. Il aurait pu plaider l'importance du hasard ou du poids de la solitude, de celui de la vie qu'il ne supportait plus sans Martine même si son existence antérieure où il n'était pas était pour lui insupportable... Charles est un faible, ballotté par les femmes mais c'est aussi, à l'exemple de ses propres parents, un être excessif, outrageusement possessif. Sa profession de médecin, à l'instigation de sa mère, vise surtout à le faire sortir de sa situation de fils de paysan, il devient ainsi notable, quelqu'un d'important qui peut ainsi avoir des exigences. Pourtant la mariage ne lui réussit guère, sa première femme meurt et la deuxième se révèle aussi autoritaire que sa mère. Il n'y a qu'une véritable femme dans sa vie, Martine, même s'il lui est arrivé de tromper ses épouses successives avec d'autres femmes, ce ne furent que des toquades, des opportunités qu’il n'a pas voulu laisser passer, rien de plus. Cette soudaine ingérence de l'amour-passion dans la vie de Charles qui ne l'avait guère connu auparavant a été à la fois une révélation et une révolution mais sa jalousie a précipité son geste meurtrier. Tels sont les arguments qui ont dû se bousculer dans la tête des jurés dont je n'aurais sans doute pas voulu faire partie.
Simenon ce n'est pas qu'un auteur de romans policiers. Quand il choisit comme ici de faire dans le drame psychologique, il est bien meilleur et son style est toujours aussi agréable à lire.
©Hervé GAUTIER – Janvier 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com
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LES INNOCENTS
- Par ervian
- Le 27/01/2015
- Dans Georges SIMENON
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N°388– Janvier 2010.
LES INNOCENTS – Simenon (1971).
C'est une histoire simple que nous offre ici Simenon.
Georges Celerin a un bon métier, il est orfèvre à Paris et sa notoriété est grande. Il est associé avec un de ses amis, Jean Paul Brassier, marié avec Eveline, frivole et superficielle... L'affaire marche bien et avec les ouvriers de l'atelier l'ambiance est conviviale.
Georges a rencontré par hasard Annette, une assistante sociale assez réservée et pas vraiment belle et l'a épousée. Ensemble ils ont eu deux enfants, Jean-Jacques et Marlène, forcément différents. Georges est béatement et égoïstement heureux, les enfants grandissent sans que leurs parents s'en aperçoivent, le temps passe et les affaires sont florissantes. Malgré une certaine aisance financière, Annette qui vit son métier comme un sacerdoce, a tenu à garder son emploi, mais leur vie conjugale semble terne et un peu en marge. En fait chacun à son centre d'intérêt et s'en accommode. Après tout, cela peut paraître banal!
La vie aurait pu continuer à s'écouler, simple et tranquille, sans souci important, avec des projets en commun, le départ des enfants, mais là aussi, c'est le sens de la vie! Pourtant, par hasard, la mort frappe Annette, écrasée par un camion dans une rue de Paris. Tout bascule d'un coup pour ceux qui restent. Georges reste seul avec Nathalie, la domestique de toujours qui fait maintenant partie de la famille. Il est tenté de se laisser aller, pense au suicide, à l'alcool, mais pourtant l'avenir se dessine autrement et d'une manière favorable pour lui et son associé... Il faut bien que la vie reprenne et ses enfants ont encore besoin de lui!
Il se met à penser qu'il a vécu vingt ans à côté de sa femme sans peut-être avoir pu la rendre heureuse. Son emploi d'assistante sociale n'était peut-être qu'une échappatoire? Cette prise de conscience soudaine lui donne à penser que tous les deux, malgré leur bonne volonté et à cause de leur métier, sont peut-être passés à côté de leurs propres enfants qu'ils n'ont pas pris le temps de voir grandir! Maintenant ils vont quitter la maison et le vide laissé par Annette va s'accentuer encore par leur départ à eux...
Le hasard veut que Georges s'intéresse aux circonstances du décès de son épouse. Elle a été accidentée dans un quartier qui n'était pas le sien, dans un secteur où, d'ordinaire, elle n'exerçait pas ses fonctions et les témoins pensent qu'elle a délibérément cherché la mort, qu'elle sortait d'une maison inconnue... Il en conçoit des doutes et, vérifications faites, il obtient la preuve que que son épouse le trompe avec son associé, et ce depuis dix huit ans. Ce n'est pas une simple passade, mais une liaison durable faite de mensonges, d'hypocrisies et il doit bien admettre qu'il n'a rien vu, rien deviné de la trahison d'Annette, occupé à sa seule réussite, son seul bonheur, même si celui-ci était peut-être un peu convenu! Même Nathalie, dont la situation n'a pas échappé à son regard de femme, n'a rien osé dire. Comment l'aurait-elle pu?
Découvrir que son épouse l'a trompé pendant si longtemps, s'est moquée de lui, de sa famille, de ses enfants avec un de ses amis est inacceptable, d'autant que celui-ci, sans enfant dans son ménage, peut parfaitement être le père de Jean-Jacques et de Marlène. Cette révélation posthume, si elle peut faire naître dans l'esprit de Georges une culpabilité éventuelle, n'en établit pas moins une certitude « Annette est morte deux fois !».
Face à cela, Georges se coupe du monde, laisse les choses aller à vau-l'eau pour finalement se séparer de cette associé volage qui lui part de son côté.
Au-delà de l'histoire racontée, c'est un rappel que nous sommes mortels, que la Camarde peut frapper au hasard quand nous nous y attendons le moins, que « rien n'est jamais acquis à l'homme », que le bonheur est fragile, que la confiance est un leurre, qu'on est toujours seul...
©Hervé GAUTIER – Janvier 2010.http://hervegautier.e-monsite.com
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LES ANNEAUX DE BICETRE
- Par ervian
- Le 27/01/2015
- Dans Georges SIMENON
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N°389– Janvier 2010.
LES ANNEAUX DE BICETRE – Simenon (1962).
René Maugras est ce qu'on appelle un grand patron de presse, un homme qui parle avec les ministres et les responsables politiques, quelqu'un d'important, de décoré, un notable... Au cours d'un déjeuner pris avec des avocats et des médecins, des académiciens, il est victime d'une attaque et repose maintenant sur un lit d'hôpital à Bicêtre et il ne peut plus ni parler ni bouger.
Lui qui était puissant, respecté, considéré, craint même, n'est à présent plus qu'une masse inerte, un hémiplégique. Il voit le monde depuis la position allongée et ne le domine plus comme avant, il le perçoit différemment. Bizarrement, il n'en est pas mécontent et c'est pour lui une prise de conscience, à cinquante cinq ans, de ce qu'est véritablement le décor qui l'entoure et que sa position sociale lui avait peu à peu masqué. Il rencontre certes les médecins qui l'entourent, qui sont ses amis et qui donc vont tout faire pour le guérir, mais aussi les soignants du service, simples agents anonymes qui s'occupent de lui, aperçoit, même s'il en est séparé par les cloisons de sa chambre particulière, les autres malades. Maintenant, il ne reste plus rien du grand personnage qu'il était auparavant. Il parvient même à porter de l'attention, voire des idées quasi-charnelles pour l'infirmière de nuit qui dort à côté de son lit.
On ne réussi pas comme il l'a fait, dans cette société, sans compromissions ni trahisons. Son immobilité et peut-être l'éventualité de sa mort prochaine, font qu'il repense à ses amis disparus, qu'il repasse sa vie, se remémore ce qu'elle a été, laborieuse, hasardeuse mais finalement réussie, du moins au sens des critères sociaux et mondains. Il a peut-être eu de la chance! Ses origines modestes, ses deux mariages, sa fille infirme, née d'une première union et dont il ne s'est que très peu occupé, ses débuts dans l'existence, le fantôme de toutes les femmes qu'il a croisées... Ce séjour à l'hôpital l'amène à renouer avec sa deuxième épouse, Lina, qu'il avait entraînée dans une vie mondaine et artificielle, au service de sa réussite personnelle et qu'il n'a jamais fait l'effort de comprendre. Avec lui, elle n'est pas vraiment à sa place, à cause sans doute de ses origines populaires et a trouvé dans l'alcoolisme une compensation. C'est aussi l'occasion pour lui d'une introspection au terme de laquelle il reprend goût à la vie, à travers des mots jetés sur un petit agenda, la tentation de la solitude, une sorte de seconde naissance et il recouvre petit à petit l'usage de ses membres et de la parole.
Les anneaux, c'est comme des cercles concentriques que fait dans l'air le son des cloches (titre originel du livre). C'est bien l'idée de la mort qui plane sur ce livre.
Cet ouvrage retrace une affection dont a été victime l'auteur lui-même. Il tire donc de son expérience personnelle le sujet de ce livre. Le temps exceptionnellement long que Simenon a pris pour l'écrire, ce qui est rare pour lui, indique sans doute qu'il s'est lui-même beaucoup impliqué dans cette rédaction.
J'ai eu quelques difficultés à entrer dans cet univers. J'en garde une impression mitigée.
©Hervé GAUTIER – Janvier 2010.http://hervegautier.e-monsite.com
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L'OEUVRE AU NOIR
- Par ervian
- Le 25/01/2015
- Dans Marguerite Yourcenar
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N°858 – Janvier 2 015
L'OEUVRE AU NOIR – Marguerite Yourcenar – Gallimard.[1968] – Prix Fémina 1968
L'auteur imagine un personnage, Zenon Ligre dans le cadre humaniste de la Renaissance et lui prête une vie de philosophe, de médecin, de voyageur et d’alchimiste. De telles caractéristiques ont aiguisé son esprit critique autant que son envie de se livrer à la publication de ses idées, ce qui n'a pas manqué d'indisposer la toute puissante Église. Il sera enfermé dans les geôles de l'Inquisition et se suicidera. L'auteur décline ce récit en trois parties (la vie errante, la vie immobile, la prison) et c'est pour elle l’occasion de nous présenter un homme apparemment ordinaire (c’est un bâtard) qui porte sur son temps un regard critique et cultive malgré les risques qu'il encourt, la liberté de penser et de s’exprimer. Ce défaut de ce qu'il considère comme un droit élémentaire le détermine à choisir sa mort au lieu de se rétracter. Il s'attaque à l'organisation politique de la société, à la religion mais aussi contribue à au progrès de la médecine en pratiquant les dissections de cadavres, formellement interdites par l’Église, aux expériences scientifiques et à l'alchimie ce qui l'amène immanquablement à s'opposer à l'obscurantisme de l'époque. Ses voyages lui font acquérir des connaissances, rencontrer des gens et échanger avec eux des idées ce qui fait de lui un homme éclairé, cultivé, tolérant mais peu prisé par le pouvoir en place et le tribunal de l'Inquisition le tient pour un magicien. L'auteure le met en présence de son cousin Henri-Maximilien, fils de banquier qui veut faire la guerre qui, même s'il est différent de lui a avec lui la caractéristique de quitter son lieu de naissance, Bruges, pour se frotter aux idées nouvelles. Zénon lui a fait le choix de la connaissance, de la culture ce qui fait de lui un homme d'exception qu'elle place dans un idéal humaniste.
J'ai personnellement toujours apprécié le style de Marguerite Yourcenar comme un exemple du bien écrire notre si belle langue française. C'est encore une fois un texte somptueux, ciselé de phrases à la fois sobres et précises, rigoureusement construites, subtilement poétiques dans ses descriptions, riches d'un vocabulaire délicieusement suranné. Cette lecture est certes émaillées de citations latines maintenant peu usitées, fait certes appelle à des notions historiques précises mais cela me rappelle que la lecture, fût-elle dédiée à une œuvre de fiction, est aussi une manière d'apprendre. Elle est aussi une invitation à se remettre en question. Elle restera toujours pour moi un écrivain exceptionnel.
L'expression « œuvre au noir » est, en alchimie, la première étape du « Grand œuvre » c'est à dire de la réalisation de la pierre philosophale permettant la transmutation du plomb en or mais aussi de produire la panacée qui guérit et ainsi de se ménager l'immortalité. Il est suivi par l’œuvre au blanc, au jaune et au rouge. Symboliquement, cette démarche vise à libérer l'esprit des idées reçues et des préjugés. Zénon, c'est l'homme qui cherche et qui remet en cause les croyances et les connaissances de son temps, qui prend aussi le risque de faire connaître à ses contemporains le résultat de ses investigations, dût-il lui en coûter la vie. Il est un personnage inventé par l'auteure mais son action n'est cependant pas sans rappeler celle de Giordano Bruno, d'Etienne Dolet ou Michel Servet, autant de personnages, en avance sur leur temps mais qui ont payé de leur vie leur discours et la qualité de leurs travaux.
Zénon est certes un personnage fictif mais comme le note l'auteure dans une note de fin, il est, par ses soins, mis en perspective dans l'Histoire puisque non seulement il est censé naître en 1510 mais des épisodes de sa vie se réfèrent à des événements historiques. L'auteur me le pardonnera mais cela m'évoque Boris Vian qui déclarait « Cette histoire est vraie puisque je l'ai inventée d'un bout à l'autre »
©Hervé GAUTIER – Janvier 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com
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LETTRE A MON JUGE
- Par ervian
- Le 21/01/2015
- Dans Georges Simenon
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N°857 – Janvier 2015
LETTRE A MON JUGE– Georges Simenon – Éditions Rencontre.
L'envie m'est venue de lire ce texte à la suite de l'écoute un peu hasardeuse, à la radio, de l'intervention du comédien Robert Benoît à qui Georges Simenon avait, quelques mois avant sa mort, donné gratuitement la possibilité d'adapter ce roman à la scène sous forme de monologue. Cette adaptation a été donnée en 2008 au théâtre du Lucernaire. Il s’agit d'un roman épistolaire écrit en 1947 quand il rencontre celle qui deviendra sa seconde épouse et dont il tombe fou amoureux.
Depuis la prison où il est incarcéré pour le meurtre de sa maîtresse, Martine, le docteur Charles Alavoine, ex-médecin à La Roche sur Yon, installé ensuite dans le région parisienne, écrit à son juge d'instruction. Bizarrement cette longue missive est le pendant d'une instruction et d'un procès pendant lesquels il s'est assez mal défendu. Nous sommes dans les années 50 et il éprouve le besoin d'expliquer son geste qui effectivement est sans raison apparente. Son enfance a été gouvernée par une mère abusive qui, une fois qu'il est devenu médecin, continue de vivre dans la famille qu'il forme avec sa première femme et ses deux filles. Devenu veuf, il épouse Armande, une jeune veuve qui va bientôt se révéler aussi autoritaire que sa mère. Par hasard, 10 ans après, Charles rencontre Martine qui devient sa maîtresse et son assistante. Fou amoureux d'elle, il se montre jaloux, la bat puis l'étrangle. Il choisira la mort dans sa prison.
Tout d'abord le narrateur s'adresse au juge en lui disant « Mon juge » comme on aurait dit « mon ami ». Cette forme de « familiarité » annonce sans doute le dénouement puisqu'il choisit de confier au magistrat ce qu'il n'a pas dit auparavant alors que tout est décidé pour lui. C'est aussi une manière de refuser l'opprobre d'une exécution. Ce roman n'est pas un polar. Il n'est pas besoin d'un commissaire Maigret pour dénouer les fils d'une énigme compliquée. Charles a avoué avoir tué sa maîtresse et qui plus est s'est mal défendu, un peu comme s'il recherchait sa mort. C'est certes un drame passionnel qu'à l'époque les tribunaux acquittaient lorsque le mari trompé tuait son épouse adultère. Ici, tel n'est pas le cas et Charles tue Martine par jalousie à cause des hommes qu'elle a connus avant lui. Son geste est d'autant plus inexplicable qu'il vit avec elle une vie apparemment sans histoire. Tout cela semble se passer dans sa tête mais il réclame à son juge de n'être pas considéré comme un fou, même s'il voyait dans cette Martine une femme double dont la personnalité et la vie antérieure l'obsédaient au point qu'il ne puisse pas les supporter. Ainsi, en tuant sa maîtresse, il tuait celle qui avait vécu avant lui. Autant dire que cette femme, trop maquillée, trop aguicheuse peut-être dans sa vie d'avant lui l'agaçait. Même si la question qui peut être posée est « peut-on tuer par amour ? », même si pour un homme, être le premier dans la vie intime d'une femme est un fantasme, cela excuse-t-il le meurtre de cette dernière ? l'avocat a dû avoir du mal à défendre ce client, même s'il insiste sur le fait que la mort l'a serré vraiment de très près, celle de son père d'abord, suicidé, celle de sa première femme ensuite et ce n'est sans doute pas sans raison qu'il choisit la sienne. Il aurait pu plaider l'importance du hasard ou du poids de la solitude, de celui de la vie qu'il ne supportait plus sans Martine même si son existence antérieure où il n'était pas était pour lui insupportable... Charles est un faible, ballotté par les femmes mais c'est aussi, à l'exemple de ses propres parents, un être excessif, outrageusement possessif. Sa profession de médecin, à l'instigation de sa mère, vise surtout à le faire sortir de sa situation de fils de paysan, il devient ainsi notable, quelqu'un d'important qui peut ainsi avoir des exigences. Pourtant la mariage ne lui réussit guère, sa première femme meurt et la deuxième se révèle aussi autoritaire que sa mère. Il n'y a qu'une véritable femme dans sa vie, Martine, même s'il lui est arrivé de tromper ses épouses successives avec d'autres femmes, ce ne furent que des toquades, des opportunités qu’il n'a pas voulu laisser passer, rien de plus. Cette soudaine ingérence de l'amour-passion dans la vie de Charles qui ne l'avait guère connu auparavant a été à la fois une révélation et une révolution mais sa jalousie a précipité son geste meurtrier. Tels sont les arguments qui ont dû se bousculer dans la tête des jurés dont je n'aurais sans doute pas voulu faire partie.
Simenon ce n'est pas qu'un auteur de romans policiers. Quand il choisit comme ici de faire dans le drame psychologique, il est bien meilleur et son style est toujours aussi agréable à lire.
©Hervé GAUTIER – Janvier 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com
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BAIN DE LUNE
- Par ervian
- Le 19/01/2015
- Dans Yanick LAHENS
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N°855 – Janvier 2015
BAIN DE LUNE – Yanick LAHENS- Sabine Wespierser Éditeur. (Prix Fémina 2014)
Le roman s'ouvre sur la découverte par un pêcheur du corps d'une jeune femme qui semble avoir échappé à la violence d'une longue tempête. L'homme qui l'a découverte ne comprend pas comme elle a pu survivre aux flots et c'est pour la jeune femme l'occasion de remonter le temps, d'évoquer l'histoire de sa famille qui commence par un « coup de foudre », celui qui bouleverse les sens et l'âme d'un homme d'âge, Tertulien Mesidor pourtant marié et père d'une nombreuse famille, quand il croise le regard d'une très jeune fille, Olmène Dorival, âgée seulement de 16 ans. Dès lors, rien ne compte plus, ni la différence d'âge et de classe sociale, ni la réputation sulfureuse de l'homme. C'est pourtant cette même famille Mesidor qui s'est attachée, depuis longtemps à spolier les Lafleur, dont descend Olmène et aussi les autres familles, de leurs propriétés foncières et de leurs richesses. Tertulien est un être abject que tous craignent. Pourtant, l'attachement de ces deux êtres que tout oppose est réciproque et il va bouleverser la vie de ce petit coin sauvage où s'accrochaient depuis toujours les idées reçues sur la soumissions des femmes et sur les hommes prédateurs. Entre eux il y a pourtant ce jeu de la séduction fait de l'envie de Tertulien, de la volonté d'Omène de le faire attendre, mais pas trop longtemps, pour lui accorder ce qu'il veut parce que cette union couronnée par une naissance la fera échapper à la misère mais pas à la fuite. Il y a aussi pour les hommes comme Léosthène, le frère d'Olmène, ces espoirs déçus, ses rêves de voyages avortés qui se terminent dans l'illusion d'un ailleurs à cause de la pauvreté du pays.
Cette rencontre apparemment anodine va engager un siècle d'amour-haine entre deux familles, les Mésidor, des notables aisés, et les Lafleur, des paysans pauvres que la narratrice va évoquer à travers trois générations d'hommes mais aussi de vie faite d'incantations vaudou, de misère, d'insécurité, de bouleversements climatiques et politiques, de domination des hommes sur les femmes, d'accent créole, de cette histoire de l'île dominée par les Duvallier et leurs Tontons Macoutes mais aussi par les Américains ...
Tout cela, plus le dépaysement d'une île lointaine, la douceur de l'air, l'évanescence des femmes, les vibrations de l'air tropical, la chance ou le hasard... le lecteur est d'emblée transporté dans un ailleurs, l' « anse bleue », faite de sable, d'eau et de sel et de soleil, un décor de carte postale mais que la réalité quotidienne enlaidit surtout quand la dictature des hommes s'en mêle.
Il s'agit du 4° roman de cette auteur haïtienne de langue française. Le lecteur se perd un peu à travers ces évocations mais l’arbre généalogique de fin l'aide grandement à s'y retrouver. Ce prix consacre en tout cas la culture haïtienne un peu occultée malgré l’œuvre de Dany Laferrière et sa consécration, en décembre 2013, par son élection à l’Académie Française.
J'ai lu ce roman comme un long poème plein d'images et de senteurs lointaines, de mots créoles, d'évocation de cette terre oubliée que les éléments et les hommes ont tant malmenée. C'est un plaidoyer pour les humbles, les pauvres de ce pays pauvre qui ne croient plus en rien ni aux hommes ni au dieu des chrétiens et à sa morale mais pour qui le seul rempart est le vaudou et la puissance des songes qui annoncent l'avenir. C'est une longue évocation des ancêtres, un livre fait de mystères, d'invocations magiques qui a le pouvoir de sortir le lecteur de son habituel univers romanesque.
©Hervé GAUTIER – Janvier 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com
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CONTE BLEU
- Par ervian
- Le 19/01/2015
- Dans Marguerite Yourcenar
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N°856 – Janvier 2 015
CONTE BLEU – Marguerite Yourcenar – NRF.
Il s’agit d'un recueil de trois nouvelles [« Conte bleu », « Le premier soir », « Maléfice »] écrits entre 1927 et 1930, Marguerite Yourcenar était alors âgée de 24 ans. Ces textes avaient été publiés pour partie dans différentes revues, « Le premier soir » dans « La Revue de France » en 1929, « Maléfice » au « Mercure de France » en 1933. Seul « Conte bleu » était inédit.
Dans le premier texte, une jeune servante aide des marchands, âpres au gain, à récolter, à l'aide de son abondante chevelure, des saphirs cachés au fond d'un lac. Pourtant, malgré la richesse qu'elle leur procure, elle n'obtient rien d'eux ni partage, ni reconnaissance ni même pitié et ils la maintiennent dans sa condition ancillaire. Le deuxième texte, qui est la reprise d'une nouvelle écrite à l'origine par son père, met en scène deux futurs époux, Georges et Jeanne qui vont se marier par convenance sociale mais non par amour. C'est l'occasion pour l'auteur de se livrer à une réflexion sur le bonheur et sur le sens de la vie, sur la volonté qu'on peut avoir d’en faire changer le cours ou de s'installer dans une certaine sécurité. Dans le troisième texte, Amande souffre d'un mal incurable contre lequel personne ne peut rien. Son fiancé, Humbert, Toussainte une vieille femme et quelques autres habitants du village décident de faire venir auprès d'elle un autre homme capable de détourner d'elle un éventuel mauvais sort qui lui aurait été jeté.
J'ai déjà dit dans cette chronique combien l'art de la nouvelle est difficile et surtout quand il s'agit de publier des textes, le plus souvent écrits à des périodes différentes, soufflés par une inspiration pas forcément constante et qu'on doit réunir sous un même thème. Qu'est-ce donc qui unit ces trois récits, quel message peut-on en tirer ? « Conte bleu », veut sans doute dénoncer la cupidité des hommes face à l'accroissement de leurs richesses et leur indifférence face à ceux qui leur permettent de faire ainsi fortune. Veut-il rappeler qu'il est vain d'amasser des biens dans ce monde transitoire ou que le hasard peut se charger de corriger les injustices et les malheurs que les hommes sèment autour d'eux ? En tout cas, l'ambiance qu'il distille évoque les fables orientales. « Le premier soir » qui est peut-être une évocation biographique paternelle mais qui me semble plutôt être le premier chapitre d'un roman inachevé, évoque la nuit de noces de deux êtres finalement étrangers l'un à l'autre et qui menacent bien de le rester dans l'avenir. Dans ce texte il y a toute la fragilité de la beauté, de la jeunesse, de la candeur, du bonheur, de la vie mais aussi toute la persistance du l'hypocrisie, de l'indifférence, de la banalité qui existe déjà entre ces deux jeunes époux. Il oppose la figure de l'homme, désabusé et insensible face à la jeune fille, crédule, vierge et immature. « Maléfice » quant à lui introduit le mystère de la sorcellerie dans notre monde mais aussi l'absence d'amour qui s'insinue entre deux êtres dès lors que l'un d'eux va mourir. Pire peut-être l'amour une fois disparu, c'est une sorte d'indifférence voire une volonté de nuire puisée dans une forme de jalousie qui générera une pulsion mortifère. Une sorte de victoire de Thanatos sur Eros ! Algénare qu'on considére comme une servante à cause de sa pauvreté est présentée comme une sorcière capable de nuire simplement parce qu'elle le veut. En faisant le mal, ou en croyant le faire, elle sortira de sa condition inférieure, s’affirmera comme un être exceptionnel, alors qu'Amande est de toute manière promise à la mort.
Même s'il n'est pas évident, le « fil d'Ariane » de ce recueil est bien là, dans la dénonciation de l'espèce humaine dont nous savons qu'elle n’est pas fréquentable et ce d'autant plus que nous en faisons nous-mêmes partie. Contrairement à ce qu'une littérature un peu naïve ou trop optimiste voudrait nous faire croire, l'amour est un sentiment qui ne dure pas et le faire rimer avec « toujours » est un leurre. J'y vois personnellement autre chose de la part ce cette auteur majeure de la littérature, une étude à travers trois récit apparemment indépendants les uns des autres de la femme à travers des images croisées et révélatrices.
Ces textes sont écrits avec un style fluide et poétique qui sera, durant toute son œuvre, la marque caractéristique de Marguerite Yourcenar [J'ai toujours en mémoire le discours qu'elle prononça lors de sa réception à l’Académie Française en 1980].
©Hervé GAUTIER – Janvier 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com
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ÉLÉMENTAIRE, MON CHER VOLTAIRE
- Par ervian
- Le 16/01/2015
- Dans Frédéric LENORMAND
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N°854 – Janvier 2015
ÉLÉMENTAIRE, MON CHER VOLTAIRE (Voltaire mène l'enquête)– Frédéric Lenormand – JC Lattès.
On connaissait Voltaire comme philosophe, le voilà transformé en collaborateur de la police. La série « Voltaire mène l'enquête » et le titre du roman qui fleure bon Sherlock Holmes donnent le ton. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que, sous la plume de Frédéric Lenormand, François-Marie Arouet met son esprit en éveil pour découvrir les auteurs d'un crime. Nous sommes en 1734 et Voltaire vient de publier ses « Lettres philosophiques » vouées aux flammes et lui, s'il est pris, à un autre séjour à la Bastille car en matière de lettres, celles qu'il redoute le plus sont bien les « lettres de cachet ». Cela l'amène, pour sa sécurité, à se réfugier en Lorraine, alors duché indépendant de la Couronne, chez la marquise Émilie du Châtelet dont la beauté ne lui est pas indifférente. Elle est aussi une femme de sciences, un esprit éclairé, bref une personne d'exception à côté de qui il ne pouvait passer. Las, on vient de découvrir chez elle le cadavre d'une soubrette assassinée et la maréchaussée s'intéresse donc à elle. Pour les beaux yeux de sa protectrice mais aussi pour sa propre sécurité, notre philosophe se transforme donc en enquêteur, c'est à dire qu'il va se mettre à la disposition de René Hérault, lieutenant général de police, plus ou moins amoureux de la marquise, lequel va pourtant devoir, malgré ses fonctions, ignorer la présence et surtout les extravagances de Voltaire.
Ses investigations vont le mener incognito à Paris dont il peut difficilement se passer puisque c'est la capitale du siècle des lumières mais aussi là où il exerce le mieux sa verve et son talent. Il va y croiser pas mal de personnages aussi bien dans les bas-fonds des bords de Seine que dans les salons les plus huppés. Pour investiguer tout à loisir, il ne manquera pas de changer de nom, de contrefaire sa physionomie, de se mettre dans des situations parfois rocambolesques. Grâce à son esprit et, il faut bien le dire à la chance, il mènera à bien sa tache tout en tirant, comme à chaque fois, son épingle du jeu. La solution de l'énigme réside pourtant devant les yeux des enquêteurs, à condition toutefois qu'ils soient capables de la voir et ce même si ces apparences sont des plus ordinaires. Quant à la manière de s'y prendre, Voltaire, toujours selon Lenormand, n'est jamais sans ressources. C'est pourtant notre philosophe qui la découvrira, évidemment ! C'est une fiction policière, plaisante et parfois échevelée, qui s'inscrit dans un siècle féru de curiosités et d'automates mais elle met en scène Voltaire qui est pour la France plus qu'un personnage emblématique puisqu'il est à mes yeux et pour toujours celui du « Traité sur la tolérance » et celui de l'affaire Callas.
Depuis que je lis les romans de Frédéric Lenormand dont cette chronique s'est largement fait l'écho, je dois bien avouer qu'ils sont pour moi un bon moment de lecture non seulement à cause de l'intrigue mais aussi du dépaysement qu'ils procurent, le XVIII° siècle dont il est spécialiste m'a toujours attiré. Son style fluide, jubilatoire, où se mêlent agréablement l'humour et l'érudition, a toujours retenu mon attention. Il ne manque jamais d'ajouter à ses évocations et descriptions des détails culinaires alléchants, des aphorismes bien sentis et des remarques personnelles, pertinentes et impertinentes, que n'aurait assurément pas reniées Voltaire lui-même !
J'avais bien aimé la série sur le Juge Ti ;celle qu'il consacre à Voltaire n'est pas moins passionnante et j'attends le prochain roman avec impatience. Comme Lenormand le fait dire à l’auteur de Zaïre « Quand on a trouvé une bonne histoire, il ne faut pas en changer ».
©Hervé GAUTIER – Janvier 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com
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LES COMBUSTIBLES
- Par ervian
- Le 12/01/2015
- Dans Amélie Nothomb
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N°853 – Janvier 2015
LES COMBUSTIBLES - Amélie Nothomb – Albin Michel (1994)
C’est l'hiver, c'est la guerre et la ville où se déroule cette pièce de théâtre est assiégée par les Barbares qui la bombardent. Il fait froid dans l'appartement où le professeur qui héberge son assistant, Daniel, et Marina, l'amie de ce dernier, a déjà brûlé tous ses meubles pour se chauffer. Il ne reste plus que les 2000 livres de sa bibliothèque. La littérature sera-t-elle plus forte que le froid ? Pourtant Marina, plus sensible au froid demande qu'ils soient brûlés mais cela ne semble pas convaincre le professeur, tout au plus accepte-t-il de discuter dans quel ordre cela peut se faire. Un hiérarchie est donc ainsi instaurée.
La mise en scène avait quelque chose d'intéressant quoique déjà connu, un huis-clos entre trois personnages qui ne peuvent pas sortir de cet appartement à cause des événement extérieurs. C'est une pièce en trois actes qui respecte la classique unité de lieu, de temps et d'action ou plutôt d'inaction puisque le thème semble être ainsi formulé « quel livre emporteriez-vous sur une île déserte » ou, quel livre allez-vous sacrifier dans le poêle pour procurer un peu de chaleur ou, pour dire le choses autrement quel est l'importance de la culture face à un problème plus général de la sécurité, de la guerre, de la faim ? Posé ainsi il me paraît intéressant et très actuel puisque la crise économique semble justifier des coupes claires dans le budget de la culture dans un pays qui s'en prétend le défenseur.
Apparemment il y a trois personnages. En réalité il y en a quatre et cet autre me paraît, à l'évidence être la guerre. On ne la voit pas mais on l'entend, notamment à travers les bombardements, les balles perdues. Non seulement elle accentue le froid, mais aussi la faim et l'insécurité mais surtout elle imprime sa marque sur les autres personnages. Elle révèle souvent le pire visage des hommes et leur vraie nature. Le professeur est cynique et confie qu'il vante devant ses étudiants des livres et des auteurs qu'il n'aime guère. Ainsi une sorte de débat est soulevé entre les auteurs pour désigner les volumes qui seront livrés aux flammes. Daniel, séducteur impénitent se révèle soudain amoureux de Marina et souhaite la garder auprès de lui. La jeune fille est beaucoup plus préoccupée par son relatif bien-être que par se études et par les livres, devenus de simple combustibles qu'elle souhaite voir brûlés dans le poêle. La guerre est l'occasion de se poser des questions sur la nature humaine, la véritable relation entre les gens. Elle rend tout possible, précipite les événements comme les obligations, justifie tout, les actes d'héroïsme comme la pire des trahisons... Et la mort guette.
C'est l'hiver mais chez moi je ne crève pas de froid. Je ne veux cependant pas ironiser sur les livres que je souhaiterais jeter au feu, surtout après avoir refermé celui-là.
©Hervé GAUTIER – Janvier 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com
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JOURNAL D'HIRONDELLE
- Par ervian
- Le 10/01/2015
- Dans Amélie Nothomb
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N°852 – Janvier 2015
JOURNAL D'HIRONDELLE - Amélie Nothomb – Albin Michel (2006)
Un courtier non identifié, la trentaine, vient de vivre une rupture amoureuse mais s'y révèle complètement insensible. Comme si cela ne suffisait pas, il est licencié de son emploi et devient, un peu par hasard, tueur à gages. Non seulement cela tombe bien puisqu'il a toujours été passionné par le tir mais en outre il ressent une véritable jouissance dans l'acte de tuer. C'est à tout le moins ce qu'il lui semble après l'exécution de son premier contrat et cela augmente avec les suivants. Cela compense sans doute son manque d'amour et son abstinence sexuelle forcée. Pire peut-être, il en vient à tuer pour le plaisir, sans raison autre que ce fameux bien-être qu'il ressent à chaque fois et qui ressemble de plus en plus à un orgasme. Il éprouve cependant le besoin d'en rajouter dans la volupté en sa masturbant furieusement après chaque assassinat. Apparemment sans cette pratique de l'onanisme sa libido n'est pas satisfaite. Peu lui importe d'ailleurs que ses victimes soient des hommes ou de femmes pourvu qu'il agisse vite, sans le moindre état d'âme, il est désormais adepte du « fast-kill » en référence au « fast-food ». Il accompagne ses gestes meurtriers de la musique de « Radiohead », une véritable drogue qui l'aide à tuer. Au début du roman, il n'a pas de nom mais au fur et à mesure des pages il prend celui d'Urbain puis d'Innocent. Tel est le décor mis en place par Amélie Nothomb pour développer cette intrigue romanesque où se mêlent meurtres en série et l'histoire intime de cet homme. J'avoue bien volontiers que j'ai lu cet ouvrage, agréablement écrit, avec curiosité , à cause du suspens distillé par les rebondissements que le texte réserve au fur et à mesure du déroulement des faits. Le monologue du narrateur qui confie au lecteur ses états d’âme sur le ton de la confidence entretient d'ailleurs cette impression.
En revanche, j'ai eu un peu de mal à suivre Urbain quand il explique la relation qu'il met entre l'hirondelle qui vient mourir dans son appartement et le journal intime de la jeune fille assassinée à qui il donne le nom de l'oiseau. Je n'ai pas bien compris non plus l'importance de ce diaire qui motive tant d' assassinats. Apparemment il ne contient rien qui puisse justifier un tel carnage puisqu'aussi bien le jeune homme lui-même choisit de mourir pour cela. Je veux bien qu'il y ait une connotation amoureuse voire sexuelle dans ce concept, avec tout ce qu'on peut y mettre de frustrations, mais j'avoue que cela m'échappe un peu. M'a échappé aussi l'importance de ce document, apparemment anodin, pour le commanditaire de cette tuerie. Ces homicides sont présentés comme des « crimes parfaits » en ce sens qu'Urbain n'est jamais inquiété ni recherché par un quelconque policier. De plus Urbain commet ses actes sans laisser de traces avec une technique présentée comme infaillible pour les éventuels enquêteurs, d’ailleurs absents, mais il est vrai que je ne suis pas adepte de ce genre de meurtres pour en goûter pleinement l'intérêt. Je veux bien que nous soyons dans une fiction mais il faut qu'elle soit quand même vraisemblable.
Ce qui m'a gêné aussi c'est la relative absence des personnages secondaires qui, m'a-t-il semblé, ne font ici que de la figuration. J'aurais aimé qu'ils fussent plus présents , plus analysés dans leur comportement. Le changement de prénoms du narrateur, au gré de ses « emplois », accentue l’impression de dépersonnalisation du personnage principal. La dissertation autour de la mort de l'oiseau, de l'enfouissement symbolique de son corps dans un cimetière parisien et du sentiment de retour à la vie éprouvé par Urbain, les fantasmes que la jeune fille assassinée et son cahier qualifié de « rince-âme » suscitent chez le jeune homme m'ont cependant paru une piste intéressante, malheureuse un peu délaissée par l'auteur. J'ai été déçu par cette histoire d'amour un peu bizarre, cet attachement « post-mortem » à cette jeune fille qu'il vient de tuer mais qui apparemment le fascine toujours à travers les mots de son journal. Le laconisme de la quatrième de couverture[« C'est une histoire d'amour dont les épisodes ont été mélangés par un fou »] avait pourtant tout pour susciter mon attention et mon intérêt.
Je suis peut-être encore une fois passé à côté d'un chef-d’œuvre mais j'ai franchement été déçu par la lecture de ce roman. C'est malheureusement l'impression coutumière que je ressens à la lecture des œuvres d'Amélie Nothomb qui est pourtant un écrivain à succès.
©Hervé GAUTIER – Janvier 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com
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ATTENTAT
- Par ervian
- Le 09/01/2015
- Dans Amélie Nothomb
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N°851 – Janvier 2015
ATTENTAT - Amélie Nothomb – Albin Michel (1997)
L'auteur met en scène deux personnages que tout oppose. D'une part Épiphane Otos, un jeune homme de 29 ans qui n'a jamais connu l'amour, d'une laideur repoussante mais riche de sensibilité et Ethel, une jeune comédienne d'une fascinante beauté. Bien entendu Épiphane lui voue un amour sans borne. C'est sa chance que cet incroyable hasard mette sur sa route une telle femme qui, contre toute attente sans doute, ne le repousse pas. Grâce à elle il transforme ce défaut définitif en qualité, risque ce que sans elle il n'aurait jamais oser et devient top-modèle. Bien entendu Épiphane garde secrète cette attirance pour sa bien-aimée, la transformant en amitié, en complicité et même en une sorte de fraternité avec elle. Malgré cela, Ethel s 'amourache d'un peintre connu, accréditant peut-être l'idée que la laideur est quand même un frein et la normalité un aimant.
C'est l'occasion pour Amélie Nothomb, non seulement de faire référence à de nombreux ouvrages culturels et notamment, on s'en serait un peu douté, à propos d’Épiphane, à Quasimodo(puis à Cyrano de Bergerac) et à Esmaralda à propos d'Ethel, mais aussi de disserter sur la norme. Qu'est ce que la beauté, comment varient ses critères dans le temps, quel rôle joue-t-elle dans la société, comment le regard des autres influe-t-il sur notre comportement, a-t-on le droit de se moquer de la laideur au seul motif qu'elle ne correspond pas aux critères sociaux ? Peux-t-on, dans une société qui se dit évoluée, repousser de la collectivité ceux qu'on juge laids, les cantonner dans une sorte de microcosme où l'amour leur serait interdit ? C'est aussi une occasion donnée au lecteur de se remettre en cause sur la perception du monde qui nous entoure et notamment sur l'art. Ces questions font débat et il n'est pas inutile de les remettre à l'ordre du jour.
C'est le cinquième roman d'Amélie Nothomb. Comme d'habitude, je l'ai trouvé agréablement écrit et donc facile à lire. C'est émouvant cette relation platonique et cette amitié entre un homme et une femme qui ne se transforme pas en passade ou en liaison amoureuse. Je note que malgré tout Ethel, malgré sa complicité et son amitié pour Épiphane, ne répond pas à son amour. Lui, rendu timide, craintif à cause de cette laideur, garde secret cette attirance et la regarde partir, seulement capable de la lui avouer à distance et par fax. L'amour, nous le savons est une chose fragile et le faire rimer avec toujours est un leurre. Je lis les romans d'Amélie Nothomb avec une certaine circonspection, je les trouve inégaux et si je fréquente son univers créatif c'est davantage parce qu’elle est un auteur à succès que dois avoir lu pour en parler que par réel plaisir. Pourtant, ce livre pris au hasard sur les rayonnages d'une bibliothèque m'a parlé sans doute plus que les autres. Je me trompe peut-être mais le personnage d’Épiphane a retenu mon attention non seulement parce qu'il idéalise Ethel mais aussi parce qu'il en a peur au point de la laisser partir avec un autre et de choisir une solution définitive. Sa notoriété passera comme passent toutes les choses humaines mais sa laideur elle restera toute sa vie et il la portera comme une croix. A cause d’elle il regardera passer des femmes belles et désirables mais aucune ne lui fera l’aumône d'un regard et il en souffrira. Il est pourtant, comme la plupart des hommes, attiré et même fasciné par la beauté des femmes mais il y aura toujours cette disgrâce qui l'empêchera de parvenir à ses fins. Il aura ainsi toute sa vie la certitude de n'exister pour personne et n'aura que la force de confier cela au papier, c'est à dire en vain, faute de pouvoir le faire de vive voix. De toute manière il restera sur un échec à l’image de l'épilogue de ce roman.
©Hervé GAUTIER – Janvier 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com
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LE MYSTERE PAR EXCELLENCE
- Par ervian
- Le 07/01/2015
- Dans Amélie Nothomb
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N°850 – Janvier 2015
LE MYSTERE PAR EXCELLENCE - Amélie Nothomb – Le grand livre du mois (1999)
Par goût personnel, j'aime beaucoup la nouvelle et j'ai toujours pensé que le talent d'un auteur s'y exprime plus que dans un roman classique. J'ai donc ouvert ce livre avec mon habituelle envie de ressentir une nouvelle fois le plaisir de lire. Après tout même si l'intrigue n'a rien d’exceptionnel elle peut donner à l’écrivain l'occasion de faire dans l’original et pourquoi pas dans le style. Après tout, la littérature peut aussi être le reflet de la vie quotidienne et l'amour est un des thèmes classiques si souvent traité. Alors pourquoi pas ?
Manuel et Jacques sont amis d'enfance. Manuel, un célèbre avocat bruxellois, est tombé éperdument amoureux d'Hélène et, évidemment Jacques est curieux de cette jeune fille qu'il imagine belle, brillante, bref à la mesure de cet ami très courtisé et, il faut le dire, franchement Don Juan. Sauf que, contrairement à ce qu'en dit son ami, elle n'est rien de tout cela, qu'elle est d'une banalité affligeante, qu'elle n'a rien de ce dont Jacques a imaginé et, pire peut-être, elle n'aime pas Manuel ! Voilà donc le thème de cette intrigue qui constitue un « mystère » et la nouvelle va donc développer cette lutte entre deux êtres, ce schéma amoureux dont je me suis dit que Amélie Nothom allait tirer une histoire d'autant plus passionnante qu'à priori elle n'avait rien d'original. Après tout un homme qui aime une femme qui ne l'aime pas, quoi de plus courant ! D'autre part, je n'ai qu'une piètre expérience de ce genre de relations, je connais sans doute autant que les autres les arcanes de l'esprit des hommes et les mystères de la passion quand elle l'anime, l'aveuglement amoureux étant une chose somme toute ordinaire, quant la beauté des femmes qui vous font perdre la tête, c'est une situation plutôt commune, je m'attendais donc à de l'inédit !
Las il n'en fut rien. Le lecteur a droit à tous les poncifs ordinaires sur le temps qui fane la beauté, qui modifie le caractère, sur l'amitié qui explose devant la beauté d'une femme, sur le regard qu'on porte sur quelqu'un qu'on aime et sur les qualités qu'on lui attribue largement et qui ne manqueront pas, avec le temps de se révéler comme un leurre, sur le malaise qu'éprouve chacun d'entre nous quand on se sent jugé. Je ne parle pas de l'hypocrisie qui entoure ce genre de circonstances, les tentations auxquelles on ne manque pas de succomber avant qu'elles ne s'éloignent, les trahisons et les brouilles qui en résultent. Quant aux aveuglements que provoque l'amour, je préfère ne pas en parler !
Le style est ordinaire, sans grande originalité. Il caractérise les romans d'Amélie Nothom qui ont au moins l'avantage de se lire facilement. Au milieu de cet océan de lieux communs j'espérais au moins que l'épilogue serait différent, qu'il manifesterait ce qui fait le talent d'un auteur : étonner son lecteur. Là aussi, ce fut la déception...malgré la citation de Chardonne !
©Hervé GAUTIER – Janvier 2015 - http://hervegautier.e-monsite.com
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TUER LE PERE
- Par ervian
- Le 29/12/2014
- Dans Amélie Nothomb
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N°849 – Décembre 2014.
TUER LE PERE – Amélie Nothomb – Albin Michel.(2011)
Cette expression évoque le « complexe d’Œdipe » selon lequel un garçon tombe amoureux de sa mère et n'a de cesse d'éliminer son père. La quatrième de couverture indiquant seulement « Allez savoir ce qui se passe dans la tête d'un joueur »ne m'en disait pas très long sur le thème du roman.
Joe Whip, quatorze ans, vit à Reno dans le Nevada, chez Cassandra, sa mère, une femme qui tient davantage à ses amants, nombreux et éphémères, qu'à son propre fils. Son père a d'ailleurs fait comme les autres, il a été abandonné par elle. Le garçon s’intéresse depuis toujours à la magie et il est même doué pour cela mais quand un nouvel amant vient se glisser dans le lit de Cassandra, il ne supporte pas le garçon. Pour être sûr de garder cet homme auprès d'elle, elle met son fils à la porte. Joe vivote grâce aux tours de magie, croise le chemin de Norman Terence qui va devenir son maître et son père spirituel et le garçon tombe éperdument amoureux de Christina, la très belle compagne de Norman, la jongleuse de feu. Le couple adopte l’adolescent qui mène dans son nouveau foyer une vie solitaire avec un seul objectif qui est aussi un espoir fou : posséder Christina. Il dut pour cela attendre l'âge de 18 ans pour réaliser son vœux le plus cher mais aussi perdre avec elle son pucelage.
J'observe que, malgré les mœurs très libres de ce « ménage » Joe perpétue quand même une trahison de son père adoptif en faisant l’amour à Christina. C'est effectivement une manière de le tuer que de lui prendre sa femme même si cela ressemble à s'y méprendre à une banale affaire d'adultère. Il me semble que Norman, qui aime Joe comme son fils et l'a élevé comme tel, ne méritait sans doute pas cela. Il est amoureux de sa compagne et désireux de la garder au point de décliner les nombreuses sollicitations féminines. Malgré cela, non seulement il est cocu mais cela ressemble aussi à une forme inceste. Christina quant à elle a peut-être l'excuse d'avoir été sous LSD au moment de cette étreinte. Peut-être, cependant puisque son ancienne appartenance à la communauté hippy a dû laisser en elle une empreinte pérenne. Norman laisse partir Joe à Las Vegas non pas comme magicien mais comme croupier, se libérant ainsi de sa présence et sauvant les apparences, tous les enfants du monde, même légitimes, quittent leurs parents pour faire leur vie loin d'eux. Ce faisant, il veut tourner une page avec sa compagne mais j'imagine mal leur vie commune, minée par une telle trahison. Il semble d'ailleurs qu'ensuite ils se séparent. Il va aussi amener Joe à dévoiler son vrai visage, celui de l'ingratitude si présente dans l'esprit humain.
J'avoue que je n'ai trouvé de l’intérêt à ce roman que dans les dernières pages avec une variation sur les relations père-fils, le reste du temps je me suis un peu ennuyé en me demandant où l'auteur voulait en venir, craignant une banale « happy-end ». Même si Amélie Nothom ne se départit pas de son style simple mais agréable à lire, je renoue quant à moi avec l'avis traditionnel que j'ai des romans de cette auteure. Ils sont très inégaux et celui-là, le 20° de la série, n'a que très tardivement retenu mon attention.
Amélie Notomb fait décidément partie des écrivains que je lis pour pouvoir m'en faire une idée et ainsi en parler mais très rarement par plaisir. Il se peut d'ailleurs que j'abandonne cette habitude, par lassitude !
©Hervé GAUTIER – Décembre 2014 - http://hervegautier.e-monsite.com
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Acide sulfurique
- Par ervian
- Le 28/12/2014
- Dans Amélie Nothomb
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N°848 – Décembre 2014.
Acide sulfurique – Amélie Nothomb – Albin Michel.(2005)
La télé-réalité est un produit moderne de la télévision, hérité des États-Unis qu'on n'est pas obligé d'aimer. On peut y voir une incursion acceptée dans la vie privée autant qu'une louable tentative de réconcilier des gens qui semblaient séparés à jamais, une exhibition malsaine ou un phénomène de société qui connaît un succès populaire sans précédent. Elle met en œuvre une compétition qui n'est pas autre chose que celle qu'on peut observer dans la vraie vie, révèle des talents, suscite des rencontres, génère des succès, des déboires, des échecs. Il n'est donc pas extraordinaire qu'un écrivain s’empare de ce concept pour le traiter à sa manière.
Le titre de ce roman évoque un liquide destructeur, le vitriol. La fin en donne toutefois une signification bien différente. Il met en scène, dans un futur lointain, un camp de concentration inspiré par la télé-réalité où des humains qui ont fait l'objet de rafles y mènent une vie déplorable. Non seulement ils y sont mal nourris, insultés et battus par des tortionnaires, les « Kapos », mais tous les jours ces derniers choisissent deux prisonniers qui seront tués devant les caméras. Pannonique, une belle jeune fille, est une de ces prisonnières et Zedna une de ces Kapos qui en est amoureuse. Avec ce rôle, Zedna qui est finalement une ratée, peut enfin se donner de l'importance et pour connaître le véritable nom de la prisonnière qui n'est pour tous qu'un numéro matricule (CKZ 114), mais aussi pour la posséder, elle transgresse la consigne et lui fait passer des barres de chocolat que la prisonnière partage avec ses compagnons d'infortune. Pire, elle n'hésite pas à précipiter dans la mort tous les prisonniers qui sont autour d'elle. En sauvant l'un d'eux, Pannonique prend donc au sein du groupe l'importance d'une véritable divinité qu'elle confirme d'ailleurs quand elle se glisse dans le rôle d'une victime expiatoire.
Comme il s'agit d'une émission de télévision à large audience, les caméras espionnent en permanence les kapos et surtout les prisonniers. Cela commence à dériver dans le sens du sordide et certains médias s'en indignent de sorte que de plus en plus de gens souhaitent la regarder. Non seulement personne ne réagit devant l'horreur mais, en quelque sorte, on ne redemande et les producteurs proposent au public de désigner lui-même les prisonniers qui seront mis à mort. Cela n'a pour effet que de faire exploser le sacro-saint audimat ! Je ne dévoilerai évidemment pas l'épilogue que je trouve surprenant, inattendu et même décevant, mais il se peut qu'une nouvelle fois je n'ai rien compris.
Ce roman est une fiction, certes, mais qui rappelle par bien des côtés les véritables camps nazis qui eux étaient une triste réalité. Certes la mise en scène qui nous est offerte ici est poussée à l'excès mais, toutes choses égales par ailleurs, j'y ai vu quelques ressemblances avec notre société actuelle qui, dans le monde du travail notamment (mais pas seulement) ne fait de cadeaux à personne. Notre société se caractérise bien plus souvent par la volonté de détruire son prochain que par celle de faire montre de la charité ou de la solidarité. L'auteure, qui reste maître du jeu et de son roman, donne à Pannonique un rôle de plus en plus important dans ce camp et par rapport aux autres membres du groupe à cause de l'amour qu'elle inspire à Zedna, ce qui fait de ce triste personnage du début quelqu'un qui, au fil des pages s'amende et devient plus humain. Les téléspectateurs eux-mêmes changent dès lors que cette série s'interrompt. J'espère qu'elle ne se trompe pas, mais franchement je n'en suis pas aussi sûr qu'elle, tant le voyeurisme, l'instinct grégaire, le caporalisme, l'abus d'autorité qui sont les composantes ordinaires de toute société et qui sont ici mis en évidence ne sauraient être regardés comme une simple vue de l'esprit.
Ce roman a d'ailleurs fait l'objet d'une polémique et rappelle dans une certaine mesure les expériences de Stranford et de Milgram qui mettent en évidence les pulsions sadiques et meurtrières qui caractérisent l’espèce humaine. Je n'ai pas beaucoup d'attirance pour les écrits d'Amélie Nothomb comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire dans cette chronique, je les trouve inégaux. Je dois préciser cependant que ce livre contient des pistes de réflexions intéressantes sur la culpabilité par exemple. J'ai apprécié les développements que fait l'auteur sur ce concept du divin même si ce costume est, à l'évidence, trop grand pour Pannonique malgré le contexte du camp qui est un véritable enfer. J'ai également goûté les développements que fait l'auteur sur le rôle que les hommes peuvent donner à Dieu, le tenant pour responsable des malheurs de ce monde et se donnant ainsi le droit de l'insulter. Le phénomène de l’émergence d'un chef par rapport au groupe (à travers le personnage de ZH 911)est également bien observé. La mise en évidence des capacités de résistance que l'être humain possède en lui (notamment la faculté de rire de tout ou d'opposer la beauté de la musique à la barbarie) est bienvenue. Quant au voyeurisme d'un public avide de sensations fortes, la preuve n'est plus à faire ! Elle a même esquissé une réflexion sur les relations qui peuvent exister entre l'écrivain et ses lecteurs. Malheureusement ces thèmes sont restés, à mon avis, quelque peu en friche. C'est peut-être dommage !
A l'évidence, l’auteure veut faire passer un message et pour cela use d'un style simple, sans fioriture, logique et même emprunt d'une certaine froideur mais néanmoins facile à lire. J'ai été quelque peu surpris par ce roman mais, celui-ci refermé, j'avoue avoir été interpellé par le sujet traité. Il est d'actualité à cause du concept de la télé-réalité mais surtout parce qu'il met en lumière des facettes détestable de l'espèce humaine qui ne demande qu'à se révéler.
©Hervé GAUTIER – Décembre 2014 - http://hervegautier.e-monsite.com
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Que serais-je sans toi ?
- Par ervian
- Le 27/12/2014
- Dans Guillaume MUSSO
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N°847 – Décembre 2014.
Que serais-je sans toi ? – Guillaume Musso-XO édtions.
Tout d'abord ce titre m'évoque un vers d'Aragon popularisé par la voix chaude de Jean Ferrat. L'auteur s'adresse à une femme pour lui dire tout son amour. Là aussi, il sera question d'une femme, une américaine, Gabrielle, 30 ans qui vit à San Francisco. C'est aussi un roman d'amour puisqu'elle aime deux hommes, son père d'abord, Archibald Mc Lean qui fait profession de voler des tableaux de maîtres et Martin Beaumont, un jeune ex-capitaine de police qui a été, dans une autre vie, son premier amour de jeunesse. On l'aura compris d'emblée le premier sera l'objet de la part du second d'une traque constante.
L'auteur balade son lecteur dans la vie respective de chacun des protagonistes et ce jusque dans les moindres détails pour montrer combien chacun d'eux est lié à l'autre, Martin, ex-flic malin mais marginal et spécialiste de la peinture qui a connu et aimé Gabrielle au moment de sa jeunesse, Archibald, sorte d'Arsène Lupin flamboyant mais solitaire. Quant à Gabrielle, elle fait l'objet, malgré son âge de toutes les attentions de la part de cet homme qui se révèle être son père, mais pas seulement puisqu'elle fait aussi d'autres rencontres inattendues. Elle reste le personnage central de ce roman, une sorte d'être à la fois modérateur et amplificateur suivant la façon qu'on a de lire ce texte. Elle est aussi le catalyseur de l'amour intact que lui porte Martin, et ce malgré treize années de séparation et l'objet de toutes les attentions d'Archibald, d'autant plus qu'il ressent à son endroit de la culpabilité et la nécessité de rattraper le temps perdu si cela peut encore se faire parce que la maladie le guette.
Ce drame qui se veut cornélien a des accents de déjà vu et n'est guère original. Pourtant l'auteur avoue avoir voulu écrire un roman optimiste même s'il met en évidence la lutte que se livrent ceux qui, au contraire devraient s'aimer. Certes il nous fait partager sa passion pour la peinture, celle des Impressionnistes comme celle de Picasso ou de Soulanges, nous entraîne de la France aux États-Unis. Tout cela ne pouvait, à titre personnel, que retenir mon attention, Paris et de San Francisco étant deux villes qui, dans mon univers personnel, sont emblématiques. La troisième partie, en revanche, m'a laissé un peu dubitatif puisqu'elle se déroule dans un lieu énigmatique, sorte de zone de transit d'un aéroport où la vie et la mort se conjuguent. Ce n'est pas parce que nous sommes dans une fiction que l'histoire doit devenir invraisemblable. Cet épilogue m'a en effet paru à la fois surréaliste, irréel et chargé de moins d'intérêt que le reste, c'est une dissertation un peu usée entre Éros et Thanatos avec, évidemment des aphorismes surannés sur l'amour. Quant au happy-end qui conclut ce roman, cela me paraît un peu superficiel. C'est malheureusement sur cette dernière impression que se referme le livre.
C'est un thriller qui veut ménager le suspens jusqu'à la fin, avec de multiples rebondissements puisque cette dernière rencontre entre Martin et Archibald a pour enjeu le vol par ce dernier de « La clé du Paradis », un diamant célèbre par son prix et par sa taille mais qui pourrait bien porter malheur à qui le possède. Ce sera le couronnement de la carrière d'Archibald et bien entendu Martin se lance à sa poursuite puisque sa vie a été vouée à cette traque, restée vaine à ce jour. Bien entendu ce combat entre les deux hommes se déroule sous les yeux de Gabrielle, entre espoir d'avenir, exorcisme du passé et trahison.
Ce roman est écrit comme un polar, pas vraiment poétique mais agréable et facile à lire cependant. Cela doit tenir à moi, et je le regrette, mais ce roman est le deuxième que je lis de Guillaume Musso. Je n'arrive cependant pas à entrer complètement dans son univers créatif et je lis ses œuvres davantage pour m'en faire une idée et pouvoir en parler car c'est un auteur à succès, que par véritable plaisir.
©Hervé GAUTIER – Décembre 2014 - http://hervegautier.e-monsite.com
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Docteur Lapin et Mister Tigre
- Par ervian
- Le 26/12/2014
- Dans Akira HONMA
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N°846 – Décembre 2014.
Docteur Lapin et Mister Tigre – Akira HONMA.(Volume 1)-Taifu comics
Je ne suis pas familier des mangas aussi bien ce livre est-il déconcertant dès l'abord. Heureusement qu'il y a un avertissement, il se lit dans le sens de lecture originale japonaise, c'est à dire de droite à gauche, il faut donc le lire à l'envers de nos livres occidentaux traditionnels, en commençant par la fin ! Cela a été un peu déroutant pour moi mais je m'y suis rapidement fait. Il s'agit d'une édition originale publiée au Japon en 2009 et traduite. L'auteure, une femme dont je ne connaissais pas auparavant l'existence, se présente qu'une manière originale à son lecteur en lui donnant la date de son anniversaire, son signe astrologique et... son groupe sanguin ! Elle nous confie que ce manga est le 5° qu'elle publie et que cela n'a pas été simple. Elle a dû faite tomber pas mal d'obstacles et on devine aisément lesquels. Elle précise que le deuxième tome est encore inédit.
Cette bande dessinée se compose de trois histoires qu'il est inutile de résumer, « Docteur Lapin et Mister Tigre », « Ça s'écrit mensonge mais ça se lit vérité » et « Manhood child », déclinées sur le même thème, celui de l'homosexualité masculine. Après tout, pourquoi pas ? Je ne connais pas la société japonaise, ses habitudes, ses convenances mais j'imagine qu'elle ressemble un peu à la nôtre quand il s'agit de l'hypocrisie. L'homosexualité doit y être bannie ou sûrement dissimulée aux regards, tolérée peut-être comme chez nous même si elle y est de plus en plus admise, au moins officiellement. Ce n'est pas parce qu'elle n'est pas dans la norme qu'on doit la rejeter et cette sacro-sainte doctrine qui a été inspirée par la religion, les convenances sociales et les règles relatives à la procréation a, chez nous, quelque peu évolué ces derniers temps sur le plan de la loi, des coutumes et du changement des mentalités. Cette acceptation de l'autre, forcément différent, fait partie de la démocratie et être dans la norme sexuellement admise, une relation homme-femme, n'exclus évidement pas le mensonge, la trahison, l’adultère qui sont des composantes ordinaires de l'espèce humaine. Je ne suis pas, tant s'en faut, un spécialiste de l'homosexualité, ni même un amateur, je crois ne pas être homophobe non plus mais pour une fois que cette société basée sur le jésuitisme accepte de transgresser, sous la forme d'une œuvre rendue publique, un traditionnel interdit, ce n'est déjà pas mal. Il y eu certes des précédents célèbres par le passé mais ils se sont toujours accompagnés de protestations au nom de la morale et des bonnes mœurs.
J'ai finalement bien aimé ces trois histoires d'amour et j'attends le 2° tome qui je pense me plaira, autant pour le graphisme si particulier des mangas que pour l'histoire déclinée tout en nuances et demi-teinte, plus subjective, qui laisse deviner les choses beaucoup plus qu'elle ne les montre et conjugue un texte minimaliste avec des dessins épurés. Les liens amoureux entre les partenaires masculins y sont montrés d'une manière subtile et ni la présence fortuite d'une femme ni même ses manœuvres ne réussissent à les perturber (« Ça s'écrit mensonge mis ça se lit vérité » - « Manhood Chlid »). La découverte de la mutuelle attirance qui existe entre Mr Tigre et Uzuki à la suite d'une méprise du premier sur le look androgyne du second est bien amenée.
©Hervé GAUTIER – Décembre 2014 - http://hervegautier.e-monsite.com
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LA PLACE DE L'ETOILE
- Par ervian
- Le 23/12/2014
- Dans Patrick MODIANO
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N°845 – Décembre 2014.
LA PLACE DE L'ETOILE - Patrick Modiano – Gallimard.
Le livre s'ouvre sur une histoire juive mise en exergue, un officier allemand demande à un jeune homme où se trouve la Place de l’Étoile et ce dernier pointe son doigt sur le côté gauche de son veston. Je me suis dit que nous allions avoir droit au thème de la Shoah puisque l'écriture de Modiano se nourrit de sa mémoire et donc des évocations de de ses origines familiales. Je m'attendais à un réquisitoire en faveur des juifs, à une révolte contre l'extermination nazie ou les pogroms qui ont émaillé l'histoire de ce peuple. C'est en fait tout le contraire puisque le roman présente une auto-caricature, celle de Raphaël Schlemovitch qui est aussi le narrateur. Il se charge de reprendre à son compte, en noircissant le trait, les poncifs ordinaires sur le sujet en n’oubliant pas de citer des écrivains anti-sémites et de répondre à leurs pamphlets. C'est un paradoxe mais il se définit lui-même par ces mots «Raphaël Schlemovitch, un juif anti-sémite » mais aussi un proxénète pourvoyeur de bordels brésiliens, un agent de la Gestapo, un juif officiel du III° Reich, l'amant d'Eva Braun...
Le livre refermé j'ai certes retrouvé ce qui fait la spécificité de l’œuvre de Modiano, sa jeunesse déchirée par une vie parentale en pointillés, la présence en filigranes de son père, de ses origines sémites. Avec lui il a entretenu des rapports énigmatiques et compliqués. J'ai lu ce roman comme une relation décousue, hallucinatoire. L'auteur y expose d'une manière délirante des vies qui pourraient être les siennes, s'invente des identités contradictoires, alternativement martyr, hâbleur, riche, intellectuel, dandy, collabo... mais toujours dans un amphigouri verbal, une sorte de fresque un peu surréaliste composée par petites touches comme l'aurait fait un peintre sous l'empire de quelque drogue ou d'une over-dose de douleur ou de désespérance. Pour faire bonne mesure, il convoque une galerie de portraits plus ou moins réels, à la fois fantomatiques et inquiétants, fait montre d'une grande érudition littéraire, ce qui peut-être un peu agaçant et emploie un délire verbal, un langage parfois inquiétant, qui certes ne me dérange pas mais que je n'ai pas retrouvé dans les nombreux romans qui suivront. On peut lire dans cette fiction la marque d'un esprit torturé dont l'aventure se termine dans une clinique du Docteur Freud mais aussi, pourquoi pas, comme les tribulations imaginaires d'un mythomane. Je n'ai peut-être rien compris mais tout cela m'a paru extrêmement superficiel, inutilement provocateur, assez peu digne d'intérêt, bien écrit, certes mais j'ai poursuivi ma lecture davantage par curiosité pour connaître l'épilogue et parce que c'est Modiano, que par réel plaisir pour la lecture.
Après une trentaine de romans, une pièce de théâtre, des scénarios, des essais et des chansons, celui qui deviendra Prix Nobel de Littérature en 2014 commence ici sa quête autobiographique au travers de la mémoire. Ce roman, paru en 1968, est le premier de Patrick Modiano, honoré par le Prix Féneon et le Prix Roger-Nimier qui récompensent un jeune auteur(il a en effet une vingtaine d'années à la publication de cet ouvrage). Il faut sans doute se remettre dans le contexte de l'époque mais il est possible que ces distinctions aient voulu célébrer un langage et un discourt nouveaux, pleins de contestation comme cette époque en était friande. C'est peut-être une vue de mon esprit mais j'y ai perçu, par moments, des accents d'une douloureuse rébellion célinienne.
Depuis longtemps cette chronique célèbre l'écriture et la quête de Modiano qui fait partie de mes auteurs préférés. Pour autant, je n'ai rien d'un thuriféraire et j'ai trouvé ce roman déconcertant. Certes, c'est le premier d'une longue série mais je n'ai pas ressenti ici le plaisir coutumier que j'ai toujours éprouvé à la lecture de cet auteur. Ce livre est déroutant et ce n'est pas son récent Prix Nobel de littérature qui me fera dire le contraire.
©Hervé GAUTIER – Décembre 2014 - http://hervegautier.e-monsite.com
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PAS PLEURER
- Par ervian
- Le 21/12/2014
- Dans Lydie Salvayre
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N°844 – Décembre 2014.
PAS PLEURER - Lydie Salvayre – Le Seuil – Prix Goncourt 2014.
Étonnant roman où se mêlent les voix de Georges Bernanos, écrivain catholique, royaliste, militant de l'Action française et résident temporaire aux îles Baléares au moment où éclate la Guerre civile espagnole et celle de Montse, la mère de la narratrice, âgée de 15 ans à l'époque. Bernanos, contrairement à ce qu'on pouvait attendre de lui, stigmatise avec colère les massacres aveugles perpétrés par les franquistes et dénonce le silence complice de l’Église espagnole bien plus inspirée par l'allégeance à ce pouvoir que par le message de l’Évangile. Montse, appartenant à une famille pauvre de cette Espagne ancestrale et rétrograde, gouvernée par les notables possédants et bénie par l’Église, est en réalité le personnage central de ce livre. Sa voix est claire, joyeuse et grâce à l’avènement de la République, elle découvre avec naïveté et utopie la liberté toute nouvelle et la remise en question de cette société qui va, mais pour un temps seulement, être bouleversée par la création de communes libres.
Nous sommes dans un roman et j'ai apprécié aussi que l'auteur contrebalance, parfois avec humour, l’horreur au quotidien par une histoire d'amour. Montse connaît le « grand amour » éphémère comme la guerre sait en créer mais qu'un mariage arrangé ne saurait éteindre. Elle se prête pourtant à une mésalliance par convenance sociale et familiale mais surtout pour éviter un scandale, une sorte de gâchis que seule la naissance d'un enfant réussit à transformer. J'ai choisi de voir dans cette passade et surtout dans cette naissance, même si elle est immorale, une sorte d'antidote à toute la violence qui a baigné cette époque de guerre, qui a opposé jusque dans la mort les membres d'une même famille au nom d'idéologies différentes.
Le guerre civile espagnole a été l'inspiratrice de nombreuses œuvres artistiques parce non seulement elle a été le théâtre d’atrocités de part et d'autre, parce qu'elle a servi de laboratoire à la deuxième guerre mondiale mais surtout parce qu'elle a correspondu à un espoir de liberté et de démocratie pour un peuple opprimé. Malheureusement, la dictature franquiste a interrompu brutalement et durablement cet élan. Dans ce roman j'ai lu toute cette révolte à travers le personnage de Montse.
C'est peut-être une vue de mon esprit mais j'ai lu dans ces pages des accents céliniens. Ce n'est pas seulement parce que l'auteure emploie le « frangnol », sorte de sabir que parlait sa mère à son arrivée en France et qui constitue à mes yeux la manifestation sémantique de sa révolte par la création d'un nouveau langage, un peu comme le faisait Céline usant de l'argot, mais aussi parce ces phrases sont souvent laissées en suspens, sans ponctuation (contrairement à Céline qui usait beaucoup du point d'exclamation) comme on le fait dans le langage courant en interrompant son propos pour en modérer la violence. Parfois les phrases sont d'une longueur démesurée et j'y vois là aussi la marque de cette indignation ainsi manifestée.
Il y a une galerie de portraits qui caractérise cette société composée de riches et de pauvres, ces derniers, partagés entre les idées nouvelles d'émancipation et ceux qui, malgré leur condition d'esclaves, souhaitaient n'y rien changer. José, le frère de la narratrice est convaincu par les idées nouvelles tandis que Diego, mari d'occasion de Montse mais profondément amoureux d'elle, choisit de bouleverser cet ordre social ancestral et d'endosser une paternité pour laquelle il sait être étranger. Tous les deux sont en opposition l'un avec l'autre autant qu'ils sont en rupture avec leur milieu social auquel ils souhaitent échapper. Les personnages ainsi croqués évoquent l'Espagne de cette époque troublée mais aussi l'espèce humaine dans tout ce qu'elle a de grandeur et surtout de petitesse.
Cette guerre que je n'ai pas connue m'a toujours passionné, je ne saurais dire pourquoi, peut-être à cause du mouvement général qu'elle a suscité, surtout dans les brigades internationales pour la défense de la liberté et contre le fascisme, peut-être parce qu'elle a contribué,comme toutes les autres, à révéler ce qu'il y a de pire dans la nature humaine, peut-être aussi parce qu'elle a montré une nouvelle fois toute l'hypocrisie du Vatican qui se révélera derechef pendant la deuxième guerre mondiale à propos de l’extermination des juifs que Pie XII feindra d'ignorer. La hiérarchie catholique espagnole ne sera pas en reste qui bénira la dictature de Franco et surtout l'accompagnera autant pour la légitimer et l'asseoir que pour en recueillir les prébendes.
Alors, quid du titre ? Les circonstances historiques inclinaient plutôt à la tristesse voire aux larmes pourtant, j'ai goûté le ton de ce roman fort bien écrit et fort richement documenté, plein d'analyses et de remarques pertinentes, alternant humour et pathétique. « Ici on fusille comme on déboise » écrivait Antoine de Saint-Exupéry, journaliste dépêché en Espagne avant qu'il ne soit l'écrivain-pilote que nous aimons. Effectivement, aux exécutions sommaires perpétrées par les fascistes succédèrent celles des communistes jusque dans leur propre camp et contre leurs alliés anarchistes. Les exactions et la défaite militaire précipitèrent les vaincus en France, pays des droits de l'homme et de la liberté qui les accueillit pourtant si mal. Nous savons tous que les larmes ne servent à rien et surtout pas à exorciser le deuil, le chagrin, la colère, la souffrance. Face au monde qui s'effondre et à celui, fasciste, totalitaire qui se met en place dans un pays déchiré, l'auteur oppose l'amour fou de Montse pour un inconnu de passage, celui plus effacé mais sincère de Diego puis celui, enfin, que suscite un enfant qui réconcilie tous les membres de cette famille disparate et anachronique.
L'abandon des idéaux surtout politiques qui ne résistent pas longtemps à l'hypocrisie et à l'opportunisme des hommes et leur lâcheté, leur haine et leur oubli ne valent pas non plus la peine qu'on en pleure. C'est là la marque de l'espèce humaine à laquelle nous appartenons tous. Le parcours de José qui tourne à la désillusion en est ici l'illustration, celui de Diego, différent mais quand même semblable témoigne de cette remise en question. Reste le destin de ces pauvres gens précipités dans un pays dont ils ne parlaient pas la langue, ne connaissaient pas les façons de vivre et qui devaient s'y adapter, alors « pas pleurer », peut-être, mais là je ne suis pas bien sûr et puis écrire est un exorcisme bien plus efficace sans doute que toutes les larmes. Dont acte !
J'ai souvent dit dans cette chronique et ailleurs que ce prix Goncourt qui consacre un écrivain et honore les lettres françaises avait souvent été attribué à des auteurs qui ne le méritaient pas. Après avoir lu ce roman passionnant, je ne réitérerai pas cette remarque et me félicite d'avoir croisé Lydie Salvayre que je ne connaissais pas auparavant et dont je poursuivrai assurément la lecture de l’œuvre .
©Hervé GAUTIER – Décembre 2014 - http://hervegautier.e-monsite.com
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N'oubliez jamais
- Par ervian
- Le 19/12/2014
- Dans Michel Bussi
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N°843 – Décembre 2014.
N'oubliez jamais - Michel Bussi – Presses de la Cité.
Le hasard fait partie de notre vie bien plus souvent que nous voulons bien l'admettre. Jamal l'apprendra à ses dépends.
Nous sommes en Normandie, pays de falaises et Jamal, jeune beur unijambiste a l'habitude d'y faire du cross en solitaire, malgré sa prothèse. Ce matin, lors de son entraînement, il aperçoit une écharpe rouge d'une grande marque qui traîne par terre. Il voit aussi une jeune fille suspendues dans le vide, habillée seulement d'une robe en lambeaux et, naturellement il lui porte secours à l'aide de cette écharpe qu'il lui tend, mais bizarrement elle refuse son aide et s'écrase sur les galets en contrebas. Il ne peut s'agir que d'un suicide mais les premières constatations révèlent qu'elle a été violée et étranglée, peut-être avec cette écharpe. Il se trouve que cette affaire est semblable à deux une autres exactement semblables qui se sont déroulées dans la région dix ans auparavant et qui n'ont jamais été résolues. Le violeur aurait-il frappé une autre fois à dix ans d'intervalle ? Il y a beaucoup de coïncidences troublantes ; et puis, tout accuse donc Jamal qui fait ce qu'il peut pour se défendre. Telle est le thème de ce thriller qui réserve au lecteur pas mal de rebondissements, de fausses pistes et même d'impasses.
Je ne suis pas sensible, mais ce qui a retenu mon attention ici, et que et que j'apprécie dans les romans policiers qu'il m'arrive de lire, est que cette intrigue n'est pas sanguinolente comme c'est souvent le cas dans ce genre de littérature.
Pourtant l'occasion était belle pour l'auteur de se livrer à une étude psychologique des personnages, d'instiller dans ce texte des caractères bien marqués… malheureusement il n'en est rien et l'épilogue est à la mesure de ces quelques 500 pages qui font un peu trop durer ce qui n'est pas forcément un plaisir de lire. Jamal est pourtant attachant mais il m'a semblé par moment qu'il était carrément paranoïaque ou que la folie s'installait dans cette intrigue au point qu'on s'y perd un peu dans les différentes manipulations et invraisemblances.
©Hervé GAUTIER – Décembre 2014 - http://hervegautier.e-monsite.com
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Un parfum d'herbe coupée
- Par ervian
- Le 14/12/2014
- Dans Nicolas DELESALLE
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N°842 – Décembre 2014.
Un parfum d'herbe coupée – Nicolas DELESALLE – Préludes.
J'ai l'habitude, avant de commencer un roman, d'en lire l'exergue. Ici, j'ai eu plaisir à retrouver une citation de Boris Vian tirée de « l'écume des jours » qui parle de la fiction.
Le livre s'ouvre sur les obsèques d'une grand-mère, celle du narrateur, Kolia, la quarantaine, journaliste, marié, père de famille. Est-ce l'émotion suscité par cet événement ou l’inextinguible envie de se constituer une descendance, l'auteur s'invente une arrière-petite-fille qui n'existe pas encore, Anna, et il se met à lui écrire. Nous sommes bien dans une fiction, n'est-il pas ? Il lui raconte sa propre vie en commençant par son enfance, ses billes, ses héros de bandes dessinées, ses fantasmes. Il redessine pour elle cette période bénie où on s'invente des panoplies de grands, des métiers qu'on n'exercera jamais, des merveilleuses folies qu'on n'aura plus et un compagnonnage avec un chien. Suit l'adolescence, ses questionnements, ses espoirs pour l'avenir, ses moments d'inconscience, d’incompréhension parfois, ses pitreries, ses plaisirs solitaires. Puis, c'est le collège, ses devoirs bâclés, ses incontournables heures de colle pour des potaches boutonneux, cossards et insolents. Il n'oublie pas non plus la longue liste des profs qui ont sévi dans sa scolarité. Ils ne sont souvent plus qu'un nom, parfois une image, souvent un fantôme, certains lui ont donné le goût des disciplines intellectuelles mais d'autres, plus nombreux, l'en ont carrément dégoûté. Il y a quand même la découverte des livres, et de la musique, les vacances sur la plage, les expériences avortées et éphémères, le sport et ses supposées valeurs, les relents de la première cigarette fumée dans les chiottes ; c'est mauvais mais c'est tellement bon de braver l'interdit, surtout devant les copains ! Et puis il y a ses regards appuyés portés sur les filles et souvent sous leurs jupes, pleins de timidité et de gaucherie, la voix qui mue, le corps qui se transforme... Puis c'est la première boom, la première cuite, le premier baiser, le premier chagrin d'amour qui sera suivi de nombreux autres, mais cela ce sera pour plus tard, on a le temps ! Puis viendront les souffrances, les vraies, celles qui ne s'effacent pas, qui creusent l'âme et bouleversent la vie, et avec elles la mort et les deuils surtout quand ils inversent le cours normal des choses. Ils font aussi partie de ce parcours, de cette existence qui n’est pas un long fleuve tranquille. Il aura bien le temps pour la paternité, la famille mais aussi pour les trahisons, la solitude, le mensonge, toutes ces choses qui font si intimement partie de l'espèce humaine qui n'est pas aussi bonne qu'on le dit. Et puis ce sera a vieillesse et l'ombre de la camarde, comme pour nous tous !
Nicolas Delesalle signe ici ce premier roman émouvant, poétique et humoristique dont j'ai apprécié les pages où je me suis parfois retrouvé. J'y ai découvert, malgré la différence de génération, un garçon avec qui j’aurais pu être copain ou peut-être concurrent, la vie est tellement mal faite ! J'ai aimé ce récit proustien fait de petites touches comme un tableau de Seurat qu'on apprécie surtout quand on le regarde avec un certain recul. C'est un lieu commun si souvent usé, nostalgique à souhait mais j'ai retrouvé avec plaisir cette jeunesse qui passe en laissant derrière elle ce « parfum d'herbe coupée » comme un souvenir heureux qu'on gardera longtemps parce qu'il porte en lui notre vie en devenir, l’angoisse d'une page blanche encore non écrite, l'inconnu qu'on voudrait bien anticiper. Le temps passe, oui et après, c'est la marque de cette condition humaine qui est notre point commun à tous et il n'y a surtout pas lieu de le déplorer. Nous ne sommes que de passage et pas forcément obligés de marquer notre époque. C'est comme cela et c'est très bien !
©Hervé GAUTIER – Décembre 2014 - http://hervegautier.e-monsite.com
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Ce sont des choses qui arrivent
- Par ervian
- Le 11/12/2014
- Dans Pauline Dreyfus
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N°841 – Décembre 2014.
Ce sont des choses qui arrivent. – Pauline Dreyfus - Grasset.
Le roman s'ouvre sur un enterrement, celui de la baronne Natalie de Sorrente dans ce Paris de février 1945. Pourtant, malgré les circonstances, on a quand même l'impression qu'on va passer un bon moment. C'est une de ces grandes cérémonies où se presse « le tout Paris », une église huppée de la capitale avec grand-messe, homélie sur l'arbre généalogique digne d'une grande famille, sur la vie qui est un don de Dieu et la mort qui est l'espérance de la vie éternelle, aussi belle sans doute que celle d'ici-bas puisque la défunte était « de la haute ». On ne coupe évidemment pas au grand deuil, à sa courte biographie, à l'évocation de son décès brutal et aux phrases convenues qu'on prononce dans ce genre de circonstances. Mais, remontons quelques années en arrière et spécialement cette période de l'occupation, sous la régence de Pétain, homme providentiel comme les aime tant en France et cette zone libre du sud du pays qui accueillit tant de gens fortunés que l'Allemagne nazie faisait fuir, comprenez les Juifs.
Pour cette frange de la population à laquelle appartient Natalie, la vie c'est avant tout la fête, la légèreté, la liberté, la morphine, les amants. Pour elle, la guerre n'est pas autre chose qu'un dérangement, l'obligation de quitter les mondanités parisiennes, une sorte d’ennui que ne parviennent pas à exorciser ni le climat doux, ni les rencontres de gens célèbres ni mêmes les passades amoureuses. Malgré les relations un peu distantes qu'elle entretient avec Jérôme, son mari, elle tombe quand même enceinte, « Ce sont des choses qui arrivent » s'est-on dit dans son entourage, même si la paternité de son époux était des plus hypothétiques. Il faut donc au plus vite rallier Paris même si les relations qui s'y tissent maintenant ressemblent fort à de la « collaboration mondaine ». Après tout Natalie a toujours été un peu rebelle et puis on ne se défait pas ainsi de ses habitudes !
L’antisémitisme actif de l'époque se fait sentir au jour le jour avec son cortège de dénonciations, d'étoiles jaunes, de rafles, là aussi « ce sont des choses qui arrivent »
Cette période n'est peut-être pas la plus propice mais Natalie, un peu par hasard, va en apprendre un peu plus sur ses origines. Ce sont des choses qui arrivent, mais quand même et il faut se méfier des certitudes surtout en matière de paternité. Pourtant, cela fait un peu désordre, même dans un arbre généalogique le mieux établi ! Cette révélation va bouleverser sa vie, susciter des questions de plus en plus nombreuses et parfois embarrassantes. Elle va même carrément changer d'attitude et je l'ai trouvée personnellement à la fois émouvante et responsable dans ce contexte.
J'ai aimé ce livre bien documenté et historiquement précis, écrit plaisamment avec beaucoup d'humour au début mais aussi d'humanité, de tragédie. Il illustre bien, s'il en était encore besoin, les facettes changeantes de cette espèce humaine que nous partageons tous.
©Hervé GAUTIER – Décembre 2014 - http://hervegautier.e-monsite.com
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LES SEPT COULEURS
- Par ervian
- Le 09/12/2014
- Dans Robert Brasillach
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N°840 – Décembre 2014.
LES SEPT COULEURS – Robert Brasillach – PLON.
Ce roman édité en 1939 manqua lui aussi de peu le Prix Goncourt. Même s'il n'est plus guère édité aujourd'hui à cause des prises de positions politiques de son auteur, il fait partie de ces œuvres qui ont manqué de quelques voix cette distinction prestigieuse mais qui sont restées dans la mémoire collective alors que le lauréat de cette année-là est, lui, demeuré dans l'anonymat.
Nous sommes à Paris en 1920 et Patrice et Catherine découvrent la capitale. Lui, professeur, est un peu désargenté, fréquente des hôtels miteux des restaurants populaires. Il se rend comme précepteur en Italie fasciste qu'il admire tout en gardant un contact épistolaire avec Catherine. Il va durer plusieurs mois. Lui est follement amoureux d'elle et souhaite l'épouser mais, désireuse de stabilité et de sécurité, elle se marie c'est avec un autre homme, François Courtet. Désespéré par ce chagrin d'amour, Patrice s’engage dans la légion étrangère et se bat au Maroc, alors sous protectorat français. A la fin de son engagement, à l'invitation d'un ex-légionnaire, il rejoint l’Allemagne nazie à laquelle il trouve beaucoup de vertus et travaille à la chambre de commerce française de Nuremberg. Il y vit une liaison passionnée avec une jeune allemande, Lisbeth. Lors d'un voyage en France, il reprend contact avec Catherine qu'il veut reconquérir. C'est l'époque de la Guerre civile en Espagne et François, autant par idéal politique fasciste que doutant de la fidélité de son épouse, s'engage aux côtés de Franco et participe à la défense de l’alcazar de Tolède, bataille pendant laquelle il est blessé. Catherine finit par le rejoindre.
Ce roman est placé tout entier, en quelque sorte, sous le patronage de Corneille et plus spécialement de « Polyeucte », une tragédie dont certains vers se retrouvent en exergue de tous les chapitres. Cette pièce évoque un sujet religieux et plus spécialement le martyre d'un personnage converti au christianisme, intervenu au III° siècle après Jésus-Christ, lors des persécutions contre les chrétiens. Cette référence, dans le contexte du roman de Robert Brasillach [1909-1945] n'est pas, on le voit bien, un simple exercice de style de la part d'un intellectuel. Le contexte chrétien de la pièce de Corneille est remplacé par le fascisme. C'est aussi un roman d'amour où, tout comme dans la pièce de Corneille, Catherine renonce à Patrice pour l'amour plus stable et plus sûr de François. Techniquement, Brasillach alterne récits et correspondances, journal et réflexions intérieures. Il s'en explique brièvement dans le prologue, revendiquant la liberté dans ce domaine [« On a tenu pour des romans, au cours des siècles, des récits, des fragments de journaux intimes, des ensemble de lettres, des poèmes, des constructions idéologiques...des dialogues comme ceux qui furent à la mode avant guerre. »]. Le titre peut poser question. Brasillach structure son roman en sept chapitres où se mêlent effectivement diverses formes de narration. Fait-il référence aux couleurs de l'arc-en-ciel qui est lui-même un symbole, celui d'un pont entre deux mondes, un chiffre sacré ? L'auteur a-t-il voulu composer ici une œuvre sur le passage de l’adolescence à l'âge adulte, une sorte d'écrit initiatique d'adieu à la jeunesse ? La symbolique de la lumière initialement blanche (pureté ?) décomposée en sept tonalités chromatiques par le prisme du temps ou de l’expérience peut évoquer cet abandon d'illusions, de certitudes, de fantasmes liés à la jeunesse ? Pourquoi pas ! En tout cas, en 1948, son beau-frère, Maurice Bardèche, écrivain négationniste et fasciste, fonda une maison d’édition qui porta le nom de cette œuvre. Son but était de redonner la parole aux écrivains nationalistes et collaborationnistes que l’épuration avait fait taire.
A titre personnel, je me suis toujours demandé comment un tel serviteur zélé de notre belle langue française, de sa culture a pu se fourvoyer ainsi dans les dérives de la collaboration et dans sa participation à « Je suis partout ». Je n'ai évidemment pas su, à ce jour, répondre à cette question mais il fut fusillé en 1945 malgré une pétition générale d’écrivains en sa faveur.
C'est un roman de facture originale dont la structure de la phrase est cependant classique. Il est, agréable à lire, poétique aussi surtout, à mon avis, dans la partie « discours » de cette œuvre. L'auteur était en effet un intellectuel, normalien, un écrivain qui a fait honneur à notre langue.
©Hervé GAUTIER – Décembre 2014 - http://hervegautier.e-monsite.com
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Mort à crédit
- Par ervian
- Le 07/12/2014
- Dans Louis-Ferdinand CELINE –
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N°839 – Décembre 2014.
Mort à crédit - Louis-Ferdinand CELINE – Gallimard.
« Voyage au bout de la nuit », le premier roman de Céline qui avait manqué de peu le prix Goncourt fut cependant un succès. Dans sa quête de mémoire, l'auteur choisit de nous livrer son enfance mais Bardamu qui avait été le personnage central du « Voyage » perd son nom mais se prénomme toujours Ferdinand. Cela n'en est par moins un roman autobiographique mais où il choisit des épisodes particuliers en leur donnant une dimension dramatique et en en bouleversant la chronologie. Il commence par évoquer son rôle de médecin, puis, assailli par la fièvre replonge dans son enfance et son adolescence, celles d'un fils de boutiquier parisien des année 1900, marquées par l'échec au niveau familial et professionnel. Son père, Auguste, est employé de bureau chez un agent d'assurances et sa mère Clémence ouvre une boutique de dentelles dans le « Passage des Bérésinas». Leurs relations sont difficiles et parfois violentes. Il insiste sur cette « Belle époque », qui ne l'a pas été pour tout le monde et spécialement pour les petites gens guettés par l'endettement et finalement par la misère. Le progrès technique qui caractérise ces années ne leur profite pas. Et lui de conclure que vivre c'est acheter sa mort à crédit, ce qui donne son titre au roman.
Le style est à peu près semblable à celui du « Voyage » fait de points de suspension, de phrases parfois hachées ou laissées en suspens qui veulent sans doute évoquer le délire qui a caractérisé sa manière de s’exprimer. Quant aux descriptions, elles ont plus élaborées mais prennent parfois une dimension scatologique et nauséeuse. Elles sont insistantes et parfois dérangeantes. L'argot, quant à lui est toujours présent mais le délire verbal, les propos de l'auteur parfois obscènes autours du sexe reste sa caractéristique, un peu comme une obsession..
Les personnages sont des inadaptés, des gens qui vivent en dehors de leur époque, ses propres parents d'abord mais aussi le père Gorloge, M. Merriwin, Roger-Martin Courtial des Pereires, inventeur farfelu et un peu escroc. L'oncle de Céline, Édouard qui lui vient en aide à plusieurs reprises et Caroline, la grand-mère de Céline représentent pour l'enfant une manière de s'échapper de ce contexte familial difficile. L'école ne réussit guère au jeune Ferdinand qui accompagne sa mère sur les marchés. Il devient ensuite commis puis employé chez le bijoutier Gorloge mais malheureusement pour lui cela tourne mal. Son séjour en Angleterre, chez les Merriwin est aussi un échec et l'ambiance délétère qui règne chez ses parents à cause de la misère qui s'y installe détermine son oncle Édouard à recevoir Ferdinand chez lui. C'est grâce à lui qu'il rencontre Courtial, génial inventeur mais complètement marginal et dont l'expérience d'agriculture tellurique tourne au fiasco. Son séjour chez lui quelque peu chaotique se termine par le suicide de son protecteur, le retour de Ferdinand à Paris et son engagement dans l'armée. On peut y voir une référence à son premier roman de même que son évocation de son rôle de médecin.
La mort est omniprésente dans ce texte, celle de Mme Berenge, celle de la grand-mère, le suicide de Nora Merriwin et celui de Courtial. Il y a aussi de la vie, à travers les expériences sexuelles décrites par Céline ce qui en fait un roman différent du « Voyage ». Le texte évoque l'immense malheur du monde et le lecteur a l'impression que la vie de Ferdinand est un cauchemar tout juste adouci par son séjour chez les Courtial et par la présence de son oncle.
Comme toujours chez Céline, la relation est un peu décousue. Il fut beaucoup moins bien accueilli que « Voyage au bout de la nuit », fit scandale et subit même des censures, ce qui perturba Céline qui y vit une injustice. Il a sans doute voulu parler en le grossissant du malheur de l'humanité mais la dimension sexuelles du texte a sûrement dérangé le lectorat de l'époque et choqué la morale publique. Ferdinand est un personnage souffrant, victime de la malchance..
Je reste fasciné par le verbe de l'auteur, « cette petite musique célinienne »par sa compassion pour la misère humaine. Derrière les anecdotes, j'y ai surtout lu un profond désespoir. Ce roman publié en 1936 est le premier d'une trilogie autobiographique qui se poursuivra par « Casse-pipe » , inachevé, et « Guignol's band ».
©Hervé GAUTIER – Décembre 2014 - http://hervegautier.e-monsite.com
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Louis-Ferdinand CELINE
- Par ervian
- Le 02/12/2014
- Dans Louis-Ferdinand CELINE –
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N°838 – Décembre 2014.
Louis-Ferdinand CELINE – Maurice Bardèche – La table ronde.
S'il existe dans la littérature française un personnage qui dérange autant qu'il fascine, c’est bien Céline. A travers l'histoire de cet homme devenu médecin puis écrivain après avoir été maréchal-des-logis, on devine la désillusion qui a été la sienne tout au long de sa vie. Le regard qu'il porte sur les choses et surtout sur les gens nous donne à voir un champ de ruines. La relation qu'il fait de sa vie qui est aussi un voyage et surtout la trame de son œuvre, est unique. On est loin du style de ses contemporains, classique et volontiers policé, rien à voir avec celui de Mauriac par exemple, mais c'est une sorte de musique écrite dans un vocabulaire des faubourgs, plein de spontanéité et parfois même d’obscénité. Pourtant, il est de ces écrivains qui, de leur vivant ont écrit leur propre légende, nécessairement déformée.
Maurice Bardèche [1907-1998] dissèque brillamment et présente d'une manière pédagogique l’œuvre de Céline et son évolution. Il montre comment, à partir de son engagement, de la guerre de 1914, le maréchal-des-logis Destouches est devenu l'écrivain Louis-Ferdinand Céline. « Voyage au bout de la nuit », son premier roman qui manqua de peu le Goncourt, introduit cette prise de conscience. Les écrits qui suivront montreront l'évolution et parfois les dérives de cet auteur devenu un déçu puis un révolté. La blessure par balle du sous-officier qu'il était et qui finira par être réformé n'avait rien à voir avec le cuirassier chargeant et sabré dans un affrontement guerrier comme l'image d’Épinal officielle l'a montré.
Maurice Bardèche confesse à l'issue de cette étude avoir été étonné par Céline, et pas forcément à l'avantage de ce dernier. Il décrit sans concession son parcours, l’œuvre qui en est résulté mais aussi le côté affabulateur, geignard, hâbleur du personnage le révélant à la fois génial écrivain, un magicien du verbe plein d’imagination, mais aussi obsédé, contradictoire, menteur, utopique parfois, ce qui a fait de lui un incompris qui a été longtemps rejeté, marginalisé. Bref, une sorte de Janus, un peu comme nous tous d'ailleurs. Il note que derrière son langage parfois ordurier tinte une musique triste parce qu'il dénonce la nature humaine qui n'est pas aussi bonne que beaucoup de philosophes ont tenté de nous le faire croire. Vers la fin de sa vie il donnait de lui une image détestable. Ainsi se devine l'autre Céline, celui qui se défend contre les hommes. Cela fit de lui une sorte de paria qui se protégea lui-même tout en croyant à son talent d'écrivain. A la fois révolté contre les hommes, il est aussi le dénonciateur de leur hypocrisie et parfois de leur hystérie, de leur capacité de nuisance qui les mène inexorablement à la mort. Bardèche estime que chez Céline, la sensibilité est plus forte que la pensée, c'est un écorché-vif qui se manifeste dans une langue spontanée, populaire, délirante parfois qui l'emmène hors de la réalité, le faisant entrer dans un rêve fantasmatique. Il parle évidemment de l'antisémitisme de Céline, l'explique en partie mais estime que cela ne fait pas pour autant de lui un fasciste .
Céline s'est, tout au long de sa vie d'écrivain, composé une image de lui-même faite de peur, de victimisation, de haine et de fuite. S'il a voulu éviter peut-être naïvement la deuxième guerre c'est sans doute à cause de sa blessure reçue lors de la première.
Ce livre éclaire la personnalité de cet écrivain qui marqua la littérature française de son empreinte durable.
©Hervé GAUTIER – Décembre 2014 - http://hervegautier.e-monsite.com
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L'OUBLI
- Par ervian
- Le 30/11/2014
- Dans Frédérika Amalia Finkelstein.
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N°837 – Novembre 2014.
L'OUBLI – Frédérika Amalia Finkelstein.
D'emblée, la narratrice se présente comme une jeune fille, Alma-Dorothéa, entre 20 et 25 ans, parisienne, étudiante, juive, très au fait de la modernité entre la musique punk, le Coca Cola et la culture branchée, bref une jeune file de son temps et qui revendique le droit à l’oubli. Pour quelqu'un qui est juif, c'est plutôt étonnant puisque on ne manque jamais une occasion de nous rappeler la Shoah. Ce phénomène qui a d'ailleurs largement été utilisé dans le domaine de la création artistique est récurrent. Je n'y vois personnellement aucun inconvénient puisque ne pas oublier la barbarie qui sévit dans nos sociétés, et parfois sous les formes les plus inattendues, est plutôt une bonne chose même si une piqûre de rappel n'empêche nullement que cela se reproduise régulièrement. Pourtant, nous savons aussi que l'oubli comme le mensonge, la trahison et le meurtre, caractérisent bien l’espèce humaine. Elle est certes prompte à s'indigner ponctuellement pour des faits jugés inadmissibles, à donner à cette réaction toutes les marques de publicité avec l'émotion et la révolte qui vont avec, mais les jours suivants toute cela passe à la trappe et on s'intéresse à autre chose.
Bref, la narratrice revendique le droit à l'oubli. Dont acte ! Pourtant chaque moment de sa vie la ramène à la Shoah, le souvenir de son grand-père, juif polonais, mort en camp d’extermination. Veut-elle étouffer ce souvenir quand elle nous parle de sa vie parisienne sur les Champs-Élysées, entre Ferraris et Cartier, jeux vidéos et Pepsi avec des réminiscences de son enfance. Est-ce l'idée même de la mort qui revient sous sa plume quand elle parle de son chien disparu, de la solitude qui elle aussi fait partie de la condition humaine, de la séparation du ciel et de la terre ? Ses pérégrinations dans Paris sont évoquées avec des préoccupations de nature philosophique et du souvenir des nazis et de leurs chambres à gaz mêlées à des séquences de sa vie au quotidien. Il est souvent question de la mort mais comme un philosophe en parlerait ou bien elle évoque à l'envi le suicide d'Hitler, un mode de vie basé sur l'oubli tout en constatant que celui-ci est impossible. Elle parlent de la souffrance des juifs et du monde. Mais aussi de bien d'autre chose parfois inattendues...Les hasards de la fiction lui font rencontrer la petite-fille d'Eichmann mais elle ne ressent aucune émotion particulière et cette jeune fille elle aussi pratique l'oubli malgré ce nom si lourd à porter.
Bref, tout cela m'a paru bien superficiel et peut-être un peu loin du sujet. Les idées partent dans tous les sens, le texte est sans réelle unité et pour moi sans aucun intérêt.
Le style m'a paru décousu et je suis resté absolument insensible à la petite musique que sans doute il veut distiller. Je suis peut-être passé à côté d'un chef-d’œuvre mais je me suis franchement ennuyé mais j'ai lu cependant ce roman jusqu'à la fin puisqu’il était présenté dans la presse comme le livre d'une auteur pleine d'avenir. Je voulais me faire une idée personnelle et ainsi pouvoir en parler, mais, le livre refermé, c'est la déception qui est au rendez-vous.
©Hervé GAUTIER – Novembre 2014 - http://hervegautier.e-monsite.com